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« La Loire en rose » : Annick et Jean-Michel roulent pour leur sœur et contre le cancer du sein

À vélo depuis le mont Gerbier-de-Jonc, Annick et Jean-Michel Marteaux, sœur et frère, ont fait étape lundi 15 juin au Port de la Creusille, à Blois. Leur périple, baptisé « La Loire en rose », doit les conduire jusqu’à Noirmoutier, où reposent les cendres de leur sœur Nathalie, décédée il y a vingt ans d’un cancer du sein. Derrière les sacoches, la fatigue, les campings et les kilomètres, leur démarche porte un message simple : parler du dépistage précoce, soutenir la recherche et transformer une mémoire familiale en action publique.

Une halte à Blois, la ville de la famille

Au Port de la Creusille, lundi, leurs vélos disent déjà une partie de l’histoire. Ils sont chargés pour la route, équipés de sacoches, de fanions, d’un QR code pour les dons, et d’une Panthère rose accrochée au guidon. Mais Annick et Jean-Michel Marteaux ne sont pas venus pour une simple halte sportive. Dans leur itinéraire, Blois a une place particulière. Leur maman y vit, comme Jean-Michel d’ailleurs. C’est aussi ici que leur sœur Nathalie a vécu, a été prise en charge.

Le frère et la sœur sont donc partis du mont Gerbier-de-Jonc, à la source de la Loire. Lors de leur passage à Blois, ils estimaient avoir déjà parcouru environ 700 kilomètres. Il leur en restait environ 500 pour rejoindre la destination finale : Noirmoutier. « On a déposé les cendres de notre petite sœur là-bas il y a vingt ans », explique Annick. « Quand on va arriver à Noirmoutier, ce sera très émouvant pour nous. Très, très émouvant, parce qu’on n’y retourne pas tous les ans. Et quand on arrivera là-bas, on se dira que notre petite sœur nous regarde, qu’elle sera fière de nous. »

De la source de la Loire à Noirmoutier

Le parcours suit le fleuve autant que possible, mais il n’a pas commencé dans la facilité. Avant les grands tronçons mieux balisés de la Loire à vélo, il y a eu la montagne, les petites routes, les chemins moins évidents, les conditions changeantes. « À partir de Nevers, la Loire, c’est bien en vélo, mais avant, c’est compliqué », raconte Jean-Michel. « On a essayé de prendre des petits chemins. C’était de la montagne. C’était très dur. On a eu une journée de pluie, des conditions assez difficiles. Et puis maintenant, on repart sous la chaleur », constate Annick. Car la canicule pointe maintenant le bout de son nez. Aujourd’hui, ils visent entre 60 et 80 kilomètres par jour. « Des fois, on fait 100 kilomètres quand même. Mais un jour on n’a fait que 52 kilomètres, parce que ça montait beaucoup », explique Annick. « Et puis le lendemain, on ressent la fatigue. Quand on le fait une fois, ça va, mais le lendemain, avec les sacoches, la tente et tout ça… » Un cap, toujours plus à l’ouest, vers Saint-Nazaire, puis Noirmoutier. Le voyage dessine une ligne géographique, mais aussi un chemin intime : partir de la source, suivre le fleuve, rejoindre la mer, puis le lieu de mémoire.

La Loire en rose

Une aventure sans assistance

Annick et Jean-Michel ne sont pas accompagnés. Ils avancent seuls, avec leurs vélos, leurs sacoches, leur matériel de camping, leurs réserves d’eau et de nourriture. Le soir, ils dorment principalement en camping. Une seule fois, sous la pluie, ils ont choisi une auberge de jeunesse. « On était bien contents de la trouver », sourit Annick. Cette autonomie impose une rigueur. Certains passages se font dans des secteurs très peu fréquentés. « Des fois, pendant des heures et des heures, on ne voit personne », raconte-t-elle. « On traverse des petits villages où il n’y a personne. Donc il faut penser à l’eau : deux bouteilles chacune, des barres de céréales, des bananes, tout ce qu’il faut, parce que parfois on ne voit vraiment personne. » Le périple a aussi ses apprentissages. Ils avaient trop pris. « On avait pris des manches longues, ceci, cela, mais finalement non. C’est lourd. Les tee-shirts, on en avait pris trop aussi. Tu les laves vite au camping, le lendemain c’est sec. Ce sont des choses auxquelles on pense après. »

Sur les vélos, deux mascottes accompagnent le voyage : la Panthère rose, symbole évident de l’opération, et Mickey, confié par les petits-enfants. « Ils ont voulu que je le ramène », raconte Annick. « “Mamie, tu le ramènes. Tu ne le perds pas, mamie !” Donc je ne le perds pas ! »

Nathalie, au centre du voyage

Si Annick et Jean-Michel pédalent aujourd’hui, c’est d’abord pour Nathalie. Leur sœur cadette est morte il y a vingt ans, emportée par un cancer du sein en neuf mois. Elle avait moins de quarante ans et deux enfants. À Blois, elle avait travaillé à l’hôpital. Annick y exerçait elle aussi comme infirmière. « Ma petite sœur était très connue à Blois, à l’hôpital où elle travaillait », dit Annick. Elle évoque aussi le carnaval de Blois, les liens tissés dans la ville, l’attachement de Nathalie à ceux qui l’entouraient. « Elle était très connue, très aimée. »

