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[Municipales] Malik Benakcha : « Il faut mettre fin au système Gricourt »

Dimanche 15 mars, le premier tour des municipales à Blois a placé Marc Gricourt en tête avec 33,65 % des suffrages exprimés, devant le candidat de la droite et du centre Malik Benakcha à 24,50 %, Nicolas Orgelet (« Blois en commun ») à 17,76 %, Marine Bardet (RN) à 13,85 %, Gildas Vieira à 8,09 % et Michel Vila (LO) à 2,15 %. Avec 14 496 votants pour 29 027 inscrits, l’abstention a atteint 50,06 %. Depuis, Marc Gricourt et Nicolas Orgelet ont fusionné leurs listes (lire ici) pour le second tour du dimanche 22 mars, transformant la configuration issue des urnes en une triangulaire entre la liste d’union de la gauche, celle de Malik Benakcha avec « Unis pour Blois » et celle de Marine Bardet (Rassemblement National).

À trois jours du scrutin, Malik Benakcha veut imposer une lecture simple de ce second tour : il ne s’agirait plus seulement de départager des programmes, mais de savoir si Blois souhaite ou non prolonger un mode de pouvoir qu’il résume en une formule martelée tout au long de l’entretien : « le système Gricourt ». Dans ses mots, la campagne n’est plus celle d’un premier tour d’adhésion. Elle devient celle d’un choix plus net, plus conflictuel, entre continuité municipale et volonté d’alternance.

Le candidat d’Unis pour Blois part d’un constat électoral qu’il juge politiquement favorable. « Aujourd’hui, on a une vraie satisfaction », dit-il. « En termes de vote d’adhésion, on a près d’un quart des électeurs qui se sont portés vers nous, et seulement un tiers vers le maire sortant. » Puis il pousse plus loin l’argument : « Finalement, ce sont donc deux tiers des électeurs qui ne se sont pas portés sur Marc Gricourt au premier tour. On a bien le sentiment qu’il y a une volonté de changement, qu’il y a un souffle, un vent de changement, qui est en train de se lever. »

Malik Benakcha 2026

Pourtant, les chiffres du premier tour laissent la liste « Unis pour Blois » à plus de neuf points de Marc Gricourt, tandis que l’alliance conclue entre le maire sortant et « Blois en commun » additionne théoriquement plus de 51 % des suffrages du premier tour. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de cette nouvelle séquence politique : Malik Benakcha parie que la fusion des listes de gauche ne produira pas une addition mécanique des voix, et que l’électorat du second tour se déplacera selon d’autres logiques que celles du 15 mars.

« La victoire est parfaitement possible »

Dans son analyse, la présence de Marine Bardet au second tour ne change pas la nature profonde de l’affrontement. Il la relègue au rang d’obstacle périphérique. « Maintenant, il y a match, il y a un duel entre ceux qui veulent Gricourt et qui vont revoter Gricourt, et ceux qui veulent du changement et qui vont se porter vers nous », affirme-t-il. Et il ajoute : « Moi, je crois vraiment que ça va être serré, et que la victoire est parfaitement possible. »

Pour défendre cette possibilité, le candidat de droite et du centre revient sans cesse à la question de la participation. Avec une abstention supérieure à 50 % au premier tour, il voit dans les non-votants le principal gisement électoral. « Beaucoup s’étaient dit que ce serait comme en 2020, où il avait été élu au premier tour. Là, il a perdu plus de 20 points. Donc beaucoup de personnes qui se sont abstenues au premier tour se disent : “Ah, si, là, c’est possible, on va se déplacer ce dimanche.” » Dans sa bouche, l’abstention n’est pas seulement un symptôme démocratique ; elle devient un réservoir stratégique. « On appelle vraiment les électeurs à se déplacer parce qu’effectivement, c’est possible. La victoire est possible et on peut proposer un changement, à condition qu’il y ait une vraie mobilisation. »

