Produits locaux en grande distribution : une présence réelle, un poids encore marginal en Loir-et-Cher

Une étude* de l’Observatoire de l’Économie et des Territoires montre que la quasi-totalité des grandes et moyennes surfaces ayant répondu à l’enquête commercialisent des produits locaux. Leur poids dans l’activité des magasins demeure cependant limité. Entre difficultés logistiques, manque de visibilité de l’offre et définition variable du « local », le changement d’échelle reste à construire.
Dans les rayons des supermarchés, les présentoirs consacrés aux produits locaux sont devenus familiers. Biscuits, fromages, viandes, fruits, légumes, vins ou bières mettent en avant leur proximité avec le territoire et la relation avec ceux qui les fabriquent. Mais derrière cette visibilité croissante, quelle place ces produits occupent-ils réellement dans l’activité des magasins du Loir-et-Cher ? L’étude publiée par l’Observatoire de l’Économie et des Territoires apporte une première photographie départementale de leur commercialisation dans les grandes et moyennes surfaces. Elle met en évidence une situation contrastée : les produits locaux sont aujourd’hui présents dans presque tous les magasins interrogés, mais ils ne représentent encore qu’une fraction très réduite de leur chiffre d’affaires.
Vingt-sept magasins sur vingt-neuf proposent des produits locaux
Le premier constat est donc celui d’une diffusion presque généralisée. Sur les 29 responsables ayant répondu à cette question, 27 déclarent proposer des produits locaux à la vente. L’achat direct auprès des producteurs ou transformateurs constitue le principal mode d’approvisionnement : 23 magasins déclarent y avoir recours. Quatorze passent également par une base logistique régionale. Le terme de « producteur » est employé dans un sens large. Il désigne aussi bien des agriculteurs que des transformateurs, des affineurs ou des artisans. La Biscuiterie de Chambord, la Charcuterie Gilet, la Laiterie de Montoire ou encore des savonniers peuvent ainsi entrer dans le périmètre étudié.
Selon les réponses obtenues, chaque magasin travaille avec 10 à 44 fournisseurs locaux. L’étude a recensé 168 producteurs, transformateurs ou artisans approvisionnant les GMS observées : 160 sont situés en Centre-Val de Loire, dont 99 en Loir-et-Cher, et huit hors de la région.
Le « local » se mesure d’abord en kilomètres
La définition du « produit local » varie d’une enseigne à l’autre. Dans la plupart des magasins interrogés, elle repose avant tout sur la distance : la limite est généralement fixée à 100 kilomètres autour du point de vente. Seuls trois responsables de magasins biologiques retiennent un périmètre plus large, pouvant aller jusqu’à 150 kilomètres.
Les labels et les appellations jouent un rôle plus secondaire. Douze responsables disent y être attentifs, tandis que huit mettent en avant des mentions territoriales comme « Bienvenue à la ferme » ou « © du Centre ». Plusieurs estiment toutefois que l’accumulation de marques, de certifications et de signes de qualité finit par brouiller le message auprès des consommateurs.
Une part moyenne de 1,6 % du chiffre d’affaires
Voir des produits locaux dans les rayons ne signifie pas qu’ils occupent une place importante dans les ventes. C’est même l’un des principaux enseignements de l’étude. Seules huit grandes surfaces ont accepté de communiquer des données économiques détaillées, dont sept pour l’année 2025. Dans ces magasins, les produits achetés directement auprès de producteurs ou de transformateurs locaux ont généré 4,676 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ils ne représentent toutefois, en moyenne, que 1,6 % de l’activité totale, avec de fortes différences selon les établissements : de 1,2 à 7,1 %. Ce chiffre doit être considéré avec prudence. Il repose sur un nombre limité de magasins, dont les méthodes de calcul ne sont pas toujours identiques. Les établissements les plus engagés dans cette démarche sont également susceptibles d’être davantage représentés parmi les répondants. Le taux de 1,6 % constitue donc un ordre de grandeur, et non une mesure exacte pour l’ensemble des supermarchés du Loir-et-Cher.
