Pour ne pas perdre son lieu de danse à Vineuil, AZOTH poursuit la mobilisation

Installé à Vineuil depuis 2019, AZOTH Arts Center est aujourd’hui menacé par la mise en vente de ses locaux. Pour éviter une hausse de loyer ou une éviction à l’issue du bail, AZOTH Dance Theatre a engagé une levée de fonds tout en se positionnant comme acheteur. Derrière cette opération, il s’agit de préserver un lieu de création, de transmission et d’accueil déjà pleinement actif sur le territoire, au moment même où le festival Blois Danse prépare sa 7e édition dans un format light et repensé.
À première vue, l’affaire pourrait se résumer à une campagne de soutien de plus. Un objectif affiché à 20 000 euros*. Une page d’appel aux dons (ici). Des actions solidaires. Un concert caritatif avec Suzanne et Jako aux Lobis le vendredi 17 avril. Mais en écoutant Jonathan Breton, le sujet prend tout de suite une autre épaisseur. Ce qui se joue ici n’est pas seulement le maintien d’une structure culturelle. C’est la préservation d’un outil de travail devenu, au fil des années, le point d’ancrage concret d’AZOTH sur le territoire blésois.

Un lieu à vendre, et une décision à prendre sans tarder
La situation de départ est simple, et brutale. Les locaux occupés par AZOTH Arts Center à Vineuil sont à vendre. Pour la compagnie, deux risques se présentent aussitôt : voir le loyer augmenter fortement avec un nouveau propriétaire, ou devoir quitter les lieux à la fin du bail. La campagne de soutien lancée par AZOTH expose d’ailleurs très clairement ce double danger, tout comme la décision prise en conséquence : se positionner comme acheteur.
Car derrière le bâtiment, il y a tout ce qui s’y tient déjà, au quotidien. Les ateliers. Les stages. Les répétitions. Les créations. Le travail régulier de la compagnie. Il s’agît ici de préserver pendant quatre ans les activités les plus fragiles de l’association. Jonathan Breton cite en particulier toutes les actions qui rapportent peu ou pas : interventions auprès de publics empêchés, enfants hospitalisés, scolaires, activités gratuites ou à tarifs réduits. « Ce sont toutes ces actions-là qu’on est obligé d’arrêter quand il y a les finances qui sont difficiles », résume-t-il. En outre, quelques travaux énergétiques sont nécessaires dans les locaux.

Un montage pensé pour protéger l’association
Depuis son ouverture, AZOTH Arts Center a accueilli des ateliers tout public, des actions en direction de publics en situation de handicap, des stages, des expositions, des répétitions ouvertes et des spectacles intimistes. « C’est là aussi que la compagnie s’entraîne au quotidien, elle fait ses créations, ses répétitions », ajoute Jonathan Breton.
L’association ne souhaite pas acheter directement les locaux. D’une part, parce qu’il serait dangereux de « mettre tous les œufs dans le même panier ». D’autre part, parce qu’un achat en direct ferait peser, selon les conseils reçus, un risque sur le cadre fiscal de l’association. Le choix retenu est donc celui d’une SCI, chargée d’acheter les murs, tandis que l’association resterait locataire. Pendant le remboursement du prêt, elle continuerait à payer un loyer. Une fois l’emprunt soldé, l’idée serait que ce loyer devienne symbolique, afin que l’argent jusque-là absorbé par la charge locative puisse être redirigé vers les autres activités. Ce point est important, la campagne ne vise pas à immobiliser des fonds dans une logique patrimoniale. Elle s’inscrit dans une stratégie de sécurisation à long terme des activités culturelles elles-mêmes.

Vu de loin, on pourrait être tenté de poser une question simple : pourquoi ne pas aller ailleurs ? Parce que des locaux adaptés, avec une grande surface et surtout un plateau réellement exploitable pour l’activité chorégraphique, sont rares. Et lorsqu’ils existent, ils sont souvent nus, donc coûteux à aménager. Les locaux actuels représentent 215 m² au total, avec un grand studio d’environ 100 m² et un second espace de 40 à 45 m² pour le yoga, le pilates, le stretching et les activités de corps. Et il ne faut « surtout pas moins », dit Jonathan.

