Aux Lobis, Robert Guédiguian, Shaun le mouton et deux épouvantails amoureux

Trois films arrivent cette semaine aux Lobis avec des propositions radicalement différentes. La Gradiva de Marine Atlan retrouve les écrans blésois après son avant-première aux Rendez-vous de l’histoire. Robert Guédiguian suit avec Une femme aujourd’hui la reconstruction d’une trentenaire après une agression. Et Shaun le mouton revient dans une aventure d’Halloween où Aardman s’amuse avec Frankenstein et le cinéma de monstres. Dimanche, la 15e Fête des Marmots prolongera cette semaine très animée avec Un amour d’épouvantail.
La Gradiva, après une rencontre particulièrement riche à Blois
La Gradiva arrive cette semaine en sortie nationale aux Lobis, après une première projection à Blois pendant les Rendez-vous de l’histoire. Le premier long métrage de Marine Atlan, récompensé par le Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, avait alors été présenté en présence de sa coscénariste Anne Brouillet. Celle-ci avait raconté les quatre années de travail menées aux côtés de Marine Atlan, jusqu’au tournage, où l’écriture restait encore ouverte. Certaines scènes étaient reprises au dernier moment pour tenir compte de ce que les jeunes comédiens faisaient surgir devant la caméra. « Elle a expliqué qu’elle réécrivait des scènes, parfois au jour le jour, pour vraiment coller au maximum aux réactions des jeunes. C’était un superbe échange », se souvient la directrice des Lobis.

Cette façon de travailler rejoint précisément ce qui avait séduit Laetitia Scherier lorsqu’elle avait découvert La Gradiva à Cannes : des adolescents qui semblent vivre devant la caméra plutôt que réciter l’idée qu’un adulte se ferait de leur âge. Après cette avant-première blésoise, le voyage scolaire à Naples et Pompéi peut désormais rencontrer un public plus large.
Robert Guédiguian face à une femme de 30 ans
L’autre grande sortie française de la semaine est Une femme aujourd’hui, de Robert Guédiguian. À 72 ans, le cinéaste marseillais retrouve plusieurs de ses interprètes habituels, parmi lesquels Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, mais confie cette fois le rôle principal à Marilou Aussilloux. Le film sort ce mercredi 21 octobre.
Juliette a 30 ans. Elle travaille dans la finance, voyage beaucoup et mène sa vie sentimentale comme elle l’entend. Après une soirée avec ses collègues, l’un d’entre eux l’agresse. L’événement arrive suffisamment tôt pour que Guédiguian puisse consacrer l’essentiel de son film à ce qui vient ensuite. Juliette doit reprendre possession de sa vie, affronter les démarches nécessaires pour faire reconnaître ce qu’elle a subi et découvrir sur qui elle peut réellement compter. « Le film se concentre vraiment sur tout le parcours d’émancipation de ce personnage, tout son parcours de reconstruction et la solidarité qu’elle va trouver là où elle ne pensait pas la trouver, et malheureusement ne pas trouver là où elle pensait qu’elle devrait en avoir. » Autour de Juliette apparaissent les réactions de ses proches, le poids du monde professionnel, les difficultés judiciaires et le rôle des associations. Le scénario observe ainsi tout ce qui vient se greffer à une violence déjà subie, alors même que la personne concernée aurait besoin de pouvoir concentrer son énergie sur elle-même.

Guédiguian reste sur un terrain qu’il connaît bien lorsqu’il filme les solidarités et la capacité du collectif à remettre quelqu’un debout. Le déplacement vient davantage de son personnage principal et de ce qu’il entreprend de raconter à travers elle. Laetitia reconnaît avoir abordé le film avec une certaine prudence. Un homme, qui plus est d’une génération très éloignée de celle de Juliette, pouvait facilement manquer son sujet. « On sent vraiment une volonté de comprendre, d’analyser, de se questionner en tant qu’homme aussi, et surtout de rendre hommage à celles qui ont été victimes et qui ont trouvé la force de continuer avec la tête haute et avec toute la dignité qu’elles méritent. »
Elle retrouve dans Une femme aujourd’hui l’humanisme qu’elle apprécie depuis longtemps chez le réalisateur, mais appliqué à un sujet où le moindre faux pas aurait rapidement rendu le film maladroit. « Franchement, le film est une belle surprise parce que ce sont des sujets qui ne sont pas faciles à aborder. »

