« Les jeunes Français et la lecture » : les chiffres des décrochages
La cinquième édition de l’étude* « Les jeunes Français et la lecture », rendue publique le 14 avril 2026 par le Centre national du livre et réalisée par Ipsos bva, montre une situation contrastée. Les 7-19 ans restent nombreux à lire, pour l’école comme pour leurs loisirs. Mais derrière cette stabilité globale, l’enquête met en évidence un décrochage marqué à l’adolescence, un temps de lecture en baisse, une attention plus fragmentée et une transmission familiale moins fréquente.
En 2026, 84 % des jeunes interrogés déclarent lire des livres pour l’école, les études ou le travail. Ils sont 81 % à dire lire aussi dans le cadre de leurs loisirs, par goût personnel. Dans les deux cas, ces niveaux sont stables par rapport à 2024. En revanche, la lecture pour l’école ou le travail recule de 6 points par rapport à 2016.
Cette stabilité d’ensemble ne signifie pas que tous les profils lisent de la même manière. Pour la lecture de loisir, 91 % des 7-12 ans déclarent lire, contre 78 % des 13-15 ans et 67 % des 16-19 ans. Pour la lecture liée à l’école, aux études ou au travail, le niveau reste très élevé jusqu’à 15 ans, avec 91 % des 7-12 ans et 93 % des 13-15 ans, avant de tomber à 65 % chez les 16-19 ans.
Le décrochage reste net à l’adolescence
L’un des enseignements majeurs de l’étude porte sur la rupture observée à l’adolescence. Pour l’école, les études ou le travail, 16 % des jeunes disent ne pas lire du tout, mais cette proportion monte à 35 % chez les 16-19 ans. Dans le cadre des loisirs, 19 % des jeunes ne lisent pas du tout ; là encore, la part atteint 33 % chez les 16-19 ans.
Le recul est particulièrement marqué chez les garçons pour la lecture de loisir. D’après l’étude du CNL, 76 % des garçons lisent encore pour leurs loisirs à 13-15 ans, soit 15 points de moins que les garçons de 7-12 ans. À 16-19 ans, ils ne sont plus que 56 %, soit 35 points de moins qu’à 7-12 ans. Chez les filles de 16-19 ans, la lecture de loisir reste plus élevée, à 78 %.
Les 16-19 ans passent en moyenne 5 h 06 par jour sur les écrans
Pour leurs loisirs, les jeunes consacrent en moyenne 2 h 04 par semaine à la lecture de livres, soit 18 minutes par jour. C’est 1 minute de moins qu’en 2024 et 40 minutes de moins par semaine qu’en 2022. Dans le même temps, ils passent en moyenne 3 h 01 par jour devant des écrans hors lecture numérique et écoute de livres audio, soit 10 minutes de moins qu’en 2024. L’étude résume ainsi un rapport de un à dix entre le temps consacré aux livres et celui consacré aux écrans.
Les écarts sont particulièrement forts chez les plus âgés. Les 16-19 ans passent en moyenne 5 h 06 par jour sur les écrans. Chez les filles de 16-19 ans, ce temps atteint 5 h 24 ; chez les garçons du même âge, 4 h 48. En lecture de loisir, les filles de 16-19 ans consacrent en moyenne 19 minutes par jour aux livres, contre 10 minutes pour les garçons.
Une lecture plus fragmentée
L’étude insiste aussi sur la qualité de l’attention. En 2026, 41 % des jeunes lecteurs déclarent faire souvent autre chose en même temps qu’ils lisent. Cette proportion a baissé de 7 points par rapport à 2024, mais elle reste élevée, surtout chez les adolescents : 21 % chez les 7-9 ans, 30 % chez les 10-12 ans, 45 % chez les 13-15 ans et 67 % chez les 16-19 ans.
Parmi les activités pratiquées en même temps que la lecture, 30 % des jeunes citent l’envoi de messages, 26 % le fait de regarder des vidéos et 23 % la fréquentation des réseaux sociaux. Viennent ensuite le téléphone, à 22 %, les jeux vidéo, à 21 %, et l’écoute de podcasts, à 11 %.
