Présidentielle 2027 : les Français cherchent encore la personnalité qui pourrait s’imposer

À moins d’un an de l’élection présidentielle, le paysage politique demeure particulièrement ouvert. Une étude Odoxa réalisée en juillet montre qu’une large part des Français ne parvient toujours pas à citer spontanément la personnalité qu’elle souhaiterait voir entrer à l’Élysée. Et lorsque l’institut teste une douzaine de candidatures alternatives, aucune ne convainc même un quart de la population. Michel-Édouard Leclerc arrive en tête de ce classement, devant Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin. D’autres enquêtes récentes confirment surtout une réalité : en dehors du Rassemblement national, aucune personnalité ne domine aujourd’hui clairement la compétition.
À huit mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2027, prévu le 18 avril, les intentions de vote donnent déjà une photographie des rapports de force électoraux. Elles disent cependant moins bien une autre chose : le degré d’adhésion réelle des Français aux personnalités présentes dans le débat politique. C’est sur ce terrain que l’étude* réalisée par Odoxa avec Backbone pour Le Figaro apporte un éclairage intéressant. Son principal enseignement est l’absence de personnalité capable de s’imposer naturellement dans l’opinion.
44 % des Français ne donnent spontanément aucun nom
Odoxa commence par poser une question particulièrement instructive parce qu’elle est totalement ouverte : « Qui souhaiteriez-vous voir élu(e) président(e) de la République française en 2027 ? » Aucun nom n’est proposé aux personnes interrogées. Dans ces conditions, 44 % répondent qu’aucune personnalité ne leur vient à l’esprit. Au total, seulement 54 % donnent spontanément un nom et 43 % celui d’une personnalité considérée par Odoxa comme un candidat officiellement déclaré.
Marine Le Pen est la première personnalité spontanément citée, avec 18 %, très loin devant Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe, à 7 % chacun. Jordan Bardella obtient 6 %, Bruno Retailleau 4 %, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal 2 %, François Ruffin, Marine Tondelier, David Lisnard et Sarah Knafo 1 %.
Dans l’enquête Elabe publiée quelques jours avant celle d’Odoxa, Marine Le Pen recueillait entre 34 et 35,5 % des intentions de vote au premier tour, selon les configurations testées. Ici, elle n’est citée spontanément que par 18 %. Le signe qu’une partie des votes envisagés pourrait relever davantage d’un choix stratégique ou par défaut que d’une adhésion personnelle. C’est une interprétation possible.
Michel-Édouard Leclerc devant les personnalités politiques testées
Odoxa pousse ensuite l’expérience plus loin en soumettant aux sondés une liste de douze personnalités qui pourraient constituer des candidatures alternatives. La question est simple : pensez-vous qu’elle ferait un bon ou un mauvais candidat à l’élection présidentielle ? Le premier du classement n’est pas un responsable politique : Michel-Édouard Leclerc est considéré comme un bon candidat par 23 % des Français. Il devance de très peu Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, tous deux à 22 %. Viennent ensuite : Bernard Cazeneuve : 17 % ; François Hollande : 16 % ; Xavier Bertrand : 16 % ; Jean Castex : 15 % ; Natacha Polony : 12 % ; Yaël Braun-Pivet : 12 % ; Bruno Le Maire : 12 % ; Gérard Larcher : 9 % ; Matthieu Pigasse : 6 %.
Le classement pourrait donner à Michel-Édouard Leclerc l’apparence d’un outsider bénéficiant d’un important potentiel. Il faut pourtant regarder simultanément l’autre colonne du sondage : 75 % des personnes interrogées considèrent qu’il ferait un mauvais candidat. Pour Sébastien Lecornu, cette proportion atteint 77 %, contre 76 % pour Gérald Darmanin, 81 % pour Bernard Cazeneuve, 82 % pour François Hollande et Xavier Bertrand, 83 % pour Jean Castex, 86 % pour Natacha Polony, Yaël Braun-Pivet et Bruno Le Maire, 88 % pour Gérard Larcher et 92 % pour Matthieu Pigasse.
