Bastien Lopez : « Nulle part ailleurs qu’à Blois cette œuvre d’art n’aura autant de sens »
À 31 ans, Bastien Lopez dirige le château royal de Blois, la conservation des musées et le patrimoine culturel de la Ville. Arrivé à Blois en janvier 2024, ce conservateur formé à l’École du Louvre porte aujourd’hui plusieurs chantiers qui dépassent largement la seule gestion d’un monument historique. L’identification dans les réserves d’un feuillet du palimpseste d’Archimède, l’acquisition du buste de Gaston d’Orléans réalisé par Jacques Sarazin, la remise en mouvement des collections, les conditions de conservation de quelque 35 000 œuvres, l’accessibilité, la prévention des risques ou encore le mécénat dessinent les contours d’un château qui veut être pleinement monument, musée et lieu vivant.
Dans un grand entretien accordé à Blois Capitale, à retrouver dans son intégralité dans le numéro 1 du magazine papier en septembre (prévente ici), Bastien Lopez revient en détail sur ces différents dossiers. Il y évoque également sa conception du métier de conservateur, son admiration pour Caravage, sa manière de travailler avec les équipes et, plus largement, sa vision du lien entre patrimoine et publics.
Gaston d’Orléans, un personnage à remettre dans le récit
Blois Capitale : Il y a un dossier dans lequel vous avez été directement à l’initiative : celui de Gaston d’Orléans. Pourquoi avez-vous voulu lui donner davantage de place ?
Bastien Lopez : Quand je suis arrivé, je me suis dit qu’on ne mettait pas assez en valeur le XVIIe siècle. Les visiteurs, évidemment, quand ils entrent dans le château, la première façade qu’ils voient une fois qu’ils sont dans la cour, c’est celle qui se trouve en face : celle de Gaston d’Orléans, celle du XVIIe siècle. Mais ce n’est pas un espace qui est visité par le public. On voit le vestibule, mais finalement on voit assez peu de choses. On voit un espace, mais c’est tout. Le parcours de visite se trouve dans les appartements de l’aile François Ier et dans le musée de l’aile Louis XII. Mais finalement, Gaston a une toute petite salle, et puis c’est tout. Et cette façade, qui a été un grand programme architectural et politique en son temps, on la comprend assez mal. Donc l’idée de trouver des éléments pour développer cette page de l’histoire dans le parcours de visite est arrivée assez tôt. Mes prédécesseurs ont acheté des œuvres du XVIIe siècle. On a donc des choses pour enrichir le propos, pour avoir quelque chose d’un peu plus consistant.

Blois Capitale : Et puis, en novembre 2024, une terre cuite de Jacques Sarazin représentant Gaston d’Orléans réapparaît sur le marché de l’art à Paris. Comment l’apprenez-vous ?
Bastien Lopez : Il y a chaque année à Paris le salon FAB Paris. Le matin de l’inauguration, un ami m’a écrit. Il m’a dit : « Il y a la terre cuite de Gaston d’Orléans par Sarazin, préparatoire à la façade du château, qui est présentée au salon. Est-ce que tu connaissais ? Est-ce que tu savais ? » C’était une découverte absolue, un objet qui a fait un peu sensation lors de ce salon. Plusieurs personnes, le soir, m’ont dit : « T’as vu ça ? Est-ce que t’es allé voir ? » Oui, oui, j’avais vu… Et cela a été compliqué parce que l’œuvre était réservée.
Puis finalement, j’ai dit au marchand que je ne pouvais pas passer à côté, et que c’était une acquisition qu’il fallait absolument qu’on fasse. Quelques mois plus tard, il est revenu vers moi et m’a dit que la personne qui voulait l’acheter ne la prenait finalement plus. Il pouvait donc me la réserver pendant quelques mois parce qu’il trouvait intéressant, effectivement, que cette œuvre vienne à Blois. C’est un très bel objet. Il aurait donc plu à beaucoup de collectionneurs, à beaucoup de musées un peu partout dans le monde.
