Entre Blois et Paris, l’association Illico réclame des trains directs

Depuis sa relance, Blois-Paris Illico veut replacer la desserte ferroviaire entre Blois et Paris au centre du débat territorial. L’association, créée en 2010, défend aujourd’hui une demande très concrète : obtenir davantage de trains directs adaptés aux horaires réels des usagers, en particulier un départ plus tardif de Blois le matin et un retour direct depuis Paris en soirée. Pour Charles, membre du bureau de l’association avec Antoine Huguet et Élise Mollière, il ne s’agit pas seulement de faciliter la vie des travailleurs pendulaires. Derrière les horaires, c’est l’attractivité économique, résidentielle, touristique et universitaire de Blois qui se joue.
Le retour à Blois, entre choix de vie et contrainte ferroviaire
À l’origine de la relance de Blois-Paris Illico, il y a d’abord des parcours personnels. Charles fait partie de ces Blésois partis étudier ailleurs, puis revenus sur leur territoire d’origine au moment où se pose la question d’une vie familiale et d’un ancrage plus durable. « À l’initiative, nous sommes deux trentenaires, avec Antoine, tous les deux originaires de Blois, qui avons fait nos études en dehors de Blois et qui sommes revenus ici pour des raisons différentes », explique-t-il. Mais ce retour ne signifie pas une rupture professionnelle immédiate avec Paris. Charles continue de s’y rendre deux à trois fois par semaine. « À force d’utiliser la ligne et de la suivre au quotidien, je me suis aperçu que cette situation ferroviaire était assez insuffisante, en tout cas la desserte offerte entre Blois et Paris. » Le duo a été rejoint par Élise Mollière, consultante concertation, communication et relations institutionnelles, qui professionnellement se doit d’être mobile. Paris doit être accessible, vite.
Le paradoxe est là : Blois n’est pas loin de Paris. En train direct, la liaison se fait en environ 1h20 ou 1h25. Ce temps pourrait constituer un atout majeur pour attirer des actifs, favoriser des retours au territoire, permettre à des familles de s’installer à Blois tout en conservant, au moins provisoirement, un emploi parisien. Mais encore faut-il que les horaires suivent. « J’ai beaucoup d’amis dans le même cas que moi, qui rêveraient de pouvoir revenir à Blois tout en continuant à travailler à Paris, au moins dans un premier temps. Aujourd’hui, ce qui leur manque, ce sont des dessertes ferroviaires suffisantes pour leur permettre de le faire. »
Une association ancienne, remise sur les rails
Blois-Paris Illico n’est pas née avec cette nouvelle mobilisation. L’association a été créée il y a quinze ans, notamment autour de Charles-Antoine de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny. À l’époque, l’ambition était différente, plus lointaine aussi : il s’agissait de défendre l’arrivée du TGV à Blois. L’association a ensuite été mise en sommeil autour des années 2020. La relance est venue d’une rencontre entre usagers. Charles avait sollicité le maire de Blois, Marc Gricourt, pour évoquer les difficultés rencontrées. Celui-ci lui a alors indiqué qu’un autre usager, Antoine Huguet, faisait le même constat. Les deux hommes se rencontrent et décident de structurer leur démarche. « En nous rencontrant, nous nous sommes dit qu’il était utile de structurer notre démarche pour avoir plus de poids auprès de la Région », résume Charles. Car l’interlocuteur décisif, dans ce dossier, n’est pas la SNCF.
Le soutien de Marc Gricourt, premier vice-président de la Région en charge des finances, est jugé important par l’association. Charles cite aussi les soutiens de Christophe Degruelle, président d’Agglopolys, et de Philippe Gouet, président du conseil départemental de Loir-et-Cher. Il insiste au passage sur un point : « Nous sommes une association apolitique et citoyenne. C’est quelque chose auquel nous tenons. »
Un seul train vraiment utilisable le matin
Le cœur du dossier tient en quelques horaires. Aujourd’hui, un seul train direct part de Blois vers Paris le matin : celui de 6h56. Il permet une arrivée à Paris à 8h23. Mais ce départ très matinal rend son usage difficile pour les familles. « C’est contraignant pour mener une vie de famille, parce que les accueils périscolaires, notamment, ne commencent qu’à 7h30 », souligne Charles.
