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Passerelle, santé, collèges… le Loir-et-Cher face à l’équation budgétaire de 2027

Le Conseil départemental veut continuer à investir, sans savoir encore exactement quelle marge lui laissera le budget de l’État. Philippe Gouet vise 60 millions d’euros d’investissements pour 2027 et 2028, alors que les dépenses sociales progressent et que plusieurs recettes restent fragiles. Cette équation financière traverse les principaux dossiers de la rentrée : passerelle sur la Loire, santé, collèges, attractivité, routes ou sécurité civile.

Le chiffre n’est encore qu’un cap. Soixante millions d’euros d’investissement, malgré un exercice 2027 qui s’annonce plus contraint. Le budget 2026 du Loir-et-Cher en prévoyait 58 millions, hors remboursement de la dette, sur une enveloppe totale de 455,4 millions d’euros. Les solidarités en absorbaient déjà 283 millions, soit 62 % du budget départemental. Entre les deux exercices, le paysage national s’est encore durci. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 17 septembre vouloir bâtir le projet de loi de finances pour 2027 autour d’un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros, dont une partie doit concerner les collectivités. Le détail de leur contribution n’est pas encore arrêté.

C’est cette inconnue que Philippe Gouet place désormais au-dessus de la préparation budgétaire départementale. Le président du Conseil départemental dit entendre évoquer, dans les échanges entre collectivités et État, un effort de 5 à 7 milliards d’euros qui pourrait leur être demandé. Il insiste lui-même sur le caractère encore incertain du chiffre : « On a quelques bruits de couloir. » À cela s’ajoutent plusieurs sujets plus techniques mais déterminants pour les comptes du Département : le devenir du DILICO, les règles du Fonds de compensation pour la TVA, les droits de mutation perçus lors des transactions immobilières ou encore les dotations destinées à soutenir l’investissement. La DSID, Dotation de soutien à l’investissement des départements, a déjà donné un aperçu de ce que peuvent représenter ces arbitrages. En juin, le Département estimait à 854 000 euros la perte de crédits pour le Loir-et-Cher en 2026, après l’annonce de la suppression de l’enveloppe nationale correspondante. Dans le même temps, les politiques sociales laissent peu de possibilités de freinage rapide. RSA, autonomie, handicap, protection de l’enfance : elles constituent le premier poste du budget départemental et leur progression accompagne le vieillissement de la population comme les situations de précarité.

Philippe Gouet veut pourtant éviter que l’investissement devienne la variable d’ajustement. « J’espère que l’on pourra maintenir les ambitions d’un plan pluriannuel d’investissement à hauteur de 60 millions d’euros pour 2027 et 2028. » Le conditionnel compte autant que le montant. Le budget 2027 n’est pas écrit et le Département ne sait pas encore quelle part de ses projets devra éventuellement être décalée.

Des économies, mais pas de plan de suppressions de postes

Cette prudence vaut aussi pour les effectifs. Philippe Gouet écarte, à ce stade, l’hypothèse d’un plan général de suppressions de postes, comme certains départements ont pu en engager. Le Conseil départemental mise plutôt sur des non-remplacements ciblés lors de départs à la retraite, lorsque des mutualisations sont possibles. Vingt-cinq postes n’ont ainsi pas été renouvelés selon cette logique. Tous les postes ne sont pas pour autant gelés. Le Département continue de recruter sur plusieurs métiers en tension, notamment dans les routes et l’ingénierie, ainsi que pour des médecins de PMI et des assistants familiaux.

Le sujet rejoint un autre chantier présenté par Philippe Gouet : celui de l’intelligence artificielle. Depuis plus d’un an, la collectivité expérimente des outils destinés à simplifier certaines tâches administratives. Dans les maisons départementales des solidarités, l’objectif est notamment d’aider au contrôle de dossiers déposés en ligne — complétude, lisibilité, préparation avant instruction. Le président du Département tient à dissocier cette évolution d’une réduction des effectifs : « L’IA n’est pas faite pour réduire des postes. L’IA, c’est fait pour améliorer la qualité des services […] et faciliter les tâches administratives de nos agents. »

passerelle cyclo-piétonne sur la Loire

La passerelle sur la Loire rencontre le sous-sol qu’on n’avait pas prévu

Parmi tous les investissements engagés, la passerelle sur la Loire illustre assez bien les difficultés auxquelles peut se heurter une programmation pluriannuelle. Le projet doit permettre aux piétons, cyclistes et cavaliers de franchir la Loire entre La Chaussée-Saint-Victor et Vineuil. L’ouvrage mesurera 380 mètres de long sur quatre mètres de large et réutilisera sept piles de l’ancien barrage. Son coût de référence est de 17,48 millions d’euros, financés par le Département, l’État, la Région Centre-Val de Loire et Agglopolys. Mais les investigations réalisées au fur et à mesure du chantier ont révélé des fragilités qui n’avaient pas pu être mesurées à partir des seuls documents disponibles. « On s’est aperçu que les fondations n’étaient pas suffisamment profondes. La qualité du béton qui avait été utilisé à l’époque n’était pas de grande qualité. »