Les terres cuites comme celle-là, les portraits en terre cuite des XVIIe et XVIIIe siècles, ce sont des choses qui s’achètent assez facilement et qui constituent de très beaux objets dans les musées, notamment aux États-Unis, où ils ont de très belles collections. Donc, possiblement, cet objet pouvait partir à l’autre bout de la planète rapidement, et l’histoire était finie.
Mais le marchand, qui a une appétence patrimoniale et muséale — et je remercie Édouard Ambroselli pour sa patience —, m’a dit : « Si vous voulez, on attend un peu. Vous rassemblez les moyens nécessaires, on discute aussi du prix, et puis à la fin on verra. » Cela a été le début d’une grande aventure pour chercher les moyens. Je suis d’abord très content que la Ville de Blois ait accepté de s’engager dans cette recherche-là. On a cherché du mécénat. La Région a répondu présente pour financer une partie de cette acquisition.
On a construit un projet. Ce n’est pas seulement une acquisition, c’est aussi un développement muséographique pour les prochaines années. Nulle part ailleurs qu’à Blois cet objet n’aura autant de sens. C’est un objet inédit. C’est le portrait d’un grand prince de Blois. Jacques Sarazin est l’un des plus grands sculpteurs de son temps. C’est le dernier témoignage matériel connu de ce décor de façade qui a disparu à la Révolution. Et c’est un objet inédit.
Il y a eu du mécénat, une collecte populaire aussi, avec à peu près 130 participants en France et à l’étranger, ce qui est énorme. C’est dire combien l’objet a rassemblé. Et puis, au final, c’était 330 000 euros, après une renégociation du prix. L’État aussi, avec le Fonds du patrimoine — qui est une ligne du ministère de la Culture servant à faire des acquisitions exceptionnelles dont le rayonnement est important et de niveau national —, a répondu présent avec une grande participation. C’était très satisfaisant de voir que nous étions accompagnés par des financeurs pluriels, et notamment par l’État sur ce coup-là, parce que c’était un objet qu’on ne pouvait pas manquer.

Gaston en Hercule : la façade comme discours politique
Pour comprendre pourquoi cette terre cuite est aussi importante, il faut revenir à la façade de Gaston d’Orléans telle qu’elle apparaissait au XVIIe siècle. Ce que nous voyons aujourd’hui est finalement très différent ?
Quand Gaston d’Orléans commande un château, il commande aussi un décor. Nous avons aujourd’hui cette idée d’une façade très sobre, parce que ce qui reste, c’est surtout l’architecture de François Mansart, qui est très classique. Elle a donc une petite sévérité, quand même : on voit les volumes, mais on ne voit pas grand-chose d’autre. En fait, à la Révolution, on a supprimé un ensemble décoratif qui se trouvait dessus.
Il y avait des allégories, Gaston d’Orléans en Hercule qui surmontait cette façade, mais aussi des figures divines de Mars et de Minerve, qui représentaient la force militaire et la sagesse militaire que revendiquait Gaston. Il y avait aussi des allégories comme la Vérité, la Bénignité et plein d’autres choses sur cette façade, qui nous sont complètement inconnues aujourd’hui mais qui parlaient réellement aux visiteurs du XVIIe siècle. Au final, quand on entrait dans cette cour du château, on avait face à soi une façade très sobre, mais tout à fait ornementée, tout à fait dynamisée par ce jeu sculptural.
C’était donc une véritable façade politique ?
Oui. On avait le programme politique de Gaston d’Orléans, qui, à cette époque-là, est l’héritier du roi de France et qui se voit roi de France à la place de son frère, sous peu — le plus vite possible. C’est vraiment une façade politique. Et la sculpture que nous avons pu acquérir est la sculpture préparatoire de la clé, vraiment, de ce jeu politique et artistique : Gaston d’Orléans représenté en Hercule.
Pourquoi précisément Hercule ?
Hercule, c’est la force. Mais c’est aussi un avatar des rois de France : l’Hercule gaulois, qui est une figure de l’éloquence et une figure supérieure, disons, à laquelle les rois de France s’associent régulièrement depuis la Renaissance.