Viandes, fruits et produits laitiers en tête
Trois familles concentrent l’essentiel des ventes locales. La boucherie, la charcuterie et les volailles arrivent largement en tête, avec 40,3 % du chiffre d’affaires mesuré. Les fruits et légumes représentent 24,4 %, et les produits de crèmerie 17,7 %. À elles seules, ces trois catégories totalisent 82,4 % des ventes locales réalisées en approvisionnement direct. L’épicerie ne pèse que 9,2 %, les boissons 5,3 %, et les fleurs et plants 3,1 %.
Cette répartition s’explique notamment par la structuration des filières. Les viandes et les produits laitiers peuvent s’appuyer sur des entreprises capables d’assurer des volumes réguliers, de transformer les produits et de répondre aux exigences commerciales des grandes surfaces. En crèmerie, l’étude cite notamment la Laiterie de Verneuil, la Laiterie de Montoire et la Fromagerie Jacquin, aux côtés de structures plus petites.
Des fruits et légumes recherchés, mais difficiles à sécuriser
Onze magasins déclarent manquer de produits locaux dans certaines catégories. Les fruits et légumes sont les plus recherchés : huit responsables aimeraient disposer de davantage de légumes de saison et d’une gamme de fruits plus variée. Le problème ne vient pas seulement du nombre de producteurs présents sur le territoire. Il dépend aussi de leur localisation, des quantités disponibles et du rythme des livraisons. Les produits fragiles, comme les fraises ou les salades, doivent être livrés fréquemment pour rester frais.
Les petits magasins peuvent rencontrer une autre difficulté : leurs commandes sont parfois trop faibles pour rentabiliser le déplacement du producteur. L’étude cite ainsi une exploitation maraîchère biologique qui a cessé de livrer un point de vente pour privilégier les marchés, où elle écoulait des volumes plus importants.
À l’inverse, les magasins les plus importants peuvent réclamer des quantités qu’une exploitation seule n’est pas en mesure de fournir. Les volumes constituent donc un obstacle dans les deux sens : trop faibles pour justifier certaines livraisons, ou trop élevés pour de petits producteurs.
Le drive reste largement fermé aux petits fournisseurs
La vente en ligne constitue un autre point faible. Dix-huit des 29 magasins ayant répondu disposent d’un drive. Mais, parmi les treize ayant détaillé leur offre, huit n’y proposent aucun produit local, trois en commercialisent réellement et deux seulement de manière partielle. Les responsables évoquent des procédures de référencement complexes, mais aussi la nécessité de garantir la disponibilité des produits au moment précis où la commande est préparée. Or les petites livraisons, la saisonnalité et les variations de production ne permettent pas toujours d’assurer cette continuité.
Un produit peut ainsi être disponible dans les rayons du magasin sans apparaître sur son site ou son application. Le drive favorise mécaniquement les références intégrées à des circuits logistiques plus réguliers et plus structurés.
Le producteur doit encore frapper lui-même à la porte
L’accès aux rayons repose encore largement sur l’initiative individuelle. Dans 22 des 26 magasins ayant répondu sur ce point, le premier contact est établi par le producteur. La prospection directe reste donc le moyen principal de se faire connaître.
Le réseau personnel du directeur ou du chef de rayon joue également un rôle important. Cette connaissance du territoire peut toutefois disparaître lors d’un changement de responsable ou lorsque les équipes viennent d’un autre département. Les salons organisés par les enseignes et l’observation des magasins concurrents permettent de repérer certains produits, mais rarement de découvrir de nouveaux fournisseurs.
Quatorze responsables reconnaissent mal connaître l’offre disponible en Loir-et-Cher. Onze souhaitent la création d’une base de données, d’un annuaire ou d’une cartographie régulièrement actualisée. Douze évoquent aussi les réticences de certains producteurs à travailler avec la grande distribution, souvent par méconnaissance de son fonctionnement. La place accordée au local dépend donc moins d’une politique uniforme de l’enseigne que de la volonté du responsable de magasin, de sa connaissance du territoire et des relations qu’il parvient à nouer avec les fournisseurs.
