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Sol, de The Voice à Blois : le retour d’une voix libre

Révélé au grand public en 2016 par The Voice, Sol, de son vrai nom Samy Defosse, vit aujourd’hui à Blois. Samedi 30 mai, il se produira à L’Arboré Sens, après la finale de la Ligue des champions, en duo avec Mathias Deram, enseignant en guitare électrique, basse et ateliers musiques actuelles. Loin du simple souvenir télévisuel, le chanteur revient sur son parcours, son rapport à l’industrie musicale, un album resté dans les cartons, et la scène blésoise où il a trouvé un nouvel espace de jeu, de rencontres et de collaborations.


Un concert en duo à L’Arboré Sens

Sur scène, samedi soir (jour de finale de The Voice 2026) Sol présentera un travail dans une forme resserrée, avec Mathias. « L’idée, c’est de présenter un petit peu notre travail sous forme de duo, avec quelques reprises de titres qu’on aime bien, et puis aussi des compositions. » Le programme mêlera des reprises réorchestrées, notamment des Beatles, des titres de Jacob Collier, du jazz, de la soul, mais aussi des compositions personnelles. La formule sera intime : guitare et voix, dépouillement, proximité. « On a décidé de monter un petit duet, pour pouvoir faire une formule un peu intimiste, avec des morceaux qu’on a envie de défricher, lui et moi », explique Samy. Une partie du concert permettra aussi d’entendre des titres issus d’un album et d’un EP qui ne sont pas encore parus.

Un album gardé dans les cartons

Cet album inédit occupe une place centrale dans son parcours récent. Enregistré il y a environ cinq ans, il n’est jamais sorti. Sol refuse de le considérer comme un simple disque oublié. Il parle d’un album-concept, d’un projet vaste, presque cinématographique, construit autour d’une histoire de science-fiction. « C’est l’histoire d’un mec exproprié par une société qui exploite l’espace, qui décide de construire un vaisseau avec des technologies en open source, et d’aller se crasher dans les stations de minage d’astéroïdes. » Le scénario est écrit. Chaque morceau est lié à un épisode. L’ensemble forme un univers, avec son personnage principal et d’autres figures autour de lui. Musicalement, Sol décrit un disque influencé par les musiques urbaines américaines, les productions de Los Angeles, la pop anglaise, le hip-hop, mais aussi une forme de pop symphonique « hyper orchestrée ». Pour le concert de L’Arboré Sens, ces morceaux seront pourtant joués dans une forme nue. « Là, pour le coup, on va déshabiller les chansons et on va les jouer guitare-voix. »

L’album existe. Il a été enregistré. Mais il n’est pas, selon lui, prêt à sortir tel quel. « Il faudrait le remixer, puis il lui faut un environnement. Aujourd’hui, le son, ce n’est plus que 35 % du boulot. 65 % du boulot, c’est créer les conditions pour que l’album trouve un algorithme, un public. » Sol ne veut pas publier ce travail sans accompagnement, sans la force nécessaire pour le défendre. « Je n’ai pas envie de le jeter comme ça sur les plateformes sans encadrement. » Laisser un tel projet sans sortie a été difficile. « Ça a été un enfer. Ce n’est pas possible de mettre deux ans de sa vie dans un truc qui ne voit jamais le jour. » Samedi soir, quelques titres sortiront donc pour la première fois de leur retrait. « En jouer quelques morceaux, ça permet de mettre un peu d’air là-dedans. »

Universal, l’EP de 2017 et le besoin de reprendre la main

Avant cet album non publié, Sol a connu une autre séquence, plus visible, mais qu’il regarde aujourd’hui avec distance. Après The Voice, il signe chez Universal. Un EP en français sort en 2017. Le disque est encore disponible en ligne, mais le chanteur ne souhaite pas le défendre. « Ce n’est pas du tout ma musique. Ça n’a rien à voir avec ce que je fais. » Les mots sont nets, secs. Sol explique ne pas se reconnaître dans ces titres. « Ce sont réellement des titres qu’on m’a tirés de force après l’émission de télé, et qui ne me ressemblent pas du tout. » Il dit avoir essayé de les faire retirer, sans y parvenir. « Pour moi, c’est presque comme si quelqu’un d’autre les avait faits. Je n’ai pas pu produire, je n’ai pas pu choisir mes collaborations, je n’ai rien pu choisir. »

Il décrit cette période comme celle d’un artiste qui accepte un cadre sans en mesurer immédiatement toutes les conséquences. « Moi, j’avais le syndrome du bon élève. » Il venait de l’indépendance, avait déjà mené plusieurs projets, mais se trouvait face à une opportunité importante : un contrat d’artiste, trois albums, une grande maison de disques. « Je me suis dit : mets tes idées de côté et écoute ce qu’on te dit. » La suite a conduit à une rupture. Sol explique avoir rendu son contrat, notamment parce que le cadre ne lui convenait plus. Il évoque aussi l’enregistrement d’un album en français qu’il a refusé de laisser sortir. « Si j’avais un conseil à donner aux jeunes générations, ce serait vraiment de vivre les choses le plus indépendamment possible, en tout cas jusqu’à être sûr de ce qu’on veut faire, et de ne pas faire de compromis avec des gens qui ont des logiques exclusivement commerciales, ou d’avancement personnel, quand ils discutent avec toi de ton projet musical. Sinon, on se retrouve avec des trucs qui ne nous ressemblent pas. »

The Voice : une exposition puissante, mais ambivalente

Le nom de Sol reste associé à The Voice. L’ex demi-finaliste de l’émission de TF1 ne cherche pas à l’effacer, mais refuse d’être réduit à cette séquence. L’émission, dit-il, n’est pas née d’une candidature spontanée. « Ils sont venus me chercher et je leur ai dit non quatre ans de suite. » Il raconte même avoir proposé, une année, de participer déguisé en Tortue Ninja. « Et ça ne les a pas empêchés de rappeler ! »