Cette terre cuite n’est donc pas simplement un brouillon préparatoire à la sculpture monumentale ?
Non, ce n’est pas un brouillon. La façade est évidemment à Blois, mais la sculpture en terre cuite, elle, reste à Paris, et permet donc de faire connaître l’ambition politique de Gaston d’Orléans. Il y a aussi ce jeu-là.
Puisque cette terre cuite permet de connaître le visage perdu de Gaston, pourrait-on imaginer restituer un jour le décor sur la façade ?
Non. Le décor de la façade a été supprimé à la Révolution. On a littéralement décapité la sculpture de Gaston. Et, au début du XXe siècle, on a garni le drapé, donc le torse, qui reste encore en place et qui est du XVIIe siècle, d’une tête réalisée par Alfred-Jean Halou, un sculpteur blésois important de ce début du XXe siècle à Blois. Il a créé une tête qui représente Gaston d’Orléans, mais c’est une tête historiciste. Ce n’est pas un véritable portrait puisqu’il n’a évidemment jamais vu Gaston d’Orléans, mais elle vient compléter ce décor. Cela fait plus d’un siècle que cette tête est sur cette façade. Nous n’avons aucune raison de la supprimer pour en restituer une autre qui n’existe plus. Ce serait un contresens historique.
Un nouveau parcours consacré à Gaston d’Orléans
Le buste devient donc le point de départ d’un nouvel espace consacré à Gaston d’Orléans. Que voulez-vous y raconter ?
L’idée, c’est d’aménager un espace sur Gaston d’Orléans avec des objets de nos collections et avec des dépôts d’autres musées qui vont être sollicités, afin de présenter son histoire. C’est à la fois un personnage politique assez contrasté, qui a fait des choses pas très dignes, disons, mais aussi un grand amateur d’art, un grand mécène. Il travaillait notamment avec Jacques Sarazin, puisque c’est le sculpteur qui a fait son portrait. C’était un grand amateur d’art et sa collection a été intégrée par la suite à celle de Louis XIV.
Louis XIV est peut-être le plus grand collectionneur du XVIIe siècle en France, mais c’est aussi parce qu’il existe cette conscience que les beaux objets viennent soutenir le pouvoir et qu’un grand prince, à cette époque-là, est forcément un grand collectionneur. Gaston est un très grand amateur de bronzes, de statuettes en bronze, de médailles. C’est lui qui crée aussi l’herbier qui devient ensuite l’herbier de Louis XIV et qui est un objet formidable, aujourd’hui au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris. Il travaille avec les peintres, il travaille avec les poètes, il en protège aussi. C’est vraiment un personnage d’art et de lettres absolument important en son temps.
Peut-on parler d’un rééquilibrage du récit du château ?
On peut parler de rééquilibrage. Après, il faut quand même garder en tête que l’histoire du château, c’est essentiellement la Renaissance. On ne va pas enlever de la place à Henri III, au duc de Guise, à François Ier, qui sont les personnages principaux. Mais il faut que, dans ce parcours de visite, on puisse présenter tous les personnages, en tout cas les personnages importants. Et Gaston d’Orléans ne peut pas être un personnage trop secondaire, étant donné l’importance visuelle qu’il a pour le public et l’importance historique qu’il a aussi en son temps.
« On ne voit pas assez le château comme un musée »
Cette acquisition et le projet muséographique qui l’accompagne vous ont valu en 2026 le prix Michel Laclotte. Qu’a représenté cette distinction ?
Le prix Michel Laclotte est un prix qui m’a beaucoup ému. C’est un prix qui est décerné à de jeunes conservateurs pour de premières réalisations en histoire de l’art. C’est moi qui le reçois, mais c’est pour l’acquisition et pour le projet muséographique qui va derrière. Cela arrive après pas mal de travail, pas mal de sollicitations, pas mal d’efforts aussi pour arriver à un objectif dont j’étais convaincu, mais pour lequel il a fallu convaincre afin que cela puisse se faire. Et puis je n’ai pas porté cela tout seul. Je l’ai porté avec les équipes du château, les équipes de la Ville aussi. Le mécénat de la Ville est très, très actif. Donc c’est une belle récompense.
