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Suzanne & Jako : un nouveau concert, un clip, et un album qui se prépare

Il y a parfois, dans les rencontres artistiques, quelque chose qui s’impose tout de suite, sans avoir encore trouvé sa forme définitive. Entre Suzanne et Jako, cette évidence là a existé dès le départ. Mais un duo ne se résume pas à une intuition heureuse : il faut encore le travailler, l’éprouver, le faire durer. Depuis 2019, toutes deux ont précisément fait cela : transformer une entente immédiate en un compagnonnage musical solide, patient, de plus en plus reconnaissable dans le paysage blésois.

Le concert qu’elles donneront en première partie de Jewly, à la Maison de Bégon, samedi 14 mars 2026, pour la clôture de la Semaine ELLES, s’inscrit dans un parcours déjà bien engagé. Suzanne & Jako se disent fières que la salle blésoise et Roxette leur aient confié une partie de la soirée portée par des valeurs féministes.

Suzanne et Jako

Une rencontre

C’est en 2019 que leur histoire commence. Jako découvre Suzanne, seule sur scène, sous la pluie, sur un camion-scène disproportionné, presque sans public. Le contexte était peu favorable. Mais il s’en est dégagé l’essentiel : une présence sans artifice. Ce souvenir reste comme un point de départ. La suite vient peu après. À ses débuts, alors qu’elle doit assurer seule une carte blanche, Jako doute de pouvoir tenir une heure sur scène. Elle demande à Suzanne de la rejoindre. Il s’agit d’abord de renforcer le concert, d’y ajouter des secondes voix, de partager un peu du poids du moment. Puis le duo prend forme. « On a bossé, bossé, bossé », résument-elles. Et, depuis, elles ne se sont plus quittées.

Le public repère très vite cette entente. Les deux voix fonctionnent ensemble, clairement. Le duo n’est pas né de ce regard extérieur, mais il y a trouvé une confirmation, et sans doute une raison de continuer. Depuis, Suzanne & Jako se sont imposées à Blois sans jamais surjouer leur propre trajectoire. Leur parcours s’est construit pas à pas, entre lieux différents, formats multiples et publics divers. « On s’est rencontrées en 2019, là on est en 2026, on a bossé, on a fait nos preuves petit à petit », résume Jako.

Deux identités, une osmose

Jako et Suzanne ne racontent pas leur duo comme la rencontre de deux moitiés faites pour s’assembler. Au départ, disent-elles, chacune arrivait avec une identité bien marquée. C’est encore vrai aujourd’hui. Mais le temps et le travail ont produit autre chose : une forme de fusion. Les chansons naissent parfois davantage chez l’une, parfois chez l’autre, mais elles aboutissent désormais dans un espace commun plus net. « Il y a quand même une plus grosse fusion, une osmose, un truc qui s’est créé », disent-elles.

Elles parlent de cette mécanique. L’une propose une base, l’autre la reprend, la pousse plus loin ou la dévie. Le morceau se construit dans cet aller-retour. « Il faut s’écouter et il faut lâcher prise aussi », dit Suzanne. C’est sans doute l’un des principes les plus solides de leur duo : accepter que le travail commun transforme l’idée de départ.

Le travail des voix, ou l’art de se répondre

Cette complémentarité s’entend surtout dans les harmonies. Le duo ne repose pas uniquement sur deux timbres agréables ou sur une présence scénique commune. Il se construit dans un travail précis des secondes voix, des mélodies, de l’équilibre entre texte et matière sonore.

Jako le reconnaît volontiers : Suzanne a un talent particulier pour inventer des lignes harmoniques, pour bâtir ce que l’on n’entend pas toujours immédiatement mais qui porte l’ensemble. Elle parle à ce propos d’« un travail de l’ombre ». La formule convient bien : chez Suzanne & Jako, beaucoup se joue dans ce qui soutient la chanson autant que dans la chanson elle-même.

Chez elles, texte et mélodie avancent avec le même degré d’exigence. Un morceau n’est pas laissé en l’état par facilité : on reprend un mot, on corrige une note, on ajuste une ligne, on retravaille le phrasé jusqu’à ce que l’ensemble tienne.

Un style difficile à classer

Définir leur musique n’a rien d’évident. « Chanson française » conviendrait, mais le terme est si large qu’il ne dit pas grand-chose. Elles lui préfèrent des formulations plus souples du style « musique réaliste » ou « musique rétro mais pas trop ».

La difficulté à nommer tient au fait que leur musique échappe aux cases trop nettes. Il y a bien chez elles un héritage de la chanson à texte, quelque chose qui tient au piano, à l’accordéon, à l’attention portée à la langue. Mais il y a aussi autre chose : des harmonies plus contemporaines, une adresse plus directe, une évolution qui tend vers des textures plus pop, plus électro, plus produites.