Ce que Malik Benakcha cherche à installer, c’est moins l’idée d’un simple affrontement partisan que celle d’une usure du pouvoir local. « Aujourd’hui, le vrai sujet, c’est de savoir si les Blésois veulent la poursuite du système Gricourt », dit-il. Et, pour définir ce système, il accumule les griefs. Il évoque d’abord la longévité politique du maire sortant : « Le système Gricourt, c’est un engagement selon lequel on ne ferait pas plus de deux mandats, alors qu’il est aujourd’hui candidat à un quatrième mandat. »

À cette critique de la durée s’ajoute celle de l’entre-soi. Le candidat Benakcha décrit « le fait d’avoir privilégié un entre-soi pendant toutes ces dernières années », et il cite une série d’exemples qu’il présente comme révélateurs d’une concentration des fonctions autour du même cercle familial et politique. Plus loin, il développe aussi un autre grief, celui d’un pouvoir qui protégerait les siens. « Le système Gricourt, c’est mettre son propre gendre premier adjoint, son propre gendre vice-président d’agglomération, son propre gendre PDG de Stationeo, son propre gendre salarié du CRJS, qui est mis à disposition par la ville de Blois. C’est effectivement protéger un directeur de cabinet qui, avec une voiture de la ville, se retrouve condamné après avoir eu un accident avec un taux d’alcoolémie de plus de 2 grammes », dit-il, avant de conclure : « Le fait que Marc Gricourt, là-dessus, ne l’ait pas sanctionné en allant jusqu’au licenciement ou à la mise à pied, ça montre bien qu’il y a eu une forme de protection. » Ces accusations, Malik Benakcha les prolonge par une autre mise en cause, visant cette fois le président d’Agglopolys, Christophe Degruelle, qu’il estime « resté très flou » sur « le sujet de financement d’une association », en parlant de « plusieurs dizaines de milliers d’euros dont l’usage n’a pas été réellement clarifié », dans le cadre de l’affaire Epstein.

Malik Benakcha dénonce des « tripatouillages »

L’offensive du candidat de la liste « Unis pour Blois » se concentre aussi sur l’accord passé entre Marc Gricourt et Nicolas Orgelet. Annoncée le 17 mars, cette fusion a permis à la gauche blésoise de se présenter unie pour le second tour, sur une liste commune qui se revendique à la fois comme un rassemblement et comme une réponse au risque de dispersion.

Pour Malik Benakcha, au contraire, cette alliance est devenue la preuve la plus récente de ce qu’il dénonce. « J’ai pris l’engagement de présenter un programme et de ne pas le modifier. J’ai pris des engagements que je respecte », dit-il. Puis il poursuit : « Aujourd’hui, ce dont on se rend compte, c’est que mes concurrents, Marc Gricourt et Nicolas Orgelet, ont pris ces mêmes engagements, ne les respectent pas et renient la parole donnée en à peine 48 heures. » Le vocabulaire est dur, assumé, parfois brutal. Il parle de « frustration », de « déception », d’électeurs qui pourraient se dire « finalement, ce sont tous des menteurs ». Et il se pose, lui, en contrepoint : « Moi, je veux redonner ses lettres de noblesse à la parole politique, je veux redonner de la crédibilité à la parole politique. Dès 9 heures, lundi, nous étions à la préfecture et nous avons déposé notre liste. Parce qu’une fois de plus, à aucun moment il n’y a eu de sujet de discussion, de changement de liste, etc. »

Cette ligne vaut pour sa relation au Rassemblement national*. « Concernant mes colistiers, concernant mon équipe, c’était parfaitement clair : pas de tripatouillage d’entre-deux-tours », dit-il. « Dès lors, il n’était pas question d’aller vers le Rassemblement national. »

Il n’en mène pas moins une offensive politique très dure contre le maintien de la candidate RN, Marine Bardet. « Je pense qu’elle préfère, plutôt que de voir la droite gagner, siéger à titre personnel dans l’opposition », lance-t-il. Puis il oppose sa propre logique à celle qu’il prête au RN : « Moi, mon idée, c’est de changer Blois, de faire plus de sécurité, de développer le commerce, de faire plus d’attractivité pour le Blaisois, de défendre le pouvoir d’achat. Ce n’est pas faire le jeu d’un parti politique, ce n’est pas répondre à une logique de boutique partisane, ce n’est pas recevoir des ordres de Paris. »

