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La Cantine Poulain : le chantier d’un lieu qui veut relier mémoire et innovation

Il y a, dans certains bâtiments, une manière de résister au temps. À Blois, dans le quartier de la Chocolaterie, à deux pas de la gare, la Cantine Victor-Auguste Poulain fait partie de ces lieux qui n’ont pas seulement vieilli : ils ont attendu. Attendu qu’on admette qu’un morceau de ville ne se termine pas tant qu’il peut avoir une nouvelle vocation.

Ce jeudi, jour du lancement de chantier, en présence du dernier descendant, René Poulain, le décor n’est pas un décor : c’est un bâtiment ouvert, brut, parfois mis à nu, où l’on entend encore l’écho des usages passés et où l’on vient désormais projeter des usages futurs. Sur place, les mots s’accrochent à la matière. On parle de patrimoine, de performance thermique, de sécurité incendie, d’innovation, de tiers-lieu, de pédagogie immersive, de mise en réseau régionale. On abat symboliquement un mur. On prononce le nom de Joseph Schumpeter. On parle de “faire entrer la lumière et le vent”. Et derrière ces formulations, c’est une question très concrète qui se pose : que peut-on faire, aujourd’hui, d’un héritage industriel, sans le réduire à un souvenir ni le trahir par un usage artificiel ?

La réponse, ici, prend un nom, une date d’ouverture annoncée, septembre 2027, et une ambition affichée : réhabiliter la Cantine Victor-Auguste Poulain, dernier bâtiment emblématique du site à ne pas avoir encore trouvé sa place dans la métamorphose du quartier, et en faire un lieu dédié à l’innovation, au croisement des entreprises, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’entrepreneuriat.

Cantine Poulain

Un bâtiment qui porte une histoire, jusque dans sa forme

Avant même d’être un projet, la Cantine Poulain est un fait urbain et architectural. L’architecte Sophie Léger-Blanchard rappelle d’emblée le cadre patrimonial : « Nous sommes ici dans un bâtiment qui est partiellement inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1997. » Ce détail conditionne tout le reste : ce que l’on peut faire, ce que l’on doit préserver, ce qu’il faudra négocier, ce qu’il faudra inventer sans improviser.

Cantine Poulain Blois

Elle insiste sur la nature même de l’architecture : néo-romane, inspirée du roman médiéval, mais déjà traversée par la révolution industrielle, par l’apparition de nouveaux procédés, de nouveaux matériaux, d’une autre manière de construire. Le bâtiment, dit-elle, est une “synthèse technique”, et sa chronologie est posée précisément. Un premier volume, côté nord, rue de la Chocolaterie, construit en 1864. Puis la halle où se tient la prise de parole, construite en 1867. Ensuite, le développement du site vers l’est et le sud, au fil de l’histoire industrielle.

Cantine Poulain Blois

Dans le récit qui circule ce matin-là, une bascule revient comme une ligne de fracture. Le lieu a d’abord accueilli des ateliers de fabrication, avant de changer d’usage pour devenir la cantine de l’usine, jusqu’au début des années 1990. Puis le vide. « Le bâtiment est resté inutilisé pendant quasiment trente ans », rappelle l’architecte, avant de donner la phrase clef, celle qui résume l’intention : « L’esprit du projet a été de recréer un lien, un pont, entre cet héritage ancien et les usages actuels et futurs que l’on souhaite redonner à ce lieu. » Cela avec une étiquette énergétique en B et une étiquette climat en A.

Cantine Poulain

Le moment le plus spectaculaire du lancement du chantier est un geste : la destruction symbolique d’un mur. « Pour faire entrer la lumière et le vent », dit Christophe Degruelle. Le président d’Agglopolys évoque l’économiste Philippe Aghion, mentionne Schumpeter, et pose l’idée d’un double mouvement : « Schumpeter parlait toujours de ce qu’il appelait la destruction créatrice : à la fois le désir destructeur et le désir créateur. »

Cantine Poulain Blois

Un lieu pour rapprocher ce qui travaille trop souvent séparément

À travers l’ensemble des prises de parole, une conviction revient : l’innovation, c’est une organisation. Pour que le lieu vive, il faut une gouvernance, une animation, un fonctionnement qui rende possibles des rencontres réelles et des projets concrets. C’est ce qui motive ici Agglopolys, la CCI, l’INSA Centre-Val de Loire, et l’IUT de Blois rattaché à l’Université de Tours.

