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La pollution aux PFAS pèse au minimum 40 milliards d’euros annuels

Ils sont invisibles, persistants, omniprésents. Les PFAS — substances per- et polyfluoroalkylées — contaminent depuis plusieurs décennies l’environnement européen sans jamais disparaître réellement. Une étude commandée par la Commission européenne et publiée en janvier 2026 dresse pour la première fois une évaluation globale, chiffrée et prospective du coût de cette pollution pour la société. Le constat est lourd : même limitée à quelques molécules, la facture se compte déjà en dizaines de milliards d’euros par an.

Une exposition généralisée de la population

Utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur, les PFAS se retrouvent aujourd’hui dans l’eau, les sols, l’air, l’alimentation et le sang humain. Leur particularité tient à leur extrême stabilité chimique : une fois émis, ils se dégradent très lentement, parfois sur plusieurs décennies.

Les modélisations réalisées pour l’ensemble de l’Espace économique européen montrent que la quasi-totalité de la population est aujourd’hui exposée aux PFAS, à des niveaux variables. Trois grands profils sont distingués : la population générale, dite « de fond » ; les populations vivant à proximité de sites industriels ou de zones contaminées ; les travailleurs exposés professionnellement.

En 2024, près de 14 % de la population européenne vivrait déjà dans des zones à exposition élevée. En l’absence de changement majeur, cette proportion pourrait encore augmenter d’ici 2050, sous l’effet de la hausse des usages et de la persistance des contaminations existantes.

Des effets sanitaires désormais documentés

La littérature scientifique analysée dans le rapport établit des liens solides entre l’exposition à certains PFAS et plusieurs atteintes à la santé humaine. Parmi les effets les mieux documentés figurent notamment des troubles immunitaires et endocriniens, des atteintes hépatiques, des maladies cardiovasculaires, des troubles de la reproduction, des effets sur la grossesse et le développement fœtal, certains cancers. Pour pouvoir quantifier économiquement ces impacts, l’étude se limite à quatre substances pour lesquelles les données sont jugées suffisamment robustes : le PFOA, le PFOS, le PFHxS et le PFNA. Un choix méthodologique qui conduit les auteurs à souligner à plusieurs reprises que leurs estimations constituent un minimum, et non une évaluation exhaustive du risque sanitaire réel.

Une facture sanitaire déjà massive

Pour l’année 2024, les coûts sanitaires attribuables à l’exposition à ces quatre PFAS sont estimés à environ 39,5 milliards d’euros par an à l’échelle européenne. Ces coûts intègrent une partie des dépenses de santé et des pertes de productivité, mais aussi les pertes de qualité et d’espérance de vie, les maladies chroniques liées à l’exposition, et les décès statistiques attribuables à la pollution. À ces montants s’ajoutent environ 3,8 milliards d’euros par an liés à la dépollution des sols et au traitement de l’eau. Résultat, la pollution aux PFAS représente déjà plus de 40 milliards d’euros annuels pour la société européenne.

Quatre scénarios pour mesurer le coût de l’action… et de l’inaction

L’étude projette ces coûts jusqu’en 2050 selon quatre hypothèses distinctes. Le premier scénario, dit « tendanciel », correspond à la poursuite des pratiques actuelles. Dans ce cas, les émissions de PFAS continueraient d’augmenter, les zones contaminées s’étendraient, et la pollution s’inscrirait durablement dans les territoires. Le coût cumulé atteindrait environ 440 milliards d’euros d’ici 2050.

Le deuxième scénario repose sur l’application stricte de la directive européenne sur l’eau potable. Si les concentrations dans l’eau diminuent localement, l’étude montre que l’impact sanitaire reste très limité, l’alimentation constituant la principale source d’exposition. Le coût global demeure alors comparable (450 milliards €).

Le troisième scénario correspond au respect de normes environnementales très strictes sur les eaux de surface et les nappes souterraines. Cette option permettrait de réduire fortement l’exposition humaine, mais au prix d’un traitement massif des eaux usées dans toute l’Europe. Le coût cumulé dépasserait alors 1 700 milliards d’euros, essentiellement en raison des investissements techniques nécessaires.

Le quatrième scénario envisage un arrêt progressif de la production et des usages des PFAS. Dans cette hypothèse, les émissions chuteraient fortement à partir de 2030, entraînant une diminution lente mais durable de la contamination humaine, compte tenu de la persistance des substances déjà présentes. Ce scénario apparaît comme le moins coûteux à long terme, avec un coût estimé à environ 330 milliards d’euros sur la période.

Interdire plutôt que réparer

L’un des enseignements majeurs de l’étude tient dans ce paradoxe économique : plus l’action est tardive, plus elle devient coûteuse. Traiter la pollution une fois installée — notamment par des systèmes de filtration de l’eau — s’avère nettement plus onéreux que la réduction à la source.

Les auteurs soulignent également que les coûts environnementaux n’ont pas pu être pleinement chiffrés. Les atteintes à la biodiversité, à la production alimentaire ou aux services écosystémiques pourraient pourtant représenter, à terme, plusieurs milliards d’euros supplémentaires.

Un coût probablement sous-estimé

L’étude insiste enfin sur ses propres limites. Les calculs ne concernent qu’une infime partie des PFAS existants, sans prise en compte des effets combinés entre substances, des expositions chroniques sur plusieurs générations, des impacts écologiques indirects. Autrement dit, les montants avancés ne constituent pas une estimation maximale, mais un seuil minimal documenté.

À travers cette analyse, la Commission européenne met en lumière une réalité désormais difficile à ignorer : la pollution aux PFAS n’est plus seulement une question environnementale, mais un enjeu sanitaire, économique et politique de long terme. Derrière les chiffres, comme une évidence : interdire.


Source : European Commission: Directorate-General for Environment, Ricardo, Trinomics and WSP, The cost of PFAS pollution for our society – Final report, Publications Office of the European Union, 2026, https://data.europa.eu/doi/10.2779/9590509

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