À Blois, les ateliers d’écriture de David Di Bella ouvrent un espace

À Blois, un rendez-vous discret propose une autre temporalité. À L’Hôte Bureau, les mardis en fin de journée, quelques tables, un clavier, des carnets ouverts et un silence attentif dessinent un espace singulier : celui de l’atelier d’écriture animé par David Di Bella. Un lieu où l’on vient pour écrire, certes, mais surtout pour partager, écouter, éprouver la force du collectif et donner corps à une parole.
Ces ateliers ne sont ni des cours de littérature, ni des exercices scolaires déguisés. Ils s’inscrivent dans une pratique déjà éprouvée auprès des étudiants de l’INSA Centre-Val de Loire et de l’École du paysage, où David Di Bella anime depuis deux ans des ateliers d’écriture créative. Le principe est le même, quel que soit le public : créer les conditions d’une rencontre entre des personnes qui, souvent, ne se seraient pas croisées ailleurs, et faire de l’écriture un vecteur de lien autant qu’un outil d’exploration personnelle.
Un espace de respiration dans des vies déjà chargées
L’atelier s’ouvre toujours de la même manière : par une proposition d’écriture, conçue comme une invitation, jamais comme une contrainte. David Di Bella ne parle pas de consignes, encore moins de règles. Chaque séance s’ancre dans un thème, souvent nourri par d’autres arts ou par des références littéraires précises. « Danser sa vie », inspiré d’une exposition présentée au Centre Pompidou au début des années 2010, invite ainsi, par exemple, à travailler le mouvement, le rythme, le cheminement intérieur. « Sublimer poétiquement son existence » propose de décrire un détail, un élément intime, à partir d’ouvrages comme Et recoudre le soleil de Gaëlle Josse ou Rythmes d’Andrée Chedid. « Travailler une ambiance » amène à faire surgir un lieu par la texture, la lumière ou les odeurs, dans l’esprit de Tangente vers l’Est de Maylis de Kerangal.
Mais jamais il ne s’agit de « coller » au thème. « L’idée, ce n’est pas d’être caméléon, mais de se laisser emporter vers sa propre voix », résume l’animateur. Le thème agit comme un déclencheur, une porte d’entrée vers une écriture qui reste profondément personnelle.
Une fois la proposition posée, le temps s’étire. Trente-cinq à quarante-cinq minutes d’écriture, dans le silence. Chacun s’isole, tout en restant entouré. Certains écrivent tête baissée, d’autres prennent le temps de relire, de raturer, de reprendre. Parfois, des écouteurs apparaissent, pour celles et ceux qui ont besoin de musique pour se concentrer. Rien n’est imposé, sinon ce temps accordé à l’écriture elle-même.

Lire à voix haute, franchir un seuil
Vient ensuite le moment de la lecture. Un moment que beaucoup décrivent comme décisif. Lire son texte à voix haute, c’est accepter de se rendre visible. C’est franchir un seuil, celui qui sépare l’écriture intime du partage. Dans l’atelier, ce passage se fait sans jugement, mais jamais sans exigence. Les retours s’organisent naturellement. On dit ce que l’on a compris, ce qui a touché, ce qui a résisté. David Di Bella intervient à son tour, avec un regard précis mais bienveillant. Il ne parle ni de « bon » ni de « mauvais » texte. Lorsqu’un passage ne fonctionne pas, il évoque un rythme à ajuster, une surcharge à alléger, un élément manquant qui empêcherait le texte de respirer pleinement. L’objectif n’est pas de corriger, encore moins de normaliser, mais d’ouvrir des pistes pour que chacun puisse poursuivre le travail au-delà de la séance.
Cette logique du premier jet assumé traverse tout l’atelier. Le texte produit n’est que rarement considéré comme abouti. Il est une matière, une esquisse, que chaque participant est libre de retravailler, d’approfondir ou de laisser en l’état. Certains reviendront la semaine suivante avec une version remaniée, d’autres préféreront avancer vers un nouveau texte. Rien n’est figé.
Une pratique nourrie par l’expérience pédagogique
Cette manière de faire n’est pas improvisée. Professeur d’histoire-géographie de formation, David Di Bella a développé très tôt des ateliers artistiques dans l’enseignement secondaire, avant de se spécialiser dans l’écriture créative. Un master en lettres et métiers de la création littéraire, suivi à Cergy alors qu’il était déjà enseignant, lui ouvre ensuite les portes de l’université. Il y anime des ateliers à Cergy puis à Paris 3, auprès d’étudiants en licence et en master.
Partout, le constat est le même : l’atelier d’écriture répond à une attente forte. Celle de produire plutôt que de recevoir, de devenir acteur de sa propre pensée. En 2020, il publie L’écriture créative, la magie de l’atelier, passerelle pour l’imaginaire (éditions Ellipses), un ouvrage qui synthétise cette approche et propose des outils à celles et ceux qui souhaitent écrire ou faire écrire.
À Blois, cette expérience universitaire irrigue directement les ateliers proposés aux adultes. Le cadre change, mais la philosophie reste identique : faire de l’écriture un laboratoire parallèle, un espace d’expérimentation et de liberté, à distance des contraintes académiques.
Le collectif comme moteur
Pour Isabelle, participante régulière, c’est précisément cette dimension collective qui fait la différence. Habituée à écrire seule, sous forme de journal ou de fiction, elle avait déjà expérimenté un atelier d’écriture ailleurs, avant de s’installer à Blois. Ce qu’elle cherchait, ce n’était pas seulement un lieu pour écrire, mais un espace pour progresser, être stimulée, recevoir un regard critique.
Dans les ateliers de David Di Bella, elle retrouve cette exigence, alliée à une grande bienveillance. Le retour du groupe, dit-elle, permet de mesurer autrement la valeur d’un texte. Là où l’on doute seul, le regard des autres révèle parfois une force insoupçonnée. Sans jamais masquer la nécessité de retravailler, d’affiner, de reprendre.
Peu à peu, dans son cas, un projet longtemps repoussé a commencé à prendre forme. Sans préméditation. Sans objectif affiché au départ. Simplement parce que les conditions étaient réunies pour que l’écriture advienne. « On se sent autorisé à y aller », résume-t-elle. À tenter, à chercher, à recommencer.
Un groupe à taille humaine, ouvert et vivant
Les ateliers accueillent un nombre volontairement limité de participants. Huit à dix personnes au maximum, pour préserver la qualité des échanges. Les profils et les âges se mêlent, de la vingtaine à bien au-delà. Les motivations aussi : écrire pour le plaisir, explorer une forme, parfois faire émerger un projet plus ambitieux. Rien n’est imposé. Les chemins se dessinent au fil des séances.
La régularité joue un rôle clé. Trois rendez-vous par mois, le mardi en début de soirée. Chaque séance est autonome, ce qui permet d’intégrer l’atelier à tout moment. Il n’y a pas de retard à rattraper, pas de programme linéaire. Chaque proposition ouvre un nouveau champ, et chacun s’y insère à son rythme.
À terme, une restitution collective n’est pas exclue. Lectures publiques, recueil de textes : ces formes ont déjà été expérimentées dans le cadre universitaire. Mais pour David Di Bella, la lecture à voix haute reste l’empreinte la plus forte. Celle qui marque durablement les participants, bien plus qu’un texte rangé dans un tiroir.
>> Pour en savoir plus ou s’inscrire, ce numéro : 06 43 24 20 27