Le Comité français d’histoire de l’art écrit que cette acquisition et son projet muséographique « laissent augurer une renaissance du musée de Blois ». Le mot est fort. Qu’est-ce qui doit renaître ?
L’idée, c’est d’apporter un éclairage sur la collection du château. On voit le château comme un monument. On ne le voit pas assez comme un musée. L’idée, évidemment, ce n’est pas de transformer le château en musée 100 % pur jus. Ce n’est pas ça. C’est un château-musée. Fondamentalement, c’est un lieu qui a la légitimité d’être un musée parce qu’il est d’abord un château.
Mais les réserves sont pleines, notamment de beaux objets qui méritent de sortir, qui méritent d’être mis en musique dans le parcours de visite, d’être interchangés les uns avec les autres. Il faut s’intéresser à ces objets pour les montrer au public et apporter la richesse et la diversité de ces collections aux yeux de tous.
Acheter ce buste de Gaston d’Orléans, c’est fondamental par rapport à la nature même du buste, mais c’est aussi un déclencheur. Pour cet espace sur Gaston d’Orléans qui va être créé, nous allons faire sortir des objets des réserves : une tapisserie, par exemple, du mobilier. Nous allons faire des restaurations. Et nous allons déplacer des objets qui se trouvent aujourd’hui ailleurs, soit dans les appartements, soit dans le musée, dans la partie Louis XII en dessous.
Cela signifie que nous allons avoir une espèce de vrai chantier de collections. Mais on ne va pas tout refaire non plus ! Un musée, ce n’est pas un lieu où rien ne bouge. Au contraire. C’est un lieu de vie, un lieu d’échange. C’est un lieu où l’on expose des œuvres qui n’étaient pas connues, parce qu’on les a restaurées ou parce qu’il y a désormais un contexte favorable pour qu’elles puissent être présentées. Une œuvre d’art, ce n’est pas juste un objet. C’est un objet qui porte des sens, qui porte des valeurs, qui porte l’histoire de son artiste, de ses artistes, de ses collectionneurs, de son contexte. Cela raconte plein de choses. L’idée, c’est d’apporter aussi du mouvement.
« Ce qui est exceptionnel à Blois, c’est que les différentes époques se voient »
Le château royal de Blois possède une architecture assez unique, avec des ailes très différentes. C’est presque un voyage à travers le temps. Existe-t-il beaucoup d’autres châteaux comparables ?
L’histoire du patrimoine, c’est une histoire de réécriture permanente, partout. Mais ce qui est exceptionnel à Blois, c’est que cela se voit parfaitement. On voit vraiment les étapes les unes à côté des autres. L’idée de valoriser Gaston d’Orléans, c’est aussi de mettre en avant le fait qu’il y a une histoire en plus qui n’est pas une histoire strictement de la Renaissance.
Mais la caractéristique de Blois, c’est que non seulement on voit tout cela très, très bien, mais qu’en plus ce sont des architectures extrêmement qualitatives. Il y a celle de Louis XII, celle de François Ier, celle de Gaston d’Orléans, également celle du Moyen Âge, qui est coincée entre Louis XII et François Ier, mais qui détermine toute la structure du monument sur son éperon rocheux et qui lance une histoire absolument importante, chevaleresque, princière puis royale. Et il y a aussi, à la fin du parcours, à la fin de cette histoire, la restauration du château au XIXe siècle par Félix Duban, puis par Jules de La Morandière. Tout cela, ce sont des opérations extrêmement qualitatives, remarquables. Il n’y a pas une époque du château où l’on n’a pas eu un grand architecte ou quelque chose d’ambitieux. Il n’y a pas de sous-projet, en fait, dans l’histoire du château. Et c’est pour cela que c’est exceptionnel.