Trois piles devront être consolidées par des micropieux ancrés à 25 mètres de profondeur. Les autres seront elles aussi renforcées. L’enjeu est de taille : la passerelle doit supporter environ 600 tonnes de charpente métallique, auxquelles s’ajouteront 200 tonnes de béton. Le calendrier s’en ressent. Alors que la communication départementale indiquait encore une livraison au printemps 2027, Philippe Gouet vise désormais une inauguration à la fin du mois d’octobre 2027. Surtout, le coût définitif du contretemps reste inconnu. Le Département a inscrit 3 millions d’euros supplémentaires, sans pouvoir garantir que cette somme suffira. Les discussions portent aussi sur les frais induits par l’allongement de la présence de l’estacade de chantier et de la grue.

Philippe Gouet annonce qu’il sollicitera les partenaires financiers historiques lorsque la facture sera stabilisée. Il ne cache cependant pas son scepticisme sur leur capacité à reprendre une part importante du surcoût : « Je pense que c’est le Département qui va certainement devoir mettre la main à la poche. » Avant cela, le chantier entrera dans une phase spectaculaire. Le 19 octobre à 15 heures, la première section de charpente métallique doit être « lancée », c’est-à-dire progressivement poussée au-dessus du fleuve depuis la rive.


je viens vivre dans le Loir et Cher

Vingt et un docteurs juniors attendus en novembre

L’accès aux soins reste l’un des dossiers que le Département entend préserver malgré les contraintes budgétaires. Philippe Gouet confirme l’arrivée en novembre de 21 docteurs juniors en médecine générale répartis sur le territoire. Le Loir-et-Cher pourrait même, selon lui, en accueillir un ou deux supplémentaires si des étudiants d’Île-de-France ne trouvaient pas de terrain de stage. Cette arrivée correspond à la mise en œuvre de la quatrième année de l’internat de médecine générale. Ils exerceront principalement en cabinet, maison ou centre de santé, avec une autonomie importante mais sous la supervision d’un maître de stage. Le président du Département voit dans cette première promotion une « petite bouffée d’oxygène », tout en rappelant qu’elle ne résout pas à elle seule la démographie médicale.

Philippe Gouet chiffre à 150 le nombre de professionnels de santé, toutes professions confondues, installés durablement en Loir-et-Cher depuis 2022. Il indique également qu’en 2026, pour la première fois, les arrivées de médecins ont été plus nombreuses que les départs dans le département.

Le Campus Santé 41 ouvre, le guichet unique se prépare

La rentrée sanitaire comporte un autre jalon : l’inauguration du Campus Santé 41, près du centre hospitalier de Blois. Le Département a apporté deux millions d’euros au projet. Le campus est dimensionné pour accueillir jusqu’à 700 étudiants en formation initiale, parmi lesquels des infirmiers, aides-soignants, ambulanciers et étudiants engagés dans une première année d’accès aux études de santé. Le projet a été mené sans participation financière directe de l’État ni de l’Agence régionale de santé. Pour boucler son financement, le centre hospitalier a dû recourir à l’emprunt.

Sur le volet santé toujours, Philippe Gouet travaille aussi à la mise en place d’un guichet unique destiné aux professionnels de santé. La mission, menée avec le médecin de santé publique Gaëtan Casanova, doit permettre de simplifier les démarches liées à l’installation. Le rapport a été transmis à la Direction générale de la santé et doit être présenté au ministère dans la première quinzaine d’octobre. Le principe repose sur un interlocuteur départemental unique, chargé d’accompagner les professionnels dans leurs formalités : inscription à l’Ordre, Assurance maladie, Urssaf, responsabilité civile professionnelle ou encore caisse de retraite.

Philippe Gouet défend aussi un accompagnement plus large, qui ne s’arrête pas aux démarches administratives : logement, emploi du conjoint, scolarisation des enfants, mise en relation avec les acteurs de santé du territoire. Une partie de ce travail est déjà assurée en Loir-et-Cher par BeLC.

BeLC et le tourisme appelés à rejoindre la même structure

Ce rapprochement entre installation professionnelle et attractivité conduit justement à l’une des principales réorganisations annoncées pour 2027. Le Département veut fusionner l’agence d’attractivité BeLC et l’Agence de développement touristique Val de Loire – Loir-et-Cher. Le principe a été approuvé par les conseillers départementaux le 17 septembre, après une étude confiée au cabinet EY. Celle-ci recommande une structure unique afin qu’elle puisse être opérationnelle pour la saison touristique 2027.

Dans le schéma décrit par Philippe Gouet, BeLC deviendrait la structure porteuse. Le président du Département insiste sur le fait que l’opération ne produira pas d’économie immédiate. Le regroupement des équipes à la Cité du numérique imposera au contraire des travaux et des dépenses de réaménagement. La logique : réunir les équipes qui font venir des visiteurs et celles qui accompagnent dans l’installation. L’objectif est de disposer de la nouvelle organisation au printemps 2027.

