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Six concerts, pas de guichet : le Festival de la Clairière cultive une autre idée de la musique

Du 21 au 26 juillet 2026, le Festival musical de la Clairière réunit des musiciens professionnels venus de Russie, d’Ukraine, d’Allemagne et des États-Unis, avec une participation libre au chapeau.


Le Festival musical de la Clairière revient à Saint-Claude-de-Diray. Porté par l’association OLESSIA et son président Jean-Michel Loualoup, il défend une forme rare : des musiciens professionnels autour d’Anton Prischepa, six concerts, pas de billetterie, une participation libre, et l’idée que la musique de chambre peut rester exigeante sans devenir intimidante.

De Chambord à Saint-Claude-de-Diray, une histoire de relais

À Saint-Claude-de-Diray, le Festival musical de la Clairière ne commence pas par un tarif. Il commence par une salle ouverte et des musiciens talentueux venus de loin. Avant La Clairière, il y avait Chambord. Plus précisément la Grange aux dîmes, où une famille blésoise avait fait venir, chaque été, des musiciens rencontrés grâce à un lien ancien avec Moscou, la musicologie et la langue russe. Jean-Michel Loualoup y allait en voisin, depuis Saint-Claude-de-Diray. Il aimait la musique, le lieu, l’atmosphère. Lorsque les porteurs historiques du rendez-vous ont vieilli, il a proposé de prendre le relais. À une condition : créer une association pour structurer l’aventure. Ainsi est née OLESSIA.

Pour cette édition, Anton Prischepa, directeur artistique et clarinettiste professionnel, réunit des musiciens formés notamment aux conservatoires de Moscou et de Kiev, ainsi que de musiciens exerçant en Allemagne et d’artistes américains. « La musique n’a pas de frontières, elle rapproche les peuples », souffle Jean-Michel Loualoup.

Des musiciens professionnels accueillis chez l’habitant

Le festival repose sur un paradoxe : il invite des musiciens professionnels, mais fonctionne avec une économie très modeste. Les artistes viennent à leurs frais. L’association ne peut pas prendre en charge les trajets, même lorsque certains arrivent des États-Unis ou de Moscou. En revanche, ils sont hébergés chez l’habitant, nourris, accueillis dans une organisation qui tient autant de la logistique que de l’hospitalité. Chez Jean-Michel Loualoup, la véranda devient ainsi une pièce centrale du festival. C’est là que les musiciens mangent. Stéphanie, membre de l’association, musicienne, russophone et proche du groupe, cuisine avec l’aide d’amis. La compagne du président assure la trésorerie et l’épaule dans l’organisation. Quelques bénévoles complètent cette petite équipe. « C’est une belle histoire, mais ce n’est pas toujours facile », résume-t-il.

Le festival ne vend pas de billets. À la sortie, chacun donne ce qu’il veut ou peut. Le chapeau est le cœur du modèle. « Ce qui me plaisait à l’origine, c’était l’absence de frein par l’argent », explique Jean-Michel Loualoup. Il oppose ce système aux festivals où le droit d’entrée atteint facilement 25, 30 ou 40 euros. Ici, aucun prix ne décide à l’avance qui peut entrer. En 2025, avec sept musiciens, OLESSIA a rassemblé 3.500 euros, soit 500 euros par musicien pour la semaine. « Pour des musiciens de grande qualité, cest peu », reconnaît Jean-Michel Loualoup. Mais ils sont hébergés, nourris, et surtout, ils reviennent. « Pas pour l’argent. Ils viennent parce qu’ils aiment la France. »

Pour sécuriser le modèle, l’association locale s’appuie aussi sur des partenaires. La commune de Saint-Claude-de-Diray apporte une aide qui compense la location de la salle. Le Pays des Châteaux soutient également l’association. Le Crédit Agricole apporte une aide financière et imprime gracieusement les supports de communication. L’équilibre est fragile, mais il tient par addition : un chapeau, des subventions, du bénévolat, des repas faits maison, des hébergements chez l’habitant.

Anton Prischepa, directeur artistique d’une édition très ouverte

Artistiquement, l’édition 2026 marque une étape avec Anton Prischepa comme directeur artistique. Jean-Michel Loualoup le décrit comme un musicien capable de coordonner le groupe, de faire le lien entre les interprètes et de construire une programmation cohérente. « Il a carte blanche » dit le président qui demande que le programme soit attractif, accessible, sans fermer dans un entre-soi. « Il ne faut pas que ce soit élitiste. »

Le programme 2026 confirme cette volonté d’ouverture. Le mardi 21 juillet, la soirée “Soundtracks” ouvrira le festival avec des musiques liées au cinéma et au théâtre : Mendelssohn, Myroslav Skoryk, Ennio Morricone, John Williams, Henry Mancini, ainsi qu’une fantaisie de concert d’Anton Prischepa autour de thèmes de Star Wars. Le mercredi 22 juillet, “Cover versions” explorera les arrangements, les réécritures et les mystifications musicales, de Bach à Berio, en passant par Vavilov, Locatelli, Giazotto et les Beatles.

Le jeudi 23 juillet, “100% Pure Classic” reviendra vers quatre siècles de chefs-d’œuvre, avec Mozart, César Franck, Schubert, Joseph Marx et une œuvre d’Anton Prischepa. Le vendredi 24 juillet, “Based on actual events” réunira des pièces inspirées par des événements historiques réels ou par le monde intérieur des compositeurs, avec Osvaldo Golijov, Robert Schumann, Marion von Tilzer, Guillaume Connesson et Anton Prischepa.

Le samedi 25 juillet sera construit en deux temps. D’abord “Contrasts”, annoncé comme une performance postmoderne immersive, avec Bach, Emmanuel Séjourné, Louis Andriessen, Ignaz Pleyel, Prischepa et Bartók. Puis une seconde partie consacrée aux chansons sur l’amour, autour de répertoires associés à Édith Piaf, Mireille Mathieu, Patricia Kaas, Zavetnaya et d’autres. Le dimanche 26 juillet, “Scent of Jazz” refermera la semaine avec Ravel, Gershwin, Alexander Rosenblatt, Sheridan Seyfried, Joseph Kosma, Fly Me to the Moon, Dream a Little Dream of Me et d’autres mélodies de jazz.

Dans un territoire déjà riche en propositions estivales, le festival doit trouver sa place. « Petit à petit, nous arrivons à faire notre trou », confie Jean-Michel Loualoup. À La Clairière, il n’y a pas de grande machine culturelle, pas de tapis rouge, pas de billetterie sophistiquée, pas d’algorythme. Il y a une association réduite, des bénévoles, des repas maison, des artistes qui traversent l’Europe ou l’Atlantique, un public qui donne selon ses moyens, et cette conviction devenue presque la devise du festival : la musique peut encore rapprocher ce que l’époque sépare.


Infos pratiques
Festival musical de la Clairière
Du mardi 21 au dimanche 26 juillet 2026
Salle La Clairière, 292 rue du Stade, 41350 Saint-Claude-de-Diray
Concerts du mardi au samedi à 20h ; dimanche à 15h
Participation libre, paiement au chapeau


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