« S’il ne se passait rien au château, ce serait terrible »
Le château donne également une place importante aux concerts, festivals et autres événements
C’est un lieu qui est fait pour cela ! S’il ne se passait rien au château, ce serait terrible. Un château est fait pour accueillir du monde, pour avoir ses portes ouvertes et pour faire vivre de beaux événements.
L’automne qui arrive en est une parfaite illustration. Il y aura le Grand Concert Royal le 12 septembre, qui sera un rendez-vous important. La cour sera pleine, avec de très belles têtes d’affiche. Ce sera évidemment un événement à vivre sur le moment, mais il aura aussi une portée patrimoniale puisque ses bénéfices nets doivent contribuer à la restauration du château, à l’amélioration de l’accueil du public et à la valorisation du patrimoine.
Et à Blois, l’automne n’est jamais vraiment tranquille. Pour les Journées européennes du patrimoine, nous allons ouvrir dans le musée des Beaux-Arts un parcours consacré à nos collections asiatiques. Chaque année, nous profitons de ce rendez-vous pour mettre en lumière un artiste, un fonds ou certains objets des collections. Nous présenterons notamment Henri Varenne, un décorateur qui a beaucoup travaillé à Tours, en particulier pour l’hôtel de ville et la gare, et qui est donc une figure bien connue en Centre-Val de Loire.
Juste après viendra l’ouverture d’AR(t]CHIPEL, le festival d’art contemporain porté par la Région avec le Centre Pompidou. Cette année, la programmation accorde une place particulière à Alexander Calder, et nous allons accueillir une sculpture monumentale de l’artiste dans la cour du château. Son inauguration est prévue le 15 octobre. Ce sera un moment extrêmement important, qui permettra aussi de faire venir au château un public attiré par l’art moderne et contemporain.
Au mois d’octobre, il y aura bien sûr les Rendez-vous de l’histoire. Le château accueille une partie de la manifestation et, cette année, notre équipe participera également à plusieurs tables rondes et événements spécifiques.
Puis viendra Noël au château, avec cette année un format un peu différent des précédentes éditions. Nous revenons vers quelque chose de plus pleinement associé à l’imaginaire de Noël, avec davantage de lumière, de scintillements et de décors dans les appartements. Là encore, ce sera un grand rendez-vous.
Tout cela représente énormément de travail pour les équipes, parce que nous voulons faire les choses correctement, bien accueillir le public et proposer des moments qui marquent. On revient toujours à cette notion d’expérience : il faut que le visiteur vive quelque chose et qu’il en garde une trace. Dans les prochains mois, nous n’allons donc clairement pas cesser d’accueillir le public et de faire vivre le château à travers de grands événements.
Prévenir plutôt qu’être indemnisé
Plus on ouvre et fait vivre un monument, plus la question de sa protection devient importante. La question de l’assurance du château et des collections a notamment fait parler.
C’est un sujet qui a beaucoup fait parler, mais qui n’est pas, à vrai dire, le point le plus fondamental. Peu de musées assurent l’intégralité de leurs collections. L’essentiel est d’abord que le château soit couvert en matière de responsabilité et de dommages, ce qui est bien le cas avec la Ville. L’autre enjeu majeur est de pouvoir réagir efficacement en cas d’incident : remettre le monument en état si nécessaire, dans les meilleurs délais, avec des coûts qui restent raisonnables et supportables pour la collectivité. Là encore, les dispositifs existent. Quant à la question plus spécifique de l’assurance, la Ville souhaite également avancer sur ce sujet et une solution est actuellement en cours d’élaboration. Je ne peux pas entrer davantage dans les détails puisqu’il s’agit d’une procédure de marché public, mais le dossier est bien en cours.
Le travail mené avec les pompiers me paraît, à ce titre, encore plus important, parce qu’il permet d’anticiper les risques et de préparer concrètement la réponse à un éventuel incident. Si un incendie se déclare, ce n’est évidemment pas l’assurance qui l’arrêtera. Ma priorité, dans ce cas, est de protéger le public, le personnel, mais aussi les œuvres.