Une promesse ancienne, et une réponse qui tarde
Le projet initial imaginé lors de l’arrivée de la compagnie sur le territoire tournait plutôt autour de 700 à 800 m². Autrement dit, ce qu’AZOTH défend aujourd’hui n’est déjà plus le projet dans son ampleur d’origine, mais une version réduite, recentrée sur le cœur des missions : création, diffusion, transmission, actions pédagogiques.
En 2018, la municipalité de Blois avait promis des locaux à la compagnie pour qu’elle vienne s’installer sur le territoire et participe au développement de l’art chorégraphique dans le Blaisois. A ce jour, ces locaux n’ont toujours pas été alloués. Jonathan Breton indique qu’à la faveur des élections municipales, il a reposé la question et qu’il lui a été redit qu’une recherche de locaux existait. Mais dans l’immédiat, la compagnie ne peut pas se permettre d’attendre davantage. L’échéance impose de se positionner avant l’été.

Une campagne nourrie par une solidarité très locale
Si l’opération avance, c’est grâce à toutes et tous. Jonathan Breton décrit une mobilisation très concrète, faite d’initiatives : un marché éphémère mêlant artisans, créateurs et brocante, une tombola, une vente de crêpes, des stages de danse dont les recettes sont fléchées vers l’opération, une campagne de crowdfunding, mais aussi une collecte de métaux et de ferrailles qui se poursuit dans le temps. Une caisse est mise à disposition à l’entrée du centre pour récupérer métaux, câbles, électroménager et autres matériaux revendables. Et donc, le vendredi 17 avril à 20h30, un concert caritatif va se tenir au cinéma Les Lobis, avec Suzanne et Jako, au profit de l’opération (plein tarif en ligne : 8€ – plein tarif sur place : 10€ – tarif réduit : 6 ou 7€). « C’est là qu’on voit qu’on a créé une belle communauté depuis qu’on est arrivés », souffle Jonathan.
Blois Danse maintenu, mais dans une forme plus légère
Cette bataille pour les locaux intervient alors qu’AZOTH prépare aussi la 7e édition du festival Blois Danse, du 3 au 10 juillet 2026. Cette édition va proposer un « nouveau format », de « nouvelles expériences originales » et une programmation investissant des lieux non dédiés à la danse.
Cette version « light » du festival est la conséquence d’un budget en baisse et de subventions promises mais non perçues, ou revues à la baisse. Mais l’essentiel est là : le festival est maintenu.
Cette édition 2026 doit notamment proposer une déambulation chorégraphique dans trois salles de l’aile Gaston-d’Orléans du château royal de Blois, avec des jauges réduites à 70 spectateurs maximum (les 3 et 5 juillet).
Le 4 juillet, le Campus La Providence doit accueillir une journée d’ateliers ouverts à tous à partir de 12 ans, ainsi qu’une barre géante, autre temps fort mis en avant dans la programmation.
Autrement dit, alors même qu’AZOTH cherche à consolider sa base matérielle à Vineuil, la compagnie continue de tenir son rendez-vous estival, en l’adaptant à ses moyens du moment et à une autre échelle.
*L’objectif affiché publiquement est de 20 000 euros, avec un niveau d’avancement actuellement indiqué à 57,83 %. Précisons au passage que les dons ouvrent droit à une déduction fiscale de 66 % pour les particuliers et de 60 % pour les entreprises, l’association étant reconnue d’intérêt général.
Pour en savoir plus : azothdancetheatre.com | bloisdanse.com | Billetterie du concert de Suzanne et Jako
🎭 Spectacle de danse – (Re)-Write
📍 Espace Jean-Claude Deret, Saint-Gervais-la-Forêt
🕓 16h00
Une seconde représentation de cette création mêlant influences passées et préoccupations actuelles. Une œuvre dynamique et émotionnelle, précédée d’une première partie par le Jeune Ballet 41.
💶 Tarifs : 12 € à 15 €
📞 06 76 17 39 26 🌐 www.azothdancetheatre.com



