Les lignes du mouvement : Isabelle Rouballay au Houppier

Exposition – Les Échappées
📍 Le Houppier, Blois
📅 Du 4 au 8 mars 2026
Récemment arrivée à Blois, la plasticienne Isabelle Rouballay présente au Houppier une sélection d’encres, monotypes et aquarelles sur papier. Des œuvres où la complexité du trait se conjugue à une grande sobriété : une peinture gestuelle et instinctive, traversée par l’élan du corps, la trace d’un souffle et l’écho d’une impulsion contenue.
Lors du vernissage, l’artiste a évoqué son travail avec simplicité : une pratique ancienne, un rapport très physique à la peinture et une création qui surgit d’un état intérieur particulier. Sur les murs, les œuvres déploient un langage abstrait fait de lignes rapides, de courbes larges, de tensions et de respirations. Une peinture du mouvement, presque chorégraphique, où chaque trace semble apparaître dans l’élan plus que dans la composition.

Isabelle Rouballay ne s’est pas tournée vers l’art récemment. Elle raconte avoir commencé très tôt, au début de sa vie d’adulte. Depuis, elle explore de nombreux médiums. La peinture demeure centrale, mais son travail ne s’y limite pas. « Je touche un peu à tout : peinture, encres, monotypes, aquarelle, un peu de gravure… et aussi le travail en volume. »
Dans la peinture elle-même, les techniques varient : encres fluides, acrylique, aquarelle, parfois l’huile qu’elle a expérimentée plus récemment. L’artiste ne s’impose pas de frontière stricte entre les pratiques. L’exposition présentée au Houppier ne prétend d’ailleurs pas résumer toute cette diversité. « Je montre mon travail, mais ce n’est pas une exposition avec une thématique ou une réelle unité. »
Une peinture du geste
Face aux œuvres accrochées, un mot s’impose rapidement : le geste. Le travail d’Isabelle Rouballay repose sur un rapport très direct au mouvement. Les lignes larges et rapides, parfois nerveuses, parfois très fluides, donnent l’impression d’une peinture exécutée dans l’élan. Elle le décrit elle-même ainsi : « C’est un peu comme une danse. C’est très en mouvement et je ne sais pas à l’avance ce que je vais faire. » La feuille ou la toile n’est pas un espace de composition préméditée. Elle devient un lieu d’apparition où la trace se forme au fur et à mesure du geste.
Si son travail appartient pleinement au champ de l’abstraction, il s’enracine dans une mémoire visuelle. Isabelle Rouballay évoque volontiers une influence fondatrice liée à son enfance. « Ma première inspiration, ça a été l’écriture arabe. Mon enfance au Liban et la culture du Moyen-Orient m’ont énormément marquée. » Bien sûr, il ne s’agit pas de calligraphie au sens strict. L’artiste ne reproduit pas des signes. Mais la dynamique des lignes, leur souplesse et leur rythme portent la trace de cet univers graphique. Dans certaines encres, la ligne semble presque devenir un alphabet imaginaire.
Peindre quand le mental s’arrête
La création, pour Isabelle Rouballay, ne relève pas d’une construction intellectuelle. Elle insiste au contraire sur un principe très simple : le geste apparaît lorsque la pensée se retire. « Il n’y a rien qui est intellectualisé. Je n’arrive à peindre que quand mon mental finit par s’arrêter. Quand je suis en train de réfléchir, le geste est mauvais. » Le moment de création correspond donc à une forme de bascule intérieure. « Quand j’arrive à passer dans un autre état de conscience, c’est là que ça se fait. »
La musique et le temps de décantation
Pour atteindre cet état, certaines conditions peuvent favoriser l’apparition du geste. La musique en fait partie. « Je n’arrive pas à peindre sans. » Mais les références de l’artiste s’éloignent de la tradition classique. Elle préfère des univers sonores métissés, mêlant Orient et Occident. Elle cite notamment le musicien Titi Robin ou encore des compositions répétitives capables de créer une forme de transe légère.
Cependant, la musique ne suffit pas. Le temps joue également un rôle essentiel. « Il faut que j’aie eu des journées très calmes, où tout se décante. Et arrive le moment où je peux peindre. » Ce moment ne peut être forcé.
Avec les années, Isabelle Rouballay a conservé une partie de ses œuvres. Certaines remontent au début des années 2000. Lorsqu’elle les regarde aujourd’hui, elle n’y retrouve pas forcément un état émotionnel précis, mais plutôt des périodes. Certaines séries correspondent à des dominantes colorées — le bleu, le noir — ou à des techniques particulières comme le monotype.
La sculpture, aujourd’hui au premier plan
Si l’exposition actuelle présente essentiellement des œuvres sur papier, Isabelle Rouballay insiste sur un point : la sculpture occupe une place centrale dans sa pratique. « Aujourd’hui je suis plus sculpteur que peintre », glisse l’artiste. Elle travaille notamment l’argile. Mais elle expérimente également le fil de fer, matériau qui prolonge dans l’espace la ligne déjà présente dans ses peintures.
Depuis son installation à Blois, Isabelle Rouballay poursuit ses recherches. Elle reprend le modelage et expérimente de nouveaux matériaux, notamment naturels. Elle aimerait aussi travailler sur des formats plus vastes. Le désir reste intact. « Là, ça y est. Je suis repartie. » Tout semble finalement tenir à cette idée simple : laisser le geste apparaître lorsque le mental se tait.