À l’époque, Sol se méfie de la « grosse artillerie », des grandes machines télévisuelles, mais aussi de l’échec possible. Il finit par accepter. « Je l’ai fait un peu à reculons. » Le contrat d’artiste qui suit est signé dans un état d’esprit comparable : hésitant, mais conscient que l’occasion n’est pas donnée à tout le monde. Avec le recul, il porte un regard nuancé sur l’expérience. « Je n’ai pas envie de cracher dans la soupe : j’ai rencontré des gens très bien là-bas, j’ai appris beaucoup de choses sur le métier. » Mais il ne transforme pas cette aventure en récit idéal. Pour lui, une exposition aussi rapide peut aider certains artistes et en fragiliser d’autres. « Des expositions médiatiques aussi aiguës que ça, si tu n’as pas le projet et l’entourage solide — un peu comme un sportif de haut niveau — il y a moyen de péter en vol. »

L’audition à l’aveugle sur le titre « Crazy » reste un moment particulier. Sol précise que l’arrangement était le sien, travaillé avec son guitariste. « Ça correspondait à ce que j’avais envie de faire. » Mais plus l’émission avançait, plus le cadre devenait dirigé. « J’aime bien avoir mon droit de regard. » Il résume ainsi l’un de ses apprentissages essentiels : « La perte de contrôle, elle est géniale en art, mais elle doit être choisie et pas subie. Sinon, ça crée souvent des dégâts. »

Avant la télévision : Dijon, les groupes, Paris

L’histoire musicale de Sol ne commence pas avec les fauteuils retournés. Elle commence plus tôt, dans un environnement familial où le gospel compte. L’envie d’en faire un métier arrive plutôt dans la vingtaine, avec le désir de porter des projets et de raconter des histoires. La musique est, pour lui, un langage plus large que les mots. « C’est vraiment fantastique, la musique, parce que c’est un truc qui parle aux gens au-delà des mots, au-delà de la figuration, du sens commun. C’est un peu comme de la peinture abstraite. »

À Dijon, Sol participe à plusieurs groupes. Puis vient Paris, autour de 2009-2010 : la soul, le gospel, le jazz, les studios, la télévision, l’événementiel privé, les rencontres et l’apprentissage des métiers de la production musicale. « Quand je vais à Paris, c’est pour faire de la zik, en tout cas. Faire carrière, c’est un peu un truc qu’on ne choisit pas tellement. » Les choses s’enchaînent, dit-il, par accumulation, par effet boule de neige. Il vit de la musique, circule entre plusieurs mondes, cherche à faire sa place.

Une voix plutôt qu’une image

La notoriété, en revanche, n’est pas ce qu’il recherche. « Que tout le monde ait quelque chose à dire sur moi, ce n’est pas un truc qui me fait sauter au plafond. » Ce qui l’intéresse est ailleurs : la scène, la création, les lieux, les autres artistes, les dynamiques collectives. « Faire la différence sur scène derrière un micro, donner à voir des espaces de scène, développer des lieux culturels, ça me fait grave kiffer. » Il aime chanter, mais aussi permettre à d’autres de jouer. Il aime les lieux où des musiciens se rencontrent, s’écoutent, se tirent vers le haut. « J’aime bien aussi mettre d’autres gens sur scène, voir d’autres sur scène, faire en sorte de créer des possibilités. »

Blois, “petite ville de romans”

Samy Defosse est arrivé à Blois il y a trois ans, pour des raisons personnelles. Il y a trouvé un terrain de rencontres : Laurent, L’Arboré Sens, mais aussi Mehdi, Jean, Mathias, les jam sessions à l’étage, et plusieurs musiciens du secteur… « Je trouve qu’il y a quand même un nid de musiciens ici, un nid d’artistes, un nid d’originaux. » Il ajoute : « Je trouve qu’il y a plein de gens qui méritent le détour à Blois. C’est une petite ville de romans. »

Sol, Samy, et le nom qui revient

Reste le nom. Sol. Celui par lequel le grand public l’a connu. Mais l’artiste l’utilise aujourd’hui avec distance. « C’est un nom que je n’utilise plus trop. » Samy Defosse reconnaît cependant son antériorité. Ce nom vient d’une période ancienne, de compositions entre amis, de spoken word, de slam, de scènes ouvertes de poésie. « Je ne sais même pas encore comment je m’appelle. » Sol pourrait disparaître, revenir, changer de place. L’enjeu n’est pas là. « Peu importe le nom, l’important, c’est ce qu’il y a dans l’identité. »

“La musique m’a sauvé de la solitude”

À 40 ans, Sol revient à une forme professionnelle plus affirmée. Il explique redevenir intermittent du spectacle. La musique redevient son gagne-pain. Mais elle n’a jamais cessé d’être autre chose qu’un métier. « La musique m’a quand même sauvé de la solitude. » Elle lui a permis de créer des ponts avec les gens, d’apprendre à communiquer, de comprendre des relations humaines, d’exprimer des émotions qui ne sortent pas autrement. Elle habite son quotidien. « Je ne peux pas vivre sans. »

Ce retour passe aussi par d’autres scènes. Le 2 juillet, il participera à un concert avec les professeurs du conservatoire à la guinguette de Blois, à la Creusille, autour d’un projet funk. Il annonce une sélection avec Prince, Kool & The Gang, les Jacksons, Joe Jackson. « C’est un chouette concert, ça mérite d’être vu. » Mais avant cela, il y a donc L’Arboré Sens ce samedi soir.


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