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À la Halle aux grains, Madame a osé Bashung

Vendredi soir, à La Halle aux grainsScène nationale de Blois, trois « créatures » et six musiciens ont fait basculer l’hémicycle dans un autre régime de présence : celui du cabaret, avec ses codes, ses écarts, son goût du tableau, et cette manière très particulière d’attraper un public par la main sans jamais le faire monter sur le plateau. Sur scène, les chansons d’Alain Bashung ne sont pas seulement reprises : elles sont réhabitées, costumées, mises en jeu, réarrangées, déplacées d’un univers à l’autre — du rock à la poésie, d’une tension électrique à un moment presque nu, porté par le quatuor. Et la salle, très vite, ne se contente plus d’écouter : elle répond.

Le spectacle s’appelle Madame ose Bashung. Il porte en lui une double origine : un lieu — Madame Arthur, à Pigalle — et une méthode — celle du cabaret qui se réinvente. Corrine, double scénique de Sébastien Vion, le raconte : « Nous étions créatures résidentes du cabaret Madame Arthur, et chaque semaine il y avait un spectacle dédié à un artiste. » Dans cette mécanique de tributes, souvent consacrés à des figures très identifiées du grand public, la proposition Bashung détonne. Trop « perché », lui répond-on d’abord. Puis, six mois plus tard, l’accord arrive, et la création se fait.

Scène nationale de Blois
Photo ©Scène nationale de Blois

Ce point de départ dit déjà beaucoup de ce que le spectacle revendique : un cabaret qui ose, mais qui ose avec précision. À Madame Arthur, l’idée prend corps, trouve son rythme. Ensuite, une étape décisive installe la forme dans une autre échelle : une programmation au Chaînon manquant, puis une tournée qui, sept ans plus tard, se poursuit encore. « Il a une vie assez longue, il n’a fait que monter. »

Une « élévation », dit Corrine, qui s’opère quand le spectacle arrive au Théâtre du Rond-Point, puis s’y reprend, plus récemment, en décembre. Rien d’anecdotique : dans la vie d’un projet de cabaret, ce type de passage déplace la manière dont on est regardé — et parfois la manière dont on se regarde soi-même.

Scène nationale de Blois
Photo ©Scène nationale de Blois

« Ce n’est pas que rock. On essaie de passer par tous les univers que cultivait Bashung », explique Corrine au sujet du spectacle. « Il y a des choses très rock, mais aussi très poétiques. Il y a des moments uniquement avec le quatuor. » Le spectacle s’autorise donc des contrastes, non comme un effet, mais comme une fidélité à la multiplicité même de Bashung. L’ambition, dit Corrine, est de « retracer toute sa vie musicale », en piochant, autant que possible, dans chacun des albums, et en assumant un mélange de titres très connus et de morceaux plus discrets.

Ce qui fait tenir ce parcours, ce n’est pas une narration continue. Corrine le dit clairement : « Il n’y a pas vraiment d’histoire au sens narratif. Ce sont plutôt des tableaux qui s’enchaînent. » Mais ces tableaux ne sont pas juxtaposés au hasard. D’abord parce que les chansons ont été choisies en fonction des personnages sur scène. « C’est moi qui ai choisi les chansons, y compris pour mes camarades. J’ai essayé de trouver des chansons qui correspondaient à leurs personnages », précise-t-elle. Ensuite parce que le cabaret, ici, est traité comme une forme totale : musicale, théâtrale, performative, parfois proche du cirque — et toujours attentive à la salle.

Corrine nous parle d’un désir d’embrasser « toutes les facettes du cabaret » : le cabaret musical, le cabaret plus traditionnel avec « la revue de presse », et même une dimension circassienne lorsque les conditions techniques le permettent. Une chanson, Volutes, est ainsi ajoutée « de temps en temps » quand la scène peut accueillir un artiste en sangles aériennes. À Blois, ce n’était pas possible, mais le détail est précieux : il montre une création qui n’est pas verrouillée, qui respire selon les lieux, qui adapte ses possibles au plateau qu’elle rencontre.

L’évolution du spectacle, au fil des années, reste toutefois volontairement limitée : « Il a évolué… mais pas tant que ça, en réalité. » Quelques déplacements seulement. L’un d’eux est révélateur : elle chantait Angora, puis, après avoir longtemps évité d’écouter L’Imprudence (2002), elle y découvre une chanson qui, dit-elle, « [lui] colle comme un gant » : Montevideo. C’est ce morceau-là qui prend désormais place. Comme la preuve que l’œuvre de Bashung continue d’agir, d’appeler, de se révéler autrement.

À Blois, cette vitalité s’est aussi mesurée à la relation au public. Corrine revendique un cabaret qui « explose le quatrième mur », avec des entrées dans la salle, des scènes jouées « carrément au milieu » des spectateurs, et une parole adressée. Le public n’est pas requis comme figurant, il est convoqué comme partenaire — suffisamment proche pour que la salle devienne un espace de jeu, sans être forcée à l’exposition.

Photo ©Scène nationale de Blois

Le public de la HAG, pleinement engagé, a prolongé la représentation jusqu’à refuser le départ des artistes sans un dernier moment partagé : un chœur collectif autour de Gaby, oh Gaby. Cette conclusion en commun a scellé, le temps d’une soirée, une forme de communauté éphémère autour de l’œuvre de Bashung, familière pour certains, redécouverte pour d’autres. Cette envie de prolonger la soirée a trouvé sa réponse dans la grande halle avec un DJ set de Corrine, sans Bashung.

Le succès du cabaret

Après cette soirée, un constat : le cabaret attire énormément depuis quelques années. Pour l’expliquer, Corrine avance une hypothèse, prudente, mais cohérente : « Peut-être parce que la société ne va pas très bien. (…) C’est un défouloir. » Le cabaret, dans son histoire, réapparaît souvent quand l’air se charge, quand l’époque serre. Il offre une intensité immédiate, une joie qui n’est pas naïve, un excès qui répare. Corrine ajoute une autre piste : l’accessibilité. Le cabaret peut être « une porte d’entrée vers le théâtre », une forme qui fait venir des publics qui ne viendraient pas forcément pour un spectacle plus frontalement dramatique. Elle mentionne enfin l’effet d’ouverture culturel, avec l’exposition médiatique de la scène drag via la télévision : « Je pense que c’est un mélange de tout ça. »

Entredeux

Mais au fait, comment vit-on entre Sébastien et Corrine ? La réponse est nette : ne pas mélanger les vies. « Je ne me maquille jamais chez moi », explique Sébastien. Corrine « est toujours dans des placards, dans des valises ». Elle est indispensable au travail mais doit être contenue hors scène. Et la phrase, brute, ferme la porte : il faut qu’elle reste « rangée dans sa valise, et qu’elle ne vienne pas m’emmerder ! » Ce n’est pas une coquetterie : c’est une hygiène. Une manière de préserver la personne derrière la créature.

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