Ce refus de l’étiquette n’est pas une coquetterie d’artiste. Il correspond à une réalité formelle. Suzanne & Jako ne défendent pas un genre figé ; elles travaillent un espace hybride où se rencontrent le texte, le réalisme, une forme de théâtralité légère, parfois un peu de cabaret, et désormais des couleurs sonores plus modernes. À celles et ceux qui cherchent une définition rapide, elles opposent finalement la plus juste : des chansons pensées, adressées, travaillées.

Des chansons qui parlent au réel

Le mot « réaliste », dans leur bouche, désigne moins une tradition qu’un rapport au réel. Leurs chansons partent de l’expérience, des désordres du temps, de ce qui pèse sur les vies ordinaires. Les neuf titres inédits qu’elles préparent pour leur prochain album s’inscrivent clairement dans cette ligne : on y retrouve le vacillement du monde, la persistance de l’espoir, l’épuisement contemporain, la tendresse malmenée, l’amitié, la liberté, le corps et la tolérance. « Poisson » interroge la maternité dans un monde inquiétant ; « Le Bruit de l’eau » regarde du côté de l’amitié ; « Cils » relève davantage du geste militant.

Ce qui les intéresse n’est pas seulement de raconter. Elles cherchent une adresse. Comme le souligne Jako, leurs chansons ne sont pas conçues comme des tableaux qu’on laisserait à distance. Elles veulent parler à quelqu’un. Aller vers. Atteindre. À la question de savoir quel mot leur vient d’abord pour définir leur travail commun, Suzanne répond sans détour : « partage ».

Chez l’une comme chez l’autre, le concert reste une expérience dense, physique, psychique, jamais totalement pacifiée. Suzanne raconte son cœur qui bat « à fond », les moments d’euphorie qu’il faut presque freiner, cette énergie qu’il faut canaliser dans la voix et dans l’instrument. Jako décrit plutôt un état de vigilance tendue, une nécessité de rester « sur des rails », de « tenir la baraque », selon sa propre expression.

Ce contraste entre elles enrichit leur duo. L’une semble avoir besoin de se mettre en mouvement avec les gens, de parler un peu, d’ouvrir la soirée comme on ouvre une porte. L’autre peut rester rivée à son piano, le temps de se sentir pleinement dedans. Mais toutes deux connaissent la force de ces moments où la salle répond. Quand les gens chantent avec elles, le concert prend une autre ampleur.

Un nouveau cap : le trio, la batterie, l’album, le clip

Le concert de la Maison de Bégon ne sera pas seulement important parce qu’il s’inscrit dans la Semaine ELLES. Il marque aussi l’entrée dans une nouvelle étape artistique. Depuis quelques mois, Suzanne & Jako travaillent avec un batteur, Timothée. Ce qui a obligé à repenser les morceaux, à réarranger le répertoire, à déplacer les équilibres. Elles y voient à la fois une continuité et un changement de dimension. « On reconnaît tout à fait Suzanne & Jako, juste c’est un peu upgradé ! », lance Jako en souriant. L’idée est là : garder l’identité du duo tout en l’ouvrant, tout en lui donnant davantage d’assise et d’ampleur. Cette évolution accompagne la préparation de leur album, actuellement en chantier.

L’album est encore en chantier, mais son orientation se dessine déjà : aller vers une forme plus construite, plus resserrée, sans renier ce qui fait leur identité. L’arrivée de la batterie, l’électro plus présente et le réagencement des morceaux montrent qu’elles veulent faire évoluer leur projet.

Ne pas se renier, la question vaut pour le duo, mais aussi pour chacune séparément. Toutes deux évoquent leurs recherches, leurs essais, leurs hésitations, ainsi que le rapport parfois délicat à l’arrangement, au regard des autres et aux attentes du milieu. Il faut bien entrer, au moins en partie, dans les formes de production actuelles, tout en gardant ce qui fait sa singularité. Cet équilibre reste difficile à trouver.

C’est peut-être ce qui rend Suzanne & Jako particulièrement attachantes : leur parcours ne raconte pas l’irruption, mais l’épaisseur. Deux voix qui ont appris à se répondre. Deux artistes qui ont compris que la musique se fabrique aussi dans l’endurance, l’écoute et l’acceptation de ne pas aller plus vite que ce qu’on est.

À court terme, il y a la Maison de Bégon, la nouvelle formule en trio, un clip du « Bruit de l’eau » bientôt dévoilé, un album qui se prépare. À plus long terme, il y a encore beaucoup d’inconnu. Mais c’est peut-être très bien ainsi.


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