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[Municipales] Vieira/Marchand vs majorité municipale : des questions et des réponses

Le calendrier a serré le nœud. Le premier tour aura lieu ce dimanche 15 mars 2026, et, à mesure que l’élection approche, certains dossiers quittent les couloirs pour entrer, de plain-pied, dans la conversation publique. Parmi eux, la reconversion de l’ancien hôpital psychiatrique à Blois-Vienne — un projet au long cours, documenté, amendé, retardé, relancé — devient, dans la bouche des uns, la preuve qu’il manque des explications, et, dans la plume des autres, l’exemple même d’une opération compliquée mais conduite dans les règles.

D’un côté, le docteur Thierry Marchand, colistier de Gildas Vieira, dit vouloir « clarifier les choses » et demande à la majorité municipale des réponses « concrètes, des chiffres ». De l’autre, Jérôme Boujot, directeur de campagne de Marc Gricourt et 1er adjoint à la ville durable, répond. Ici, nous mettons face à face les questions et les réponses.

Thierry Marchand plante le décor en quelques phrases courtes : il parle de « points un peu troubles » qui dureraient « depuis des années », et estime que, lorsqu’« il y a un loup », « ça mérite une réponse ». Jérôme Boujot choisit, lui, de commencer par la mécanique institutionnelle. Il écrit qu’« dans un souci de transparence » et conformément à l’article L.2121-22 du CGCT, des commissions municipales ont été instituées avant chaque conseil municipal : elles « n’ont pas pouvoir de décision », « émettent des avis », et permettent, assure-t-il, aux élus « de poser toutes les questions qu’ils estiment utiles ». Il précise que Gildas Vieira est membre de la commission municipale qui suit l’urbanisme, et rappelle que tout conseiller municipal peut assister en auditeur aux travaux d’une commission.

Jérôme Boujot
Jérôme Boujot

Sur l’accès des citoyens aux pièces, Jérôme Boujot écrit que « toute personne qui en fait la demande a le droit d’obtenir la communication de documents administratifs » autorisés, que la Ville publie déjà en libre accès des arrêtés, décisions et délibérations, et qu’il est possible, si besoin, de passer par la Cada via la Prada de la Ville. Conclusion : l’accès, selon lui, est « aisé et fréquemment utilisé ».

Marchand pointe la durée, Boujot déroule les étapes

Thierry Marchand revient, lui, à la chronologie telle qu’il la perçoit : le terrain a été acheté « en 2008 quand même par la mairie pour 330 000 euros », et il met en scène l’absurdité : si « on faisait construire notre maison » et que 18 ans plus tard « les maisons ne soient pas encore finies », dit-il, « ça serait pas tout à fait rentable ! » Il entend certains motifs — les fouilles archéologiques — mais estime que cela n’épuise pas les questions.

Jérôme Boujot répond précisément par les dates. Il situe d’abord une étude de reconversion en 2007, puis la décision d’acquérir l’emprise foncière auprès du Centre hospitalier en 2008 (délibération du 13 novembre 2008). Il explique que le projet s’inscrit, dès l’origine, dans une logique de valorisation du quartier de Vienne : habitat, requalification de l’espace public, stationnement, espaces paysagers et de loisirs, ouverture d’une voie « modes doux » reliant l’église et la place Saint-Saturnin.

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Il écrit ensuite qu’en 2010 (délibération du 7 juillet 2010), la Ville confie l’aménagement à la SEM 3Vals Aménagement par concession publique. Après des études pré-opérationnelles, le parti d’aménagement débouche sur un permis d’aménager délivré en décembre 2012, avec, indique-t-il, un programme de « 38 logements dont 1/3 aidés ».

Puis viennent les premiers gros chantiers : en 2012, d’importants travaux de désamiantage et de démolition, pour 1 466 k€ HT. L’opération, ajoute-t-il, « aurait dû se terminer en 2016 » mais a été retardée pour deux raisons : une campagne de fouilles archéologiques d’octobre 2013 à juillet 2014, pour 1 033 k€ HT, et « les effets de la crise immobilière » qui ont compliqué la recherche d’un promoteur.

Dans le propos de Thierry Marchand, le dossier apparaît comme une longue chaîne d’événements où, dit-il, « ça a traîné », avec des complications, certes, mais aussi des décisions qu’il estime difficiles à lire. Jérôme Boujot introduit un chapitre très net : les recours. Il écrit qu’en 2016 un promoteur privé a manifesté son intérêt pour une opération d’une quarantaine de logements collectifs. En 2017, les autorisations d’urbanisme ont fait l’objet d’un recours en annulation devant le tribunal administratif. Deux ans plus tard, la juridiction rejette les recours ; appel devant la cour d’appel de Nantes ; rejet en mars 2021. Il résume : « 4 ans de procédures en tout », avec des impacts sur la durée — donc sur le coût — et le report des travaux. Il ajoute qu’en 2022, un recours gracieux contre le permis de construire a été réceptionné le 23 septembre, rejeté le 24 octobre. Et, plus tard, il évoque une lassitude : en 2024, l’un des co-promoteurs se retire « en raison d’une lassitude face aux dépôts de recours répétés ».