En fin de journée, deux retours directs existent depuis Paris vers Blois. Le premier à 17h37, suppose de quitter son travail très tôt. Le second, à 18h37, reste plus acceptable, mais ne permet pas toujours une journée complète. « Si l’on résume la situation actuelle, il y a quatre allers-retours entre Blois et Paris en journée, mais il n’y a qu’un train à l’aller et un train au retour qui soient compatibles avec des horaires de travailleurs pendulaires. » Blois-Paris Illico demande donc deux ajustements. Le matin, l’association souhaite un train permettant de partir de Blois entre 7h40 et 8h, pour arriver à Paris autour de 9h ou 9h10. Le soir, elle demande un train direct depuis Paris autour de 19h30, avec une arrivée à Blois autour de 20h45 ou 21h. L’objectif est simple : permettre aux usagers de travailler réellement une journée complète à Paris, sans devoir s’excuser auprès de leur employeur d’un départ trop précoce. « Nous ne sommes pas là pour tout transformer. Nous sommes vraiment là pour obtenir un train de plus le matin et un train de plus le soir », résume Charles. L’association insiste sur le caractère ciblé de ses demandes. Elle ne réclame pas une révolution de l’offre ferroviaire, mais une adaptation de trains existants, afin de mieux répondre aux besoins des usagers blésois.

Le poids du nœud ferroviaire orléanais
Pour Blois-Paris Illico, le problème ne se limite pas à Blois. Il renvoie à l’organisation de l’axe ferroviaire autour d’Orléans et des Aubrais. L’association dit ne pas vouloir opposer Blois à Orléans, mais elle pointe un déséquilibre dans la desserte. « Pour un train direct le matin de Blois vers Paris, vous en avez environ neuf entre l’agglomération orléanaise et Paris », avance Charles. Le soir l’écart est du même ordre.
Le nœud du problème tient à la double gare orléanaise : Orléans-Centre d’un côté, Les Aubrais de l’autre. Lorsque les trains sont arrêtés à Orléans-Centre, les usagers venant de Blois, Tours, Amboise ou d’autres territoires doivent souvent subir une rupture de charge. Un Blois-Paris direct prend environ 80 à 90 minutes ; avec correspondance, la durée peut monter à 1h50 ou 2h. « Il est compliqué pour moi de comprendre pourquoi on accepte de faire perdre environ 40 minutes aux Blésois, alors que la gare des Aubrais et la gare d’Orléans sont reliées en sept minutes par tramway », estime Charles. Blois-Paris Illico ne demande pas que l’offre orléanaise soit diminuée. L’association propose de réorienter certains trains via Les Aubrais, afin de maintenir une desserte de l’agglomération orléanaise tout en prolongeant le service vers Blois, Amboise et Tours.
Des trous dans la journée
Aux horaires de pointe s’ajoute une autre difficulté : la faiblesse de la desserte directe en milieu de journée. Selon Charles, après le train de 6h56, le train direct suivant n’arrive qu’en fin de matinée (11h56), lorsqu’il n’est pas supprimé en raison de travaux. Dans certains cas, l’absence de liaison directe peut créer un vide de plusieurs heures. « Régulièrement, nous n’avons pas de train entre 6h56 et 15h54, soit un créneau de neuf heures sans train direct entre Blois et Paris. » Dans l’autre sens, la situation est comparable.