Shaun le mouton se prend pour Frankenstein
Avec Shaun le mouton : La Bêêête d’Halloween, changement complet de registre ! Le troisième long métrage consacré au célèbre mouton des studios Aardman arrive lui aussi ce mercredi 21 octobre. Réalisé par Steve Cox et Matthew Walker, il retrouve la technique d’animation en volume qui accompagne Shaun depuis ses débuts : des marionnettes animées image par image, avec tout ce que leur matière conserve d’artisanal.
Cette fois, tout commence par un champ de citrouilles. Shaun et ses compagnons préparent Halloween lorsqu’un accident détruit leur précieuse récolte. Le mouton décide alors de bricoler une potion capable d’accélérer la croissance des légumes. Le fermier prend le produit pour une lotion capillaire, s’en enduit généreusement et se retrouve bientôt recouvert d’une pilosité spectaculaire. Aardman « rejoue totalement les codes du cinéma fantastique et du film de monstres, mais évidemment sans avoir pour but de réellement faire peur. Et il mêle toujours ça à l’humour très burlesque qui est propre à toute la série. »
Laetitia rapproche cette démarche de celle du précédent long métrage, La ferme contre-attaque, qui s’amusait notamment avec l’héritage de E.T.. Cette fois, Frankenstein et les vieilles silhouettes de monstres entrent dans la bergerie. Et comme Shaun ne parle toujours pas, les réalisateurs doivent faire avancer l’histoire par le mouvement, les expressions, les sons et les gags visuels. L’AFCA recommande officiellement le film à partir de 6 ans ; elle préfère attendre 7 ans pour les enfants facilement impressionnables. « Il n’y a rien de terrifiant dans le film, mais il y a quand même quelques séquences où l’on voit une ombre un peu monstrueuse qui se déplace dans la nuit. Ça pourrait impressionner clairement les plus jeunes spectateurs. »
Une séance particulière est déjà prévue pour Halloween : samedi 31 octobre à 14 heures, sous forme de ciné-goûter. Studiocanal a fourni au cinéma des kits qui permettront aux enfants présents à cette séance de fabriquer leur propre Shaun en pâte à modeler.

Deux épouvantails amoureux pour la 15e Fête des Marmots
Avant Halloween, un autre rendez-vous attend les plus jeunes. La 15e Fête des Marmots aura lieu dimanche 25 octobre aux Lobis, autour du programme Un amour d’épouvantail. La matinée commencera à 10 h 30 avec un petit déjeuner champêtre offert, avant la projection à 11 heures. Le programme dure 44 minutes et est accessible à partir de 3 ans.
Les premiers courts métrages emmènent les enfants à La Ferme de Lena. Ces petits récits en animation 2D font vivre une fermière et les animaux qui l’entourent dans un univers très musical. Puis viennent les deux personnages qui donnent son titre au programme : Betty Delorge et Harry Fortepaille. Un amour d’épouvantail adapte un nouvel album de Julia Donaldson et Axel Scheffler, le tandem déjà à l’origine du Gruffalo, de Monsieur Bout-de-Bois, de La Baleine et l’Escargote ou encore de Zébulon le dragon. Leurs livres ont donné naissance à plusieurs films produits par Magic Light Pictures, régulièrement programmés aux Lobis. Cette fois, deux épouvantails tombent amoureux et commencent à préparer leur mariage. Harry part chercher ce dont ils auront besoin pour la cérémonie tandis qu’un rival profite de son absence. La campagne entière finit par participer à l’aventure. « C’est une belle réflexion sur l’amour, l’amitié, la solidarité et sur la différence aussi. » La figure de l’épouvantail, qui pourrait naturellement servir à effrayer les plus petits, devient ici l’exact inverse. Le film joue avec sa silhouette sans chercher un seul instant à provoquer la peur.
Des décors qui auront plusieurs vies
Comme de coutume, la Fête des Marmots ne se terminera pas avec le générique. Des activités seront proposées après la projection, préparées notamment par Yoann, qui a rejoint l’équipe des Lobis au printemps et travaille désormais aussi sur l’organisation de ces rendez-vous. Une nouveauté concerne cette fois la décoration du cinéma. Les Lobis ont l’habitude de transformer leur hall au gré des films et des événements. Cette volonté d’installer une ambiance pose une question beaucoup plus terre à terre : que faire des objets achetés ou fabriqués pour une matinée lorsqu’ils ne serviront peut-être jamais plus ? Un partenariat avec Emmaüs permettra cette fois d’emprunter des accessoires champêtres destinés à habiller le cinéma, avant de les restituer. Laetitia Scherier y voit une solution assez évidente à une contradiction qui la gênait. « Le problème des décors, c’est que très souvent ils vont être utilisés une seule fois. Là, ce sont des objets qui ont déjà servi, dont on prendra évidemment très soin et qu’on ramènera ensuite pour qu’ils puissent avoir une deuxième, une troisième, une quatrième vie. »
Plus d’informations ici : blois-les-lobis.cap-cine.fr