Dans sa conclusion, Jérôme Boujot élargit le propos : ceux qui se présentent comme des « chevaliers blancs de la démocratie » seraient aussi, selon lui, « ceux qui déposent des recours et retardent les projets dont la ville a tant besoin ».

Marchand questionne l’économie, Boujot dit la réorientation

Thierry Marchand insiste, lui, sur l’argent public engagé et sur ce qui lui semble, à l’arrivée, peu compréhensible au regard du résultat. Jérôme Boujot répond par un moment charnière : la réorientation du projet.

En 2020, écrit-il, la collectivité souhaite revoir le programme et l’aménagement « en accord avec l’aménageur », avec des orientations précises : non plus des collectifs, mais 14 logements en accession sous forme de maisons individuelles groupées ; création d’un vaste espace vert côté Aître Saint-Saturnin ; maintien de poches de stationnement et de l’aire de jeux vers la rue Clérancerie.

L’élu renvoie alors à une délibération du 28 juin 2021 qui approuve le compte rendu annuel à la collectivité (exercice 2020), les prévisions 2021 et un avenant n°8. Dans cette réponse, il explique que l’abandon du programme initial — 43 logements sous forme de petits collectifs dont 14 logements sociaux et 29 logements en accession — implique la suppression de recettes inscrites auparavant. Il écrit aussi que le nouveau programme, sur une emprise foncière « réduite de moitié », « ne permettait » que 14 maisons : terrain divisé par deux, donc « vente du foncier (…) revue à la baisse », et financement « rebattu ». Conclusion : l’effet cumulatif des dépenses supplémentaires et la baisse des recettes ont nécessité des participations d’équilibre complémentaires.

Thierry Marchand avance un autre point : après une faillite, dit-il, le dossier aurait été « transféré », « semble-t-il sans passer par le conseil municipal ». Il invoque l’article 12 qui, selon lui, obligerait à informer les élus, et affirme que « ça n’a pas été fait ». Jérôme Boujot répond par un acte daté : il écrit que le conseil municipal du 30 septembre 2024 (délibération B_D2024_197) a autorisé la SEM à céder l’emprise foncière, après le retrait d’un co-promoteur et la recherche d’un repreneur. Il ajoute que « les informations ont donc été bien données aux élus », et précise les conditions du vote : délibération adoptée « à l’unanimité des votes exprimés moins 1 abstention ». Il indique enfin que Gildas Vieira était « excusé » à partir d’une délibération antérieure de ce même conseil municipal et « n’a donc pas participé ni au débat, ni au vote ».

Le prix au mètre carré ou par logement

Le docteur Thierry Marchand dit buter sur un chiffre : 80 000 euros. Pour un terrain de 9 058 m², cela équivaut à 8,83 euros au mètre carré. Si la totalité n’aurait pas été vendue, mais 3 863 m², le prix est de 20.70 euros le mètre carré. Des terrains qui lui paraissent « bradés ». Jérôme Boujot répond en déplaçant l’unité de mesure. Il explique que 3Vals Aménagement n’a pas d’obligation de consulter les Domaines pour définir le prix d’une charge foncière, mais a l’obligation d’obtenir l’accord préalable de la Ville sur l’acquéreur, le prix et la nature du projet, obligation inscrite dans la convention de concession.

Puis il justifie les 80 000 € HT non pas au mètre carré, mais au logement produit. Il affirme qu’en matière de logement social, les prix communément pratiqués sur l’agglomération blésoise sont de l’ordre de 8 000 € HT par logement ; et que 80 000 € pour la construction de 14 logements donne un ratio de 5 714 € HT par logement. Il reconnaît que ce prix est « plus faible que la moyenne locale », et l’explique par une politique de reconversion de friches : « reconstruire la ville sur la ville », « s’attaquer au difficile », avec des contraintes réglementaires croissantes.

Thierry Marchand affirme qu’il aurait fallu consulter les Domaines, avec un prix « de moins de 18 mois », et insiste : « ça n’a pas été fait ». Jérôme Boujot répond nettement : l’aménageur « n’a pas d’obligation à consulter le service des Domaines » pour définir le prix de vente d’une charge foncière. Il insiste en revanche sur une autre exigence : obtenir l’accord préalable de la Ville sur acquéreur, prix et projet. Ici, il est question d’une cession opérée par l’aménageur (charge foncière), réalisée avec l’accord préalable du concédant.

PPRI : Jérôme Boujot affirme la conformité

Dans sa demande d’explications, Thierry Marchand invoque le PPRI (plan de prévention du risque d’inondation). Il dit qu’un seuil à 15 % devrait être respecté, estime qu’on ne peut pas retenir une surface de référence si une partie est vendue, et avance un calcul conduisant à 579 m², alors que des documents qu’il dit avoir consultés annonceraient 1 356 ou 1 361 m². Il en tire une conséquence possible : sur 14 maisons « en cours de construction », « il y en aurait 8 à détruire » si, selon lui, les 15 % n’étaient pas respectés. Jérôme Boujot répond par une affirmation : « les dispositions du PPRI et [le] document d’urbanisme en vigueur ont été respectées », en citant « les 15 % d’emprise au sol » et le respect des « 50 cm au-dessus des Plus Hautes Eaux Connues ».

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