Dans les discours, la même idée se décline avec des mots différents. François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, formule cela comme une correction d’un défaut ancien. Il parle de “ponts” à reconstruire et de cloisons à faire tomber. « Vous recréez des ponts là où, hier, nous fonctionnions trop souvent par cloisonnements », dit-il, en insistant sur la nécessité de relier le temps des études, le temps de la recherche, et le temps de l’activité économique.

Le propos est à la fois local et général : local parce qu’il s’ancre dans un bâtiment précis, à Blois ; général parce qu’il décrit une phase “de rupture” où les sociétés doivent réinventer leur rapport à l’environnement et où le rythme des innovations bouleverse tous les secteurs. François Bonneau insiste sur un point qui traverse aussi les inquiétudes des acteurs économiques : attirer les jeunes vers l’industrie ne se fera pas “comme avant”. Le lien recherche-innovation-développement devient la condition pour rendre l’industrie désirable, intelligible, et surtout vivante.

Samuel Callé, directeur de l’IUT de Blois, situe clairement la Cantine Victor-Auguste Poulain comme une opportunité pour l’antenne blésoise car l’innovation est “dans l’ADN” des universités. À partir de là, le discours déroule une cohérence entre les objectifs du lieu et les activités de l’IUT : enseignement, recherche, matériaux, énergie, intelligence artificielle, entrepreneuriat étudiant, liens avec les entreprises, sensibilisation aux transitions.

Cantine Poulain Blois

Yann Chamaillard, directeur de l’INSA Centre-Val de Loire, donne au projet l’une de ses formulations les plus incarnées, parce qu’il parle d’un quotidien : voir le bâtiment depuis son bureau, tous les jours, et vouloir “traverser la rue”. Sa satisfaction, dit-il, est ancienne : la Cantine Poulain est un sujet posé dès sa candidature à la direction de l’école. Et au-delà de l’aboutissement, il met en avant ce qu’il considère comme exemplaire : la manière dont les acteurs ont su se parler. Il insiste sur l’écoute, sur la “feuille blanche”, sur la capacité à comprendre les enjeux des autres et à trouver, au croisement, une projection possible.

Le responsable décrit ensuite les effets attendus : étudiants “challengés”, entreprises qui trouvent des idées, acteurs qui repèrent des profils, rencontre productive entre l’énergie étudiante et les contraintes industrielles. Et il annonce, surtout, que l’histoire ne va pas attendre la fin des travaux : l’INSA entend activer la “Cantine hors les murs”, en organisant des actions avant l’ouverture, dans le cadre de dispositifs à l’échelle régionale et nationale, en lien avec le pôle universitaire d’innovation qui associe Tours, Orléans et l’INSA.

Le financement et l’aménagement

Le bâtiment a été acquis auprès de la CCI pour 221 000 euros. Les travaux, pour un montant total de 3,35 millions d’euros, sont financés par Agglopolys à la hauteur de 1,87 M€, 900 000 euros de fonds FEDER, mobilisés via le Conseil régional, 300 000 euros de la Région Centre-Val de Loire dans le cadre du contrat régional de solidarité territoriale, des concours de l’État à hauteur de 142 000 euros, 75 000 euros et 50 000 euros au titre de différents dispositifs, ainsi que par une participation de la Banque des Territoires de 13 740 euros. Et maintenant, comme l’a dit l’architecte, “place au chantier”.

L’aménagement de la Cantine Victor-Auguste Poulain porte sur 530 m² de surfaces utiles, organisées autour d’un grand volume central traversant, pensé comme un espace de rencontres et d’événementiel. Les volumes intérieurs sont structurés par une circulation de type “rue intérieure”, desservant différents espaces de travail et de projets répartis sur plusieurs niveaux. Le projet prévoit des espaces dédiés à l’innovation et à l’entrepreneuriat, incluant l’accueil de cinq start-ups, des bureaux pour les étudiants entrepreneurs, la Junior-Entreprise, ainsi que des espaces de travail collaboratif mobilisables par les entreprises, les chercheurs, les enseignants et les étudiants. L’aménagement intègre également des espaces pédagogiques destinés à des formats d’enseignement immersifs, ainsi qu’un espace événementiel modulable. Les grandes arches en brique restaurées permettent l’accès à une terrasse végétalisée, tandis que la charpente existante est remplacée par une charpente métallique neuve, affirmant la mémoire industrielle du lieu tout en accompagnant ses nouveaux usages.

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