La maladie a laissé une trace familiale profonde. Nathalie était divorcée, avec peu de moyens. Pendant sa maladie, elle avait été aidée par des bénévoles. Annick s’en souvient avec reconnaissance, mais aussi avec la conscience que ces soutiens eux-mêmes disposent souvent de moyens limités. L’idée de donner, un jour, était restée là. Il a fallu du temps pour qu’elle prenne forme. « On a mis du temps, peut-être, mais peut-être qu’il le fallait aussi », confie Annick. Au départ, Jean-Michel voulait faire la Loire à vélo seul. Sa sœur a finalement décidé de l’accompagner. L’hommage personnel s’est alors transformé en projet solidaire. Noirmoutier s’est imposée comme destination. « C’était ses dernières vacances, et elle adorait Noirmoutier », explique Annick. « Elle voulait habiter au bord de la mer, mais ça ne s’est pas fait. C’était là-bas qu’elle voulait être. Quand on a déposé ses cendres, c’était très émouvant. Il y avait ses enfants, mes enfants… Donc je pense qu’on va être très émus quand on va arriver là-bas. »

Parler du cancer du sein autrement

« La Loire en rose » n’est pas seulement un parcours en mémoire de Nathalie. Annick et Jean-Michel veulent aussi parler du cancer du sein, du dépistage précoce, de la recherche et de l’accompagnement des femmes touchées par la maladie. Annick refuse l’idée que tout serait désormais simple autour du cancer du sein. Il y a les annonces parfois brutales, les solitudes, les frais périphériques que l’on oublie souvent : les perruques, les soutiens-gorge adaptés, les conséquences concrètes de la maladie dans la vie quotidienne. « On croit que ça a évolué. Mais non, justement, on n’en parle pas assez », estime-t-elle. « Il y a Octobre rose, mais il y a encore beaucoup plus à faire. »

Son message insiste surtout sur le dépistage précoce. En France, le dépistage organisé du cancer du sein s’adresse aux femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme et sans facteur de risque particulier autre que l’âge. Elles sont invitées tous les deux ans à réaliser une mammographie, associée à un examen clinique des seins, auprès d’un radiologue agréé. Mais Annick insiste aussi sur l’attention à porter avant cet âge, selon les situations individuelles, les antécédents ou les alertes. Elle parle en femme, en sœur, en ancienne soignante : « Même à 40 ans, on peut avoir un cancer du sein. On n’en parle pas assez, je trouve. »

La Loire en rose

Une opération portée avec Pink Ribbon Monaco

L’opération est portée avec Pink Ribbon Monaco, association monégasque engagée dans la sensibilisation aux cancers féminins. Annick a rencontré Natasha Frost-Savio, fondatrice et présidente de Pink Ribbon Monaco, lors d’une course à Monaco. La famille s’y retrouve chaque année pour courir. C’est là, devant un stand de sensibilisation au cancer du sein, que le projet a pris une dimension associative. « Je lui ai dit : “J’ai un projet avec mon frère, faire la Loire à vélo. On aimerait bien faire quelque chose contre le cancer, en hommage à notre petite sœur, mais aussi à toutes celles qui ont un cancer.” Elle m’a dit que ce serait super », raconte Annick. Le calendrier était serré. La rencontre a eu lieu en février. Le départ, lui, était prévu quelques mois plus tard. Pink Ribbon Monaco a accompagné la mise en place de la page dédiée, du lien de don et de la communication autour du projet. « Elle nous a tout fait : la page, le lien, tout. Elle est extraordinaire. Elle nous a beaucoup aidés », souligne Annick.

Le dispositif est important pour eux : Annick et Jean-Michel ne collectent pas d’argent directement. Les dons se font via le QR code (ICI) qu’ils transportent avec eux, et qui renvoie vers la page officielle de l’opération. « Nous, on ne touche pas à l’argent. Ça passe directement par le site », insiste Annick. Les Marteaux souhaitent qu’une part des dons puisse bénéficier à Blois, à l’hôpital où Nathalie avait été prise en charge.

Les rencontres du chemin

Le compte Instagram, @la_loire_a_velo2026, permet de suivre la progression. À chaque étape, Annick et Jean-Michel publient les images du parcours, les rencontres, les détails qui ponctuent la traversée. « On a vu un nid de cigogne, par exemple, on l’a pris en photo, on l’a mis sur Instagram. Les gens aiment. » L’aventure reste improvisée par endroits. Ils n’ont pas prévu toutes les haltes. Mais « on a rencontré des gens merveilleux », dit Annick. La route continue. Direction l’ouest, avec les sacoches, le QR code, les mascottes, les souvenirs et la photo de leur sœur. Au bout de la route, il y aura Noirmoutier, la mer, et Nathalie.

>> Pour faire un don : https://pinkribbon.mc/fr/la-loire-en-rose/


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