Aux Lobis, The Mastermind en éclaireur, Luchini en invité spécial, et Toutes Petites Créatures 2 pour les plus jeunes

Aux Lobis, la semaine s’ouvre avec optimisme : le public est et sera au rendez-vous cette semaine. La directrice du cinéma, Laëtitia Scherier, le sent en évoquant À pied d’œuvre de Valérie Donzelli, déjà présenté en avant-première. « On a eu 185 personnes », souligne-t-elle, comme un signe que le film « va très bien marcher ». Une salle d’art et d’essai peut aussi être un lieu de circulation large, dès lors que les films trouvent leur public.
Mais le cœur battant de la semaine se situe ailleurs, dans ce que Laëtitia Scherier désigne sans hésiter comme l’un de ses grands chocs cannois. The Mastermind, neuvième long métrage de Kelly Reichardt, s’impose pour elle comme un moment de cinéma rare. « C’était vraiment un de mes gros coups de cœur », affirme-t-elle. Une attente de longue date aussi : la réalisatrice américaine, figure désormais incontournable du cinéma indépendant, est une habituée des Lobis. Tous ses films y ont été programmés, du plus récent Showing Up à Certaines Femmes, La Dernière Piste ou encore First Cow.

Avec The Mastermind, Kelly Reichardt change pourtant de terrain. Pour la première fois, elle place au centre de son récit un personnage masculin d’une trentaine d’années. « Je l’attendais un peu au tournant », confie Laëtitia Scherier. Le film se déploie dans l’Amérique des années 1970, sur fond de guerre du Vietnam et de discours politiques, mais son protagoniste semble étrangement détaché du monde. Installé dans une banlieue pavillonnaire du Massachusetts, marié, père de deux enfants, issu d’un milieu bourgeois avec un père juge respecté, il apparaît comme un corps étranger à sa propre vie. « Il a l’air de s’ennuyer profondément », résume la directrice.
Ce désœuvrement trouve un exutoire inattendu lors d’une visite de musée. Le personnage découvre « l’exaltation du vol », le vertige de la transgression. Le scénario joue alors de correspondances symboliques : le père incarne la loi, le fils choisit de la briser. Mais Reichardt détourne radicalement les codes du film de braquage. « Elle commence vraiment par le casse », explique Laëtitia Scherier, « qui n’occupe que le premier quart du film ». Le véritable sujet se situe ailleurs : dans les conséquences morales, sociales et intimes de l’acte, dans la cavale, dans la crise existentielle.
Ce déplacement est renforcé par une mise en scène d’une précision extrême. La réalisatrice raconte toujours « deux histoires », insiste-t-elle : celle du scénario, et celle, plus souterraine, que fabrique le montage. Le recours au surcadrage, aux lignes des murs, aux cadres des tableaux, isole le personnage au sein même de l’image. « Ça fonctionne extrêmement bien », observe Laëtitia Scherier, qui souligne combien cette construction crée de l’empathie pour un personnage pourtant potentiellement antipathique. Le film n’hésite pas non plus à glisser vers un burlesque discret : certaines séquences deviennent presque cartoonesques, la musique jazz instille une ironie douce, et la réalisatrice « se moque parfois clairement de son personnage ».

La programmation de la semaine n’oublie pas les plus jeunes. Les Toutes Petites Créatures 2 de Lucy Izzard s’adresse aux enfants dès trois ans. Douze courts récits en stop-motion, mettant en scène cinq petites figures en pâte à modeler, prolongent l’univers du premier volet. « Les récits traitent de belles valeurs », précise la directrice : apprentissage, tolérance, empathie, solidarité. Un cinéma de transmission, pensé à hauteur d’enfant, issu du travail du studio d’animation Aardman, mondialement reconnu.
La semaine marque également la poursuite du festival Les Mycéliades (voir ici), consacré aux imaginaires de science-fiction. Deux soirées « double dose » structurent la programmation : une thématique « effondrement » avec La Nuée et Take Shelter, ponctuée d’un quiz, puis une exploration ferroviaire avec Snowpiercer et Dernier train pour Busan, accompagnée d’un blind test autour des musiques de films de science-fiction. Le festival se conclut par Soleil vert, choix assumé : « une valeur sûre », destinée aussi aux spectateurs les plus fidèles.
Au fil de la première semaine, la directrice a observé l’un des effets recherchés du festival : attirer de nouveaux visages. « On a eu pas mal de spectateurs qu’on ne connaissait pas », souvent plus jeunes, mais pas exclusivement. La programmation atteint ainsi son objectif : faire circuler les publics, ouvrir les portes, rappeler que le cinéma d’art et d’essai est ouvert à toutes et tous.

Mais la semaine réserve un autre moment fort, né d’un heureux imprévu. Alors que la programmation était déjà arrêtée, le distributeur de Victor comme tout le monde contacte les Lobis : Fabrice Luchini souhaite faire une halte à Blois. « Évidemment, on ne dit pas non à Luchini ! », sourit Laëtitia Scherier. L’acteur viendra présenter le film de Pascal Bonitzer, écrit à partir d’un scénario initial de Sophie Fillières.
Le film suit Robert Zucchini, comédien passionné par Victor Hugo, qui lit chaque soir ses textes sur scène pour les faire vivre. L’intrigue se double d’un récit intime : une relation père-fille à reconstruire après la mort de la mère. Bonitzer tisse un jeu de miroirs entre le personnage et Hugo lui-même, entre la légende littéraire et l’homme.

Fabrice Luchini y est décrit comme « totalement dans son élément » : brillant, virtuose de la langue, mais profondément maladroit dans la sphère intime. « Il y a toujours ce personnage extrêmement assuré sur scène, et dans sa vie personnelle un homme perdu », résume-t-elle. La prévente confirme l’attente, la moitié des places pour cette avant-première – dimanche à 15 heures – sont déjà réservées.
Horaires, informations et réservations : blois-les-lobis.cap-cine.fr