L’association reconnaît que des travaux sont en cours et qu’ils peuvent expliquer une partie des suppressions. Elle ne les conteste pas en tant que tels. « Nous voyons cela d’un bon œil à moyen et long terme, parce que ce sont des travaux qui vont permettre de maintenir le temps de desserte et une certaine régularité ferroviaire », précise Charles. Mais l’effet sur les usagers reste réel. Les suppressions du train de milieu de journée compliquent les déplacements. C’est une autre limite de la liaison actuelle.
Une bataille pour les pendulaires, mais pas seulement
Blois-Paris Illico refuse de réduire son combat à une affaire de quelques centaines de voyageurs réguliers. Les travailleurs pendulaires sont au cœur du sujet, mais l’enjeu dépasse leur quotidien. « On ne parle pas seulement ici d’améliorer le quotidien de 300, 400 ou 500 pendulaires. On parle d’améliorer l’attractivité économique du territoire », affirme Charles.
Selon lui, les entreprises locales sont directement concernées. Une meilleure liaison avec Paris peut faciliter le recrutement, attirer des profils qui hésitent à venir s’installer dans le Loir-et-Cher, ou permettre à des cadres et dirigeants de se déplacer plus facilement. Charles rapporte des échanges avec la CCI de Loir-et-Cher, où la difficulté à attirer des talents aurait été clairement évoquée.
En outre, faute de solution ferroviaire adaptée, certains déplacements vers Paris se font en voiture, avec un coût écologique et pratique plus important. Le sujet est donc aussi environnemental. Pour que les habitants choisissent le train plutôt que la voiture, encore faut-il que le train soit réellement utilisable. Une ligne directe d’1h20 entre Blois et Paris peut être un argument puissant, mais seulement si ses horaires correspondent aux contraintes professionnelles, familiales et économiques contemporaines.
L’association y voit aussi une question d’image. Blois est une ville-préfecture, une ville patrimoniale, touristique, culturelle. Elle ne peut pas se contenter, selon lui, d’une desserte qui donne le sentiment d’un territoire secondaire.
À 45 minutes de Paris-Montparnasse en TGV, Vendôme bénéficie depuis longtemps d’un avantage d’accessibilité qui a nourri son attractivité résidentielle (lire ici). Blois n’a pas le TGV, mais elle dispose d’autres arguments. Et puis, le temps de trajet en TER direct reste raisonnable, autour d’1h20 ou 1h25. Surtout, le coût du TER est bien plus attractif que celui du TGV. Ne manquent que les trains directs.
Le tourisme, autre bénéficiaire possible
L’amélioration de la desserte ne concernerait pas seulement les actifs. Pour Blois-Paris Illico, le tourisme est un autre argument central. Une liaison plus lisible et mieux cadencée entre Paris et Blois pourrait favoriser les séjours, les visites à la journée, les excursions scolaires, les déplacements vers les châteaux et la fréquentation du centre-ville.
Le château de Cheverny soutient déjà les actions de l’association, qui est également en contact avec le château de Chambord. Charles estime que d’autres sites, comme Chaumont-sur-Loire, pourraient être concernés par une amélioration de la desserte ferroviaire, notamment via la gare d’Onzain – Chaumont-sur-Loire. Le raisonnement est simple : faire venir des visiteurs par le train suppose que l’offre soit suffisamment pratique. Si le trajet paraît trop long, trop complexe ou trop dépendant d’une correspondance, une partie des visiteurs peut renoncer.
Pour le centre-ville de Blois, l’enjeu est tout aussi concret. « Si vous arrivez à faire venir plus de touristes à Blois et à les faire rester sur Blois, vous allez aussi aider le commerce du centre-ville », rappelle Charles. La liaison ferroviaire devient alors un outil d’aménagement et de développement local. Elle peut contribuer à la fréquentation du château royal, de la Maison de la magie, des hôtels, des restaurants, des commerces, des itinéraires cyclables et plus largement de l’économie touristique blésoise.