L’autre réserve de voix que Malik Benakcha vise est celle de « Blois en commun ». Il ne s’adresse pas aux dirigeants de cette liste, désormais alliés à Marc Gricourt, mais à leurs électeurs. « Sur le terrain, on l’entend, une grosse partie des gens qui ont voté Nicolas Orgelet s’attendait à ce que ce soit un vote de changement, un vote pour tourner la page de Gricourt », dit-il. Plus loin, il précise : « Moi, je comprends que des électeurs qui souhaitent changer les choses, et qui auraient voté Nicolas Orgelet au premier tour, se reportent aujourd’hui vers nous, parce qu’une fois de plus, Blois a besoin de changement. »

Le changement est le mot-pivot de tout l’entretien. Malik Benakcha cherche à agréger des électeurs différents — de droite, du centre, du RN, de l’écologie critique vis-à-vis de l’alliance, de l’abstention — autour d’une même impulsion contre la majorité sortante. Il articule même cette promesse de rupture à une critique plus rarement mise en avant dans les campagnes locales : la place des femmes dans la distribution du pouvoir.

La place des femmes, autre angle d’attaque contre la majorité sortante

« Le système Gricourt, c’est laisser les femmes de côté », dit-il. Il énumère ensuite ce qu’il présente comme l’architecture prévue des responsabilités : « Aujourd’hui, ils se sont engagés à ce que le maire de Blois soit un homme, Marc Gricourt ; à ce que le président d’agglomération soit un homme, Christophe Degruelle ; à ce que le premier adjoint soit un homme, Nicolas Orgelet ; à ce que le deuxième adjoint soit un homme, Benjamin Vételé » Puis il en tire une critique plus générale : « Aujourd’hui, la loi nous impose la parité. Ce n’est pas pour, derrière, avoir un comportement que, moi, je trouve délétère vis-à-vis des femmes, en considérant qu’elles ne devraient pas elles-mêmes avoir des responsabilités. »

En miroir, il valorise son propre ticket. « Moi, au contraire, j’ai assumé cette complémentarité en me portant candidat à la mairie et en proposant un binôme, Mathilde Desjonquères, qui, en plus d’être compétente, est aussi une femme. »

Un second tour référendum local sur la continuité du pouvoir

Reste que, derrière la charge, la campagne de second tour est aussi une campagne de terrain, expresse, resserrée, presque militaire dans son calendrier. Malik Benakcha explique avoir ciblé plusieurs bureaux de vote jugés favorables ou sous-exploités. « On s’est rendu compte qu’on avait de nombreux bureaux de vote où, effectivement, il y avait encore de la marge, un vrai réservoir de voix : à la fois des gens qui ont voté Rassemblement national, à la fois des gens qui ont voté Nicolas Orgelet ou qui se sont abstenus. » Il dit miser sur le porte-à-porte et sur un tract au message volontairement binaire : « Est-ce qu’ils veulent encore du système Gricourt ou est-ce qu’ils veulent du changement ? »

Cette simplification est assumée jusqu’au bout. Même lorsqu’on lui demande si une forte progression sans victoire pourrait constituer un résultat honorable, il balaie l’idée. « Une défaite serait un échec », répond-il. « Aujourd’hui, la victoire est possible. » Il refuse manifestement la consolation statistique. Son raisonnement est le suivant : puisque l’élection est ouverte, ne pas l’emporter signifierait manquer l’occasion historique d’un basculement.


*Marine Bardet, la candidate RN affirme avoir tenté de bâtir « une union des droites, sincère et solide », mais met l’échec de cette stratégie sur le compte « des divisions internes et des ambitions personnelles du camp Benakcha ».

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