Marilyn MonroePortraits

Pour ses 100 ans, une série consacrée à Marilyn Monroe

Ce 1er juin 2026 marque le centième anniversaire de la naissance de Marilyn Monroe. Il y a tout juste un siècle venait au monde, à Los Angeles, Norma Jeane Mortenson, appelée à devenir l’un des visages les plus célèbres du XXe siècle. Un visage tellement reproduit, cité, imité, figé, qu’il en a presque fini par masquer la personne. Derrière Marilyn, il y eut Norma. Derrière la blondeur, les robes, les sourires, les poses et les projecteurs, il y eut une enfant seule, une jeune femme travailleuse, une actrice sous-estimée, une intelligence souvent niée, une sensibilité blessée, une volonté immense.

Derrière Marilyn, Norma

À l’occasion de ce centenaire, Blois Capitale vous propose de reprendre le fil d’une série consacrée à Marilyn Monroe. Non pour répéter ce que chacun croit déjà savoir, mais pour s’approcher de celle qui fut, à la fois, une création hollywoodienne et une femme réelle. Une icône, oui. Mais une icône n’est jamais seulement une image.

Dans la photographie prise durant l’été 1962 par George Barris, sur la plage de Santa Monica, on voit une Marilyn moins apprêtée, plus simple, presque défaite de son propre personnage. Elle n’est plus seulement la star mondiale que l’industrie du cinéma a façonnée et exploitée. Elle apparaît plus proche, plus humaine, plus vulnérable. Quelques semaines plus tard, elle mourra, à 36 ans.

Cette photo sans fard est plus « vraie », plus naturelle, plus proche de Norma, cette jeune femme qui après une jeunesse des plus terrifiantes, a débuté une nouvelle vie au travers d’un personnage : Marilyn Monroe.

Norma, c’est le fruit d’une mère éprouvée par la vie, qui sombrera vite dans la schizophrénie et la paranoïa, et d’un père qui ne la reconnaîtra jamais. Norma, c’est l’histoire d’une fille du péché dans cette Amérique-là (sa grand-mère folle tentera de la tuer alors qu’elle était bébé), c’est l’histoire d’une fille rejetée, allant de familles d’accueil en familles d’accueil, avec un passage à l’orphelinat. Norma, c’est l’histoire d’une fille pauvre, sans ami à cause de sa condition, invisible pour les autres enfants. Le peu d’amour qu’elle recevra viendra de Tante Ana et de Grace, sa tutrice. Mais toujours dans la douleur. Et comme rien ne lui aura été épargnée, elle connut enfant une agression sexuelle. Norma, c’est l’histoire d’une fille seule et isolée de Los Angeles qui ne se relèvera jamais vraiment psychologiquement de ce cauchemar. Mais avec une vraie profondeur, une vraie intelligence et un rêve.

Parce que dans son malheur, Norma est une jolie fille d’Hollywood, avec quelque chose en plus. Repérée pour sa plastique alors qu’elle travaillait à l’usine, elle travaillera dur pour devenir une star de l’industrie du cinéma. Fille des ténèbres, elle deviendra une femme de lumière. Elle sera Norma et Marilyn, sa création.

Une travailleuse acharnée, loin du cliché de la blonde futile

Norma est travailleuse. Cours de comédie, de chant, de danse, une faculté à travailler sur l’image, à s’instruire en lisant encore et encore… Elle n’est pas la blonde écervelée que certains imaginent encore. C’est une femme moderne, indépendante, aucunement matérialiste, prête à défendre la cause gay ou partir aider des sans-logis, une mère déconnectée du monde, ou encore les animaux. C’est à la fois un grand cœur et un être brisé par son enfance qui souffrira de terreurs nocturnes et de dépression. Marilyn Monroe est aussi complexe qu’on l’imagine communément futile.

Le grand malentendu Marilyn Monroe

Marilyn Monroe demeure l’un des grands malentendus de la culture populaire. On a longtemps voulu la réduire à une silhouette, à une ingénuité fabriquée, à une blondeur disponible. Or elle fut bien davantage : une actrice attentive à son art, une femme qui cherchait à être prise au sérieux, une personnalité capable de lucidité sur l’industrie qui l’employait, une lectrice, une travailleuse, une figure moderne dans sa manière de vouloir exister par elle-même. Elle fut aussi une femme capable d’élans, d’engagements, d’amitiés profondes, de fidélités discrètes.

Il y a chez elle quelque chose de profondément contemporain. Le rapport à l’image, la fabrication d’une identité publique, la violence du regard porté sur les femmes, la difficulté à être reconnue au-delà de son apparence, la solitude au cœur de la célébrité : tout cela parle encore. Peut-être même plus fortement aujourd’hui. Marilyn Monroe appartient à une époque révolue, celle des studios, des grands contrats, des photographes mythiques et du Hollywood classique. Mais elle annonce aussi notre temps, celui où l’image peut dévorer l’être qu’elle prétend montrer.

Une mort avec des zones d’ombre persistantes

mort

Nous reviendrons sur sa vie et son décès. La mort de Marilyn Monroe, dans la nuit du 4 au 5 août 1962, demeure officiellement liée à une overdose de barbituriques. Mais les zones d’ombre, les contradictions et les récits concurrents autour de ses dernières heures ont nourri, depuis plus de soixante ans, une interrogation persistante. Là encore, il faut avancer avec prudence. Le trouble existe. Les spéculations aussi. Mais l’essentiel n’est peut-être pas seulement dans l’énigme de sa mort. Il est dans ce que sa disparition a figé : une femme de 36 ans devenue éternelle parce qu’elle n’a jamais eu le temps de vieillir, de se défaire de son image, de se raconter autrement.

Cent ans après, rendre Norma à Marilyn

Marilyn Monroe aurait donc 100 ans aujourd’hui. Cette phrase suffit à mesurer l’écart entre la personne réelle et la figure devenue mythologique. On peine à l’imaginer âgée, parce que la culture populaire l’a condamnée à rester jeune, blonde, souriante, désirable. Le centenaire de sa naissance offre justement l’occasion de desserrer cette emprise. Il ne s’agit pas d’arracher Marilyn au mythe, mais de rendre à Norma sa place.

Une vie entre ténèbres et lumière, une mort troublante… Vous ne connaissiez peut-être pas véritablement Marilyn Monroe. Bienvenue, la série débute.

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