La gare de Blois, porte d’entrée à améliorer
Une fois la question du train posée, une autre difficulté remonte du terrain : l’accès à la gare de Blois. Les usagers qui contactent Blois-Paris Illico évoquent régulièrement les problèmes de stationnement. Sur ce point, Charles indique avoir échangé avec Christine Grégoire, directrice des mobilités de Blois et Agglopolys. Pour Charles, dans un territoire qui devient très vite périurbain et rural autour de Blois, une partie des usagers doit encore pouvoir rejoindre la gare en voiture avant de prendre le train. Charles cite plusieurs avancées obtenues ou discutées : Le dépose-minute de la gare mieux signalé et sa durée portée de quinze à vingt minutes. Côté avenue Médicis, près de la passerelle, un parking gratuit d’environ 70 places a été maintenu. Mais, selon lui, il est déjà très utilisé. L’association souhaite aller plus loin. Elle propose notamment de réfléchir à des tarifs préférentiels pour les voyageurs disposant d’un billet de train. L’idée n’est pas nécessairement de rendre le stationnement gratuit, mais de le rendre suffisamment attractif pour encourager l’usage du train plutôt que la voiture jusqu’à Paris. « Nous demandons des tarifs beaucoup plus avantageux, qui fassent dire à quelqu’un qui prend le train : plutôt que de prendre ma voiture, l’autoroute et d’aller à Paris, je vais poser ma voiture au parking, prendre le train et utiliser les moyens ferroviaires qui me sont offerts. Croire que toutes les personnes qui veulent prendre le train vont pouvoir le faire à vélo ou via les transports en commun, c’est pour le moment un peu utopiste », estime Charles.
Si la gare de Blois offre une vraie proximité urbaine, celle-ci crée aussi des tensions sur le stationnement, entre les besoins des voyageurs, ceux du centre-ville et la volonté d’éviter des voitures tampons occupant durablement l’espace public.
Construire un rapport de force régional
Pour faire avancer ses demandes, Blois-Paris Illico invite les usagers à répondre à la consultation régionale sur les mobilités (voir ici) et à faire remonter leurs difficultés. Elle les encourage aussi à la contacter directement via sa page Facebook.

Mais l’association sait que la mobilisation citoyenne ne suffit pas toujours. Elle doit rencontrer de nouveaux interlocuteurs dans les prochaines semaines. Un nouveau point est prévu avec Marc Gricourt fin juin. Blois-Paris Illico envisage également une réunion en septembre avec des acteurs politiques locaux et régionaux, en espérant notamment la présence de François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, et de Philippe Fournié, vice-président chargé des mobilités. Le calendrier n’est pas neutre. Les discussions budgétaires 2027 doivent arriver entre octobre et décembre. L’association veut donc maintenir la pression.
Deux trains, une question de place pour Blois
À travers ses demandes, Blois-Paris Illico pose une question plus large que celle des horaires. Quelle place la Région veut-elle donner à Blois ? La ville peut-elle pleinement jouer son rôle de préfecture, de pôle touristique, de bassin résidentiel et de point d’équilibre entre Tours et Orléans, si sa liaison directe avec Paris reste difficilement compatible avec une journée de travail ordinaire ? Charles le répète : l’association ne demande pas une transformation radicale, mais deux ajustements concrets. Un train direct supplémentaire le matin pour arriver à Paris autour de 9h ou 9h10. Un train direct supplémentaire le soir pour rentrer à Blois après une vraie journée de travail. Deux trains, mais un effet potentiellement beaucoup plus large.
Car derrière ces horaires se dessinent des choix de vie, des retours possibles au territoire, des recrutements, des séjours touristiques, des mobilités étudiantes, des déplacements professionnels, des retombées sur le commerce de centre-ville, une image de ville accessible ou non. Le train n’est pas seulement un moyen de transport. Pour Blois, il peut devenir une condition d’avenir.
>> Pour contacter Blois Paris Illico : Facebook.com/BloisParisIllico
>> Consultation en ligne de la Région sur les mobilités : rcvl.fr/Consultation-Mobilites