Autrement dit, Michel-Édouard Leclerc n’est pas plébiscité : il est simplement le moins rejeté des douze profils alternatifs soumis aux sondés.
Et l’écart avec les personnalités déjà installées dans la compétition est significatif. Odoxa rappelle que lors d’une précédente enquête menée en mai, Marine Le Pen recueillait 39 % de réponses « bon candidat », Édouard Philippe 38 %, Bruno Retailleau 29 %, Raphaël Glucksmann 26 % et Jean-Luc Mélenchon 20 %. La recherche d’un candidat nouveau existe donc, mais aucune personnalité de recours testée par l’institut ne semble actuellement en mesure de la cristalliser.
Un pays presque exactement partagé sur l’offre existante
Une autre question résume cette hésitation. Odoxa demande aux Français s’ils préféreraient que l’élection soit remportée par l’une des personnalités déjà déclarées ou par quelqu’un d’autre. Résultat : 49 % souhaitent la victoire d’un candidat déjà déclaré et 47 % celle d’une nouvelle personnalité, tandis que 4 % ne se prononcent pas. Etant donné la marge d’erreur d’un peu plus de trois points, ces deux résultats doivent être considérés comme équivalents. On ne peut donc pas conclure que les Français préfèrent les candidats déjà déclarés.
Et les différences deviennent considérables lorsque l’on regarde les sensibilités politiques. Parmi les sympathisants du RN, 72 % souhaitent qu’un candidat déjà déclaré l’emporte ; la proportion est de 62 % chez les sympathisants LFI. À l’inverse, 59 % des sympathisants socialistes et 64 % des sympathisants écologistes préféreraient qu’une nouvelle personnalité gagne l’élection. L’insatisfaction à l’égard de l’offre politique apparaît donc particulièrement forte dans une partie de la gauche, mais elle n’épargne ni le centre ni la droite traditionnelle.
Plusieurs enquêtes récentes aboutissent à un diagnostic très voisin. Début juillet, la première vague du PrésiTrack 2027 d’OpinionWay constatait ainsi que 50 % des Français ne s’intéressaient pas encore à la campagne présidentielle. Plus spectaculaire encore, 82 % estimaient les candidats déclarés trop nombreux, tandis que seulement 29 % considéraient qu’ils suscitaient de l’espoir.
Un rapprochement entre gauche modérée et centre mesuré
L’étude Odoxa teste une hypothèse politique bien particulière : une alliance dès le premier tour entre la gauche non insoumise — PS, Place publique notamment — et le centre droit constitué autour de Renaissance et du camp présidentiel, dans l’objectif annoncé de faire barrage à la fois au RN et à LFI. À l’échelle nationale, cette possibilité est très largement rejetée : 66 % considèrent qu’il s’agirait d’une mauvaise idée et 33 % d’une bonne.
L’hypothèse recueille 73 % d’avis favorables chez les sympathisants Renaissance et 54 % chez les sympathisants PS. Les sympathisants écologistes sont presque exactement partagés, avec 49 % d’avis favorables et 51 % défavorables. À l’inverse, 87 % des sympathisants RN, 70 % de ceux de LFI et 60 % de ceux de LR la rejettent.
Beaucoup de candidats, peu d’adhésion
Aucun de ces sondages ne permet évidemment de prédire l’issue d’une présidentielle encore distante de plusieurs mois. Mais une tendance se dessine : malgré une offre politique abondante, l’adhésion reste à la marge. OpinionWay mesure peu d’espoir suscité par les candidats déclarés ; Odoxa constate que 44 % des personnes interrogées ne peuvent nommer spontanément personne qu’elles souhaiteraient voir élue ; et aucune des douze personnalités alternatives qu’il propose n’est considérée comme un bon candidat par plus de 23 %.
À ce stade de la précampagne, la demande de renouvellement apparaît plus clairement que la personne susceptible de l’incarner. C’est probablement là que se situe, davantage que dans le classement ponctuel des prétendants, le véritable enseignement de ces enquêtes.
*L’enquête a été menée en ligne les 15 et 16 juillet 2026 auprès de 1 005 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