Sur le dernier livre lu pour l’école, les études ou le travail, 80 % des jeunes disent l’avoir bien compris, 62 % l’avoir trouvé facile à lire et 68 % l’avoir aimé. Mais ces moyennes masquent, là encore, un écart selon l’âge. Chez les 7-12 ans, 85 % disent avoir bien compris ce dernier livre, 72 % l’avoir trouvé facile à lire et 75 % l’avoir aimé. Chez les 16-19 ans, ces proportions tombent respectivement à 68 %, 50 % et 54 %.
L’étude montre également qu’au cours des trois derniers mois, les jeunes ont lu en moyenne 2 livres pour l’école, les études ou le travail. Seuls 23 % en ont lu 3 ou plus sur cette période, contre 50 % dix ans plus tôt.
Les jeunes continuent d’associer la lecture au plaisir et à la détente
Malgré ces fragilités, l’étude « Les jeunes Français et la lecture« ne décrit pas une rupture totale avec le livre. Le CNL indique que la détente arrive en tête des motivations de lecture, devant le plaisir et le fait de chercher à s’occuper. 48 % des jeunes lecteurs citent le fait de se détendre, 47 % celui de se faire plaisir et 42 % celui de s’occuper. Mais lorsqu’ils préfèrent faire autre chose, ils se tournent plus souvent vers des activités sur écran que vers des activités sportives ou sociales.
BD, mangas et romans dominent les lectures de loisir
Dans le cadre des loisirs, les jeunes lisent d’abord des albums de BD, des mangas et des romans. 57 % lisent des albums de BD, 46 % des mangas et 47 % des romans, ce dernier genre progressant de 4 points par rapport à 2024. Chez les 16-19 ans, la place du roman est encore plus marquée, à 55 %.
Parmi les romans lus, les romans d’aventure, les livres de science-fiction et la romance figurent parmi les préférences des jeunes. Il souligne aussi la place de la dark romance chez les filles de 16-19 ans, à 57 %, en hausse de 7 points.
La prescription reste familiale, mais Internet compte
Les premiers déclencheurs de lecture restent liés à l’entourage et au livre lui-même. 59 % des jeunes lecteurs disent choisir un livre sur le conseil d’un proche, 44 % en raison de sa couverture, 42 % pour son héros ou son personnage, et 41 % grâce à son résumé.
Le numérique pèse aussi dans le choix. Une adaptation sur écran constitue un déclencheur pour 28 % des jeunes, tout comme des publications en ligne, à 28 % également. Cette influence monte à 32 % chez les 13-15 ans et à 51 % chez les 16-19 ans.
Une transmission familiale qui recule
Une grande majorité de jeunes dit avoir aimé ou adoré qu’on lui lise des histoires quand il était petit. L’infographie chiffre cette adhésion à 96 % chez les 7-12 ans. Le communiqué ajoute que 89 % des jeunes ont bénéficié d’une histoire lue par leurs parents, notamment par leur mère.
Mais cette transmission familiale apparaît moins fréquente : seuls 33 % des enfants de 7-9 ans bénéficient souvent d’histoires lues par leurs parents, soit 8 points de moins qu’en 2024. Par ailleurs, 18 % des jeunes déclarent que leurs parents ne lisent pas eux-mêmes de livres, contre 7 % en 2016. Ce recul concerne surtout la figure paternelle.
*L’enquête a été menée en ligne, du 28 janvier au 9 février 2026, auprès d’un échantillon représentatif de 1 500 jeunes Français âgés de 7 à 19 ans. La représentativité a été assurée selon le sexe et l’âge de l’enfant interrogé, la catégorie socioprofessionnelle du foyer, la région et la catégorie d’agglomération. Le CNL rappelle qu’il s’agit de la cinquième vague de cette étude, après celles de 2016, 2018, 2022 et 2024.

