Les Greniers de Vineuil : à table dans un tiers-lieu pas comme les autres

À Vineuil, il suffit parfois de pousser une porte pour comprendre que certains lieux ne se racontent pas seulement par leur histoire, mais par l’expérience qu’ils offrent. Aux Greniers, on peut commencer par l’assiette. La table est devenue, depuis quelques mois, l’une des portes d’entrée vers cet endroit singulier où se croisent cuisine locale, artisanat, culture et vie collective.
Depuis octobre 2025, le restaurant des Greniers, le Quartier Gourmand, s’est installé dans le rythme du lieu avec l’arrivée d’un nouveau chef, Rémy Cocoual. La proposition est volontairement simple et lisible : une carte courte, construite autour de produits locaux, de saison, et d’une cuisine entièrement faite maison. Les approvisionnements se font notamment auprès du Jardin de Cocagne, partenaire avec lequel l’équipe travaille régulièrement.
La formule reflète cette philosophie : deux entrées, deux plats, deux desserts. Une structure volontairement resserrée, qui permet de travailler des produits frais et de suivre les saisons. Un plat végétarien figure systématiquement à la carte, et un menu enfant est venu récemment compléter l’offre.

Cette activité de restauration s’insère dans une ambiance et une économie du lieu. La salle, à taille mesurée (30 couverts), cultive une forme de proximité. « Il n’y a pas de chichi. On vient, on ressent qu’on est les bienvenus », résume Candy Pastre, qui a intégré l’équipe. Derrière cette formule se lit une volonté plus large : faire de l’endroit un espace où l’accueil compte autant que la proposition elle-même.

Cette approche éclaire sur la manière dont Les Greniers de Vineuil se définissent depuis 2018, date à laquelle le site est devenu un tiers-lieu, c’est-à-dire un espace citoyen et coopératif ouvert à toutes et tous. La structure affiche une mission explicite : « renouer, maintenir et développer le lien social à travers la transmission artisanale et culturelle ». Sa devise, elle aussi, donne la tonalité : « Ensemble, tout est plus facile et accessible. »
Dans le paysage désormais foisonnant des tiers-lieux, chacun choisit son accent. Certains se structurent autour du maraîchage, du réemploi, de la fabrication ou de la transition écologique. Les Greniers, eux, mettent en avant un triptyque plus nettement orienté vers la culture, l’artisanat et les temps de rencontre.
Le programme
Cette orientation se lit dans la programmation. Le lieu accueille des concerts, des spectacles, des ateliers, des marchés et des rendez-vous plus informels. Le 14 mars, le groupe Vagabond Celtic doit s’y produire. Le 4 avril, STAG y est attendu avec une proposition mêlant guitare, voix et textes entre engagement, humour et poésie. Le 22 avril, le spectacle Piano Vélo fait le tour du monde est également programmé, tandis qu’un cabaret d’improvisation – par les Improloko’s – revient un jeudi par mois.
À côté de cette programmation scénique, une série d’ateliers occupe une place importante dans l’activité du lieu : bar céram, peinture intuitive avec Corinne Benedek, transformation des plantes aromatiques et médicinales, calligraphie, teintures végétales.
Même logique pour les rendez-vous plus réguliers : soirées jeux et apéro les veilles de vacances scolaires, happy hour le dernier vendredi de chaque mois, ou encore soirée Légendes autour du livre 111 lieux en Loir-et-Cher, prévue le 28 mai.
Faire circuler les savoir-faire
L’autre versant du projet tient à la transmission. Le terme renvoie à des ateliers, à des démonstrations, à des initiations, mais aussi à une volonté de faire passer des gestes et des pratiques. Les Greniers de Vineuil font partie du réseau national de l’École ÊTRE, destiné à permettre à des jeunes, notamment entre 16 et 25 ans, de se former aux métiers de la transition écologique.
À une autre échelle, le lieu développe aussi ses propres actions. Le 26 février dernier, dix enfants du centre de loisirs de Chailles, âgés de 8 à 12 ans, y ont découvert le tournage sur bois et réalisé chacun un porte-clés ainsi qu’un soliflore. Apprendre, manipuler, faire : cette logique se retrouvera dans deux nouveaux formats annoncés cette année : un week-end bien-être ouvert à tous du 26 au 28 juin, présenté comme un temps pour « ralentir », puis un autre week-end consacré à l’artisanat en octobre.
Des marchés pour faire lieu
Plusieurs manifestations prolongent cette même logique en ouvrant le site à des exposants, des producteurs et des artistes. Les 30 et 31 mai, Le Bal du végétal doit réunir différents professionnels et créateurs. D’autres rendez-vous jalonnent déjà l’année, comme L’Illustrarium, consacré à l’image imprimée, le marché de Noël avec sa boutique éphémère installée sur un mois, ou encore L’Estival, annoncé pour le 29 août.
Une bâtisse ancienne, plusieurs vies successives
Les Greniers de Vineuil occupent une ancienne auberge du XVIIe siècle, où l’on s’arrêtait, dit-on, lorsqu’on allait vers Chambord. Dans cette histoire locale, il y a déjà l’idée du passage, de la halte, du lieu où l’on mange, où l’on se repose, où l’on croise d’autres gens. Le bâtiment a ensuite connu une autre vie, comme brocante tenue par un artisan ébéniste. Là encore, la fonction a changé sans effacer totalement une constante : celle d’un endroit vers lequel on vient, pour voir, pour parler, pour découvrir.
Depuis 2018, la transformation en tiers-lieu a donné à cette continuité une formulation contemporaine. Les usages ont changé, le vocabulaire aussi, mais le fond de l’affaire n’est peut-être pas entièrement nouveau. Aux Greniers, il est toujours question d’accueil, de sociabilité, de circulation et de pratiques partagées.
Plus d’informations ici : lesgreniersdevineuil.com