Ces œuvres sont uniques. Une assurance ne permettra jamais de remplacer ce qui aurait disparu définitivement. Elle pourra éventuellement contribuer à financer certaines restaurations, mais elle ne restitue pas un patrimoine perdu. C’est pourquoi nous travaillons très étroitement avec les pompiers. Ils viennent sur place, apprennent à connaître le bâtiment et ses particularités, et nous avons signé avec eux une convention de partenariat. C’est un travail très concret sur la préservation du patrimoine. Nous avons notamment organisé, en novembre dernier, un exercice qui s’est très bien déroulé, avec l’évacuation d’une partie des collections.
Ce qui m’importe, c’est que, si un incident survient, nous soyons capables d’intervenir de la manière la plus précise, la plus adaptée et la plus rapide possible : mettre les œuvres à l’abri, protéger celles qui pourraient être menacées, et agir en tenant compte de la complexité du bâtiment. Le château est complexe par son histoire, et cette complexité implique aussi des fragilités. Il faut donc mieux connaître le monument, mieux identifier ses points sensibles et anticiper les difficultés qui pourraient se présenter. C’est là, à mes yeux, que se situe le véritable travail de prévention. Et c’est précisément sur cela que nous travaillons en permanence.
Cela implique-t-il d’avoir déjà décidé quelles œuvres seraient sauvées en priorité en cas de catastrophe ?
Le travail mené en amont dans le cadre du Plan de sauvegarde des biens culturels consiste précisément à anticiper ce type de situation. Les œuvres sont hiérarchisées selon trois niveaux de priorité, définis en fonction de leur importance patrimoniale. C’est un exercice particulièrement difficile, parce qu’il oblige à se placer très froidement dans une situation que l’on espère ne jamais connaître : se demander, si un sinistre majeur devait survenir, quelles seraient les œuvres à sauver en priorité. Humainement, ce n’est pas simple. Mais cette hiérarchisation fait partie du travail de préparation et de prévention indispensable pour pouvoir agir vite et efficacement en cas d’urgence.
« Le château leur est ouvert, vraiment »
À la grille du château, on voit souvent des personnes qui regardent, prennent une photographie, sans forcément entrer. Qu’auriez-vous envie de leur dire ?
Qu’ils sont les bienvenus pour rentrer ! La question est très vaste. Je n’ai pas un seul message à leur transmettre. J’ai juste à leur dire de profiter de la beauté du château, d’être curieux et donc de passer la porte s’ils ont envie de le faire, parce que la porte est ouverte.
Et aux Blésois eux-mêmes, qui peuvent venir et revenir grâce au Pass Blois Culture ?
Le château leur est véritablement ouvert. Pour les Blésois, il y a bien sûr toute cette histoire qu’ils connaissent déjà en partie — la Renaissance, François Ier, le duc de Guise — mais qui mérite d’être découverte et redécouverte, notamment à travers nos visites guidées. Il y a aussi les visites insolites, qui permettent d’accéder à des espaces ou à des aspects moins visibles du monument et qui restent toujours très surprenants. Ils peuvent revenir seuls, avec des amis, avec leurs proches. Mais ce qui m’intéresse aussi beaucoup, ce sont les collections. Elles sont extrêmement riches et couvrent une période très large, de l’Antiquité jusqu’au milieu du XXe siècle. Nous ne pouvons évidemment pas tout montrer, mais elles ont énormément de choses à raconter.
Le château a aussi ce rôle de lieu culturel de proximité, de musée pour les habitants. Beaucoup de scolaires et de classes le fréquentent déjà et découvrent ainsi la richesse de ses collections et de son patrimoine. L’enjeu est aussi de faire comprendre à tous les Blésois que leur château n’est pas seulement un monument emblématique de la ville : c’est une ressource patrimoniale exceptionnelle, qu’ils peuvent s’approprier et redécouvrir régulièrement.
>> un grand entretien à retrouver dans son intégralité dans le numéro 1 du magazine papier en septembre (prévente ici)



