Le Marcou : une croyance ancienne liée à la guérison

À Blois, certaines traditions religieuses et croyances anciennes peuvent étonner. Parmi elles figure celle du Marcou, aujourd’hui peu connue. Elle renvoie à la figure d’un guérisseur agissant par le toucher et se rattache au culte de saint Marcou, notamment à travers les pèlerinages qui lui sont consacrés.

Une croyance liée à la naissance
Selon la croyance, le septième fils consécutif, sans aucune fille intermédiaire, né d’un mariage légitime, posséderait le don de guérir, exercé par le simple geste de toucher. À Blois, cette croyance est encore évoquée par certains habitants âgés. Simone, figure locale de plus de 90 ans, ancienne épicière de la rue des Trois-Marchands, affirme avoir connu un Marcou, présenté comme guérisseur par le toucher. La question des Marcous n’a pas fait l’unanimité au sein de l’Église. Le clergé était divisé : certains prêtres formaient des Marcous dans leur paroisse, tandis que d’autres y voyaient de la superstition.
De façon plus marginale, certaines croyances populaires évoquent également, pour la septième fille consécutive, née sans garçon intermédiaire, l’existence de dons de voyance, sans qu’un cadre religieux ou rituel comparable ne soit attesté.
La croyance du Marcou est traditionnellement liée à Saint Marcoul, moine normand du VIᵉ siècle. Toutefois, rien dans les biographies de Saint Marcou, rédigées au IXᵉ siècle, ne mentionne un don de guérison transmis par la naissance d’un septième fils. Cette absence souligne le décalage entre les textes hagiographiques anciens et les traditions populaires ultérieures.
Le rite du « voyage »
Parallèlement à cette croyance liée à la naissance, le culte de saint Marcou s’est structuré autour de pratiques de pèlerinage. Depuis le règne de Saint Louis, les rois de France avaient coutume, le lendemain de leur sacre à Reims, de se rendre en pèlerinage à Corbeny, près de Laon, sur les reliques de Saint Marcou. Ils y recevaient les malades atteints des écrouelles (affection chronique des ganglions lymphatiques du cou), appelées aussi scrofules, et obtenaient, selon les récits, des guérisons. Après la messe, le roi touchait les scrofuleux, traçait sur eux un signe de croix et prononçait la formule : « Le roi te touche, Dieu te guérisse ». Sous le règne de Louis XIII, les sources mentionnent 868 malades reçus.
Le pèlerinage de saint Marcou – comme à l’Eglise Saint-Nicolas de Blois chaque 1er mai – s’inscrit dans une pratique ancienne appelée le « voyage ». À une époque où la médecine ne disposait pas des moyens actuels, guérir d’une maladie tenait souvent du miracle. Le voyage n’était ni une thérapie ni une pratique magique, mais une demande d’intercession, accompagnée d’un rite particulier. Les gens du pays résumaient parfois cette incertitude par une formule simple : « Ça fait ou ça n’fait pas ». Imparable.