Philippe Gouet veut notamment mieux travailler la cible des 25-35 ans, développer le cyclotourisme, le tourisme vert, la gastronomie et l’œnotourisme, ou encore réfléchir à des billets donnant accès à plusieurs sites.

Après les canicules, les collèges doivent aussi changer

Les épisodes de forte chaleur conduisent le Département à adapter progressivement les bâtiments et leurs équipements. Philippe Gouet annonce un plan pour les collèges les plus exposés : isolation thermique par l’extérieur, occultations placées devant les fenêtres plutôt qu’à l’intérieur, brasseurs d’air et végétalisation des cours. Le Département réfléchit aussi à la climatisation ou au rafraîchissement d’une grande salle pour pouvoir y regrouper des élèves pendant un épisode de chaleur particulièrement intense. Le CDI pourrait remplir cette fonction dans certains collèges. Les bâtiments récents, construits avec davantage de matériaux biosourcés, ont selon Philippe Gouet mieux résisté aux dernières canicules.

Le Département poursuit parallèlement plusieurs chantiers scolaires. La rénovation de Joseph-Crocheton à Veuzain-sur-Loire arrive dans ses dernières phases. À Saint-Amand-Longpré, le collège Honoré-de-Balzac doit être profondément restructuré pour près de 13 millions d’euros, avec une capacité de 300 élèves, une cour davantage végétalisée et une rénovation énergétique importante.

À Blois, le futur collège Camille-Claudel reste fixé à 300 places

La baisse démographique scolaire n’a pas conduit le Département à abandonner son projet de nouvelle cité scolaire à Blois. Après la fermeture prévue du collège François-Rabelais, environ 300 collégiens doivent être accueillis à Camille-Claudel à la rentrée 2029. Le projet vise aussi à revoir la sectorisation des établissements du Blaisois afin de réduire les écarts d’indice de position sociale (IPS) entre collèges.

Routes : adaptation au soleil et projets au long cours

Les fortes chaleurs modifient aussi l’entretien du réseau routier. Cette année, les services départementaux ont davantage utilisé du lait de chaux sur certaines chaussées, afin de réfléchir une partie du rayonnement solaire et limiter le ramollissement des revêtements.

Dans un autre registre, la future voie verte entre Chailles et Les Montils, longue d’environ 1,2 kilomètre le long de la RD 764, doit entrer en chantier début 2027.

Deux dossiers beaucoup plus lourds restent au stade des procédures et des études. Pour le contournement de La Chaussée-Saint-Victor, Philippe Gouet ne voit pas de travaux commencer avant 2028 ou 2029.

La déviation sud de Contres, destinée à relier la RD 956 à la RD 675, a franchi une nouvelle étape : après l’enquête publique et des avis favorables, le Conseil départemental l’a déclarée d’utilité publique le 17 septembre.

Culture et sport restent, pour l’instant, hors du rabot

Le resserrement budgétaire n’a pas conduit le Département à réduire ses crédits 2026 consacrés à la culture, au sport et à la vie associative : 11 millions d’euros y sont inscrits. Philippe Gouet revendique également la progression d’Estival’41, avec 4 500 spectateurs comptabilisés cette année sur treize concerts, contre 3 400 l’année précédente. Les Musicales 41 reviennent cette semaine, tandis que le Chèque Sport-Culture 41 reste proposé aux jeunes de 6 à 18 ans. Le président du Département affirme que plus de 10 000 jeunes en ont bénéficié depuis sa création. L’opération Une journée aux châteaux est également reconduite. Pour sa neuvième édition, elle permet cette année aux habitants de réserver gratuitement des entrées à Chambord, à la commanderie d’Arville et dans les trois maisons à thème de Sologne.

Vieillir en Loir-et-Cher : un label et de nouveaux projets

Le vieillissement apparaît enfin comme l’une des lignes de fond du mandat. Philippe Gouet souhaite engager le Département dans une démarche de labellisation « Ami des aînés », avec un objectif au printemps 2027. Le travail doit porter simultanément sur les mobilités, l’habitat, les espaces extérieurs, le lien social, l’information et la culture. Le Gérontopôle Centre-Val de Loire, dont Philippe Gouet est premier vice-président, accompagne la démarche.

Le 3 novembre, l’Hôtel du Département doit également accueillir une nouvelle rencontre consacrée aux mobilités des seniors, à destination des entreprises, associations, opérateurs de transport, bailleurs, spécialistes de l’adaptation du logement et collectivités.

À Blois, le projet de résidence intergénérationnelle Lumière doit lui aussi prendre une nouvelle dimension. Le CIAS du Blaisois annonce 35 logements destinés à partir de 2027 à des mères isolées avec enfants orientées par le Conseil départemental, en complément des personnes âgées déjà accueillies dans la résidence.




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