Une relation directe appréciée, mais exigeante
Dans le cadre d’une relation directe, le producteur fixe le prix facturé au magasin, qui ajoute ensuite sa marge commerciale. Les contrats sont généralement conclus pour un an, puis renouvelés. Les responsables interrogés mettent en avant la confiance, la proximité, la transparence et la régularité des approvisionnements. L’absence de négociation tarifaire est également appréciée dans certaines relations directes, car elle réduit la pression exercée sur le fournisseur.
Cette organisation impose cependant de nombreuses tâches au producteur. Il doit maîtriser le conditionnement, l’étiquetage, la réglementation sanitaire, les contrats, la présentation des produits, la préparation des commandes et les livraisons.
Le magasin doit, de son côté, gérer les commandes, la réception, les contrôles, le suivi des fournisseurs et la mise en valeur des références. Le commerce local repose ainsi sur une relation humaine forte, mais aussi sur une succession d’opérations qui peuvent devenir coûteuses et chronophages.
Vingt magasins veulent développer leur offre
Parmi les 25 établissements ayant répondu à la question, vingt déclarent vouloir augmenter leurs ventes de produits locaux. Cette volonté est exprimée aussi bien par de petites surfaces que par des supermarchés ou des hypermarchés, en milieu rural comme urbain. Elle se traduit toutefois rarement par des engagements précis. Seuls neuf magasins ont fixé un objectif chiffré, compris entre 2 et 25 % de leur chiffre d’affaires.
L’étude avance plusieurs pistes pour lever ces obstacles. La première serait de créer un annuaire ou une cartographie départementale unique des producteurs souhaitant travailler avec les grandes surfaces. Chaque fiche pourrait préciser les produits proposés, les volumes disponibles, les labels, la localisation et les possibilités de livraison.
Le rapport recommande également d’organiser régulièrement des rencontres entre producteurs et responsables de magasins, ainsi que des visites d’exploitations et de points de vente. Ces échanges permettraient de mieux comprendre les contraintes de chacun et de réduire les méfiances réciproques.
Le principal chantier reste cependant la logistique. L’étude évoque des tournées partagées, des services de ramasse, des coopératives ou des points de regroupement équipés de chambres froides. Une première expérimentation pourrait réunir des producteurs et des magasins volontaires, avec l’appui du Département, des intercommunalités et des projets alimentaires territoriaux.
Un accompagnement est également jugé nécessaire sur la contractualisation, l’étiquetage, la réglementation sanitaire, le packaging, la gestion des gammes et la planification des volumes. La mutualisation des fonctions commerciales et logistiques permettrait enfin de réduire le temps consacré individuellement à la prospection, aux négociations et aux livraisons.
Les produits locaux ont donc déjà trouvé leur place dans les supermarchés du Loir-et-Cher, mais leur développement ne pourra pas reposer uniquement sur la bonne volonté des producteurs et des responsables de magasins. Il suppose désormais une organisation collective, capable de mieux faire connaître l’offre, de regrouper les volumes et de rendre les livraisons économiquement viables.
*Ce travail s’inscrit dans le prolongement de la convention agricole départementale mise en place sous l’égide du préfet à la suite de la crise agricole du début de l’année 2024. L’Observatoire et la Direction départementale des territoires ont engagé l’étude en août 2025, avec le concours financier de l’Agence de la transition écologique, l’ADEME. L’objectif était de quantifier la présence des produits locaux dans les magasins, d’identifier les freins à leur développement et de poser les bases d’un suivi dans le temps. L’étude recense 67 supermarchés et hypermarchés en Loir-et-Cher, répartis entre dix enseignes. Trente-deux réponses exploitables ont été recueillies, soit environ la moitié des magasins sollicités (les magasins Aldi et Lidl n’ont pas répondu à l’enquête).


