Perturbateurs endocriniens : pourquoi une étudiante enquête sur les cosmétiques des collégiens
Étudiante en master 2 de santé publique à l’Université de Tours, la blésoise Charlotte Chesneau, stagiaire à la Mutualité Française Centre-Val de Loire, mène une enquête auprès des collégiens du Centre-Val de Loire sur leurs usages des cosmétiques et leurs connaissances des perturbateurs endocriniens. Une démarche universitaire, mais aussi un sujet très concret de santé environnementale, qui touche aux produits du quotidien : gel douche, dentifrice, déodorant, crème, parfum ou maquillage.
Le sujet commence dans une salle de bain, mais il débouche rapidement sur une question de santé publique. Quels produits cosmétiques les collégiens utilisent-ils ? À quelle fréquence ? Savent-ils ce que sont les perturbateurs endocriniens ? Ont-ils des repères pour choisir leurs produits ? C’est à ces questions que Charlotte Chesneau, étudiante en master 2 de santé publique à l’Université de Tours, cherche à répondre dans le cadre de son mémoire de recherche.
Habitante de Blois, elle suit un parcours en prévention et promotion de la santé. Son enquête s’adresse aux collégiennes et collégiens de la région Centre-Val de Loire. L’objectif est de « mesurer l’usage des cosmétiques et les connaissances sur les perturbateurs endocriniens » afin d’identifier, si nécessaire, des besoins de prévention adaptés. La démarche est portée dans un cadre universitaire. Charlotte Chesneau est accompagnée par Simon Fortin, médecin de prévention, qui assure la direction de son mémoire.
Bien au-delà du maquillage
Le mot « cosmétique », dans le langage courant, évoque souvent le maquillage. En réalité, la catégorie est beaucoup plus large. Selon la réglementation européenne rappelée par l’Anses, un produit cosmétique désigne une substance ou un mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain, les dents ou les muqueuses buccales, notamment pour nettoyer, parfumer, modifier l’aspect, protéger, maintenir en bon état ou corriger les odeurs corporelles. Autrement dit, les cosmétiques ne concernent pas seulement le rouge à lèvres, le mascara ou le fond de teint. Ils incluent aussi le gel douche, le shampoing, le déodorant, le dentifrice, les crèmes pour le visage, les produits capillaires ou les parfums. Ce sont des produits ordinaires, souvent utilisés chaque jour, parfois plusieurs fois par jour.
Une prise de conscience personnelle devenue sujet de mémoire
Le choix du sujet est venu progressivement. Charlotte Chesneau dit avoir d’abord été attentive à son alimentation, puis avoir élargi cette vigilance aux produits cosmétiques. En regardant les compositions des produits qu’elle utilisait, elle a commencé à s’interroger. « J’ai réalisé qu’il y avait finalement beaucoup de cosmétiques contenant des substances qui n’étaient pas forcément très bonnes pour la santé et pour l’environnement », raconte-t-elle.
De cette observation personnelle est née une problématique plus large : jusqu’où ce constat peut-il devenir un sujet de santé publique ? Les adolescents sont-ils concernés ? Les collégiens savent-ils ce qu’ils utilisent ? Les messages de prévention existants sont-ils adaptés à leur âge et à leurs pratiques ? Son mémoire cherche donc à passer du ressenti individuel à une collecte d’informations structurée. L’enquête ne prétend pas mesurer directement l’exposition biologique des jeunes à telle ou telle substance. Elle recueille des déclarations d’usage et des éléments de connaissance.
Perturbateurs endocriniens : un sujet
Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances capable d’altérer le fonctionnement du système endocrinien, c’est-à-dire le système hormonal, et d’induire des effets néfastes. Santé publique France rappelle que ces substances peuvent être présentes dans de nombreux produits ou milieux du quotidien, notamment l’habitat, l’hygiène, les emballages, les revêtements, les pesticides ou encore l’environnement naturel. L’Anses souligne également la complexité scientifique du sujet. Les perturbateurs endocriniens peuvent interférer avec de grandes fonctions de l’organisme : croissance, reproduction, développement, métabolisme, système nerveux. Certains effets peuvent dépendre de la période d’exposition, de la durée, de la sensibilité individuelle ou encore de phénomènes de cumul.
Charlotte Chesneau cite notamment les phtalates et le bisphénol A, deux exemples souvent évoqués dans les travaux sur les perturbateurs endocriniens. Le bisphénol A n’est plus autorisé en France comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques depuis 2005, mais il peut être retrouvé via des contaminations ou certains contenants de produits cosmétiques et d’hygiène. Or, pour certaines substances, des effets sont possibles même à faible dose.
Autre élément à considérer : l’effet cocktail. « Quand les substances se cumulent, elles peuvent parfois créer de nouveaux effets », résume Charlotte Chesneau.
Pourquoi ce questionnaire à destination des collégiens ?
Le choix des collégiens tient à la fois à des raisons pratiques et à un enjeu de prévention. L’adolescence est une période où les habitudes de consommation peuvent commencer à se construire durablement. Et puis, « au collège, on est souvent dans la période de la puberté. C’est une période qui est particulièrement vulnérable aux effets des substances chimiques comme les perturbateurs endocriniens », explique Charlotte Chesneau. « Plus on commence la prévention tôt, plus elle peut être efficace. »
Le questionnaire interroge notamment la fréquence d’utilisation des cosmétiques, le nombre de produits utilisés sur une journée, les types de produits concernés, mais aussi la connaissance des perturbateurs endocriniens et des substances potentiellement nocives.
Les questions abordent aussi les repères utilisés par les jeunes : savent-ils que certains labels ou certifications peuvent aider à choisir un produit ? Utilisent-ils des applications comme INCI Beauty ? Choisissent-ils leurs produits seuls ou avec des proches, notamment leurs parents ?
Un marché qui cible les très jeunes
L’enquête intervient dans un contexte où les routines de soin et les contenus liés à la beauté circulent largement sur les réseaux sociaux. Tutoriels, recommandations de produits, vidéos de routines de peau ou de maquillage : les adolescents peuvent être exposés tôt à des messages incitant à consommer. « Il y a effectivement un marketing qui cible de plus en plus les jeunes », constate Charlotte Chesneau.
Son enquête permettra peut-être d’éclairer cette question à l’échelle des collégiens du Centre-Val de Loire : les usages sont-ils réellement précoces ? Les jeunes utilisent-ils beaucoup de produits ? Le marketing et les réseaux sociaux ont-ils un effet perceptible sur leurs pratiques ? À ce stade, il serait prématuré de répondre. L’intérêt de l’étude est justement de ne pas partir d’une idée préconçue.
Comment participer
L’enquête s’adresse aux collégiennes et collégiens de la région Centre-Val de Loire. Elle vise à mesurer leurs usages des cosmétiques et leurs connaissances sur les perturbateurs endocriniens, afin d’évaluer et d’adapter les besoins de prévention. Voici le lien pour participer (durée estimée : 5 minutes) : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfhALzvvk7jUSpiZ71o-wQ9YAKXarD4ydeZ6biivbXjtFdzSg/viewform


