Aux Lobis cette semaine, une programmation pour tous les goûts, tous les âges, toutes les envies

Cette semaine, la programmation des Lobis se distingue de nouveau par une traversée de genres, de générations et de regards. Comme le dit Laëtitia Scherier, directrice du cinéma blésois, « personne ne pourra dire qu’il n’y a rien qui l’intéresse ».

La Grazia
La première sortie de la semaine est La Grazia, le onzième long métrage de Paolo Sorrentino. Le réalisateur italien retrouve pour la septième fois Toni Servillo, acteur fétiche de son cinéma, dont l’interprétation lui a valu le prix d’interprétation masculine au Festival de Venise.
Le film met en scène un président de la République italienne fictif, en fin de mandat. Un choix assumé par le cinéaste, qui ne cherche pas à représenter une figure politique réelle mais, au contraire, à proposer « une belle image de la politique ». Le personnage, ancien juriste, croit profondément dans le droit et la justice. Catholique convaincu, il traverse surtout un deuil intime, celui de la mort de son épouse, dont il ne parvient pas à se relever. À l’approche de la fin de son mandat, il se retrouve confronté à deux décisions majeures : statuer sur la grâce de deux personnes accusées de meurtre, aux circonstances complexes, et décider de la promulgation ou non d’une loi sur l’euthanasie.
Pour Laëtitia Scherier, le film interroge directement les tensions au cœur de l’exercice du pouvoir : « Le film met en lumière les oppositions entre la volonté de justice et la compassion qu’on peut avoir, entre la responsabilité politique et les convictions personnelles. » Une phrase du début du film l’a particulièrement marquée : « À la fin d’un mandat, en quelques semaines, on pourrait très bien avoir le temps de commencer une guerre. » Une manière de rappeler que, jusqu’au dernier jour, le pouvoir engage pleinement la responsabilité de celles et ceux qui l’exercent.
Paolo Sorrentino revendique un film traversé par une pluralité d’émotions : l’amour — pour la famille, la justice, le pays — mais aussi le doute. Un doute que le cinéaste considère comme une vertu politique : « Un homme politique ne doit pas rester enfermé dans ses certitudes. »
Visuellement, La Grazia marque pour la programmatrice un véritable retour en grâce du cinéaste : « On retrouve vraiment sa marque visuelle. Un cinéma très esthétique, des plans très léchés, un cadrage extrêmement fluide. Le film prend le temps de respirer. » Une temporalité assumée, nécessaire selon elle pour aborder des sujets politiques complexes « en prenant le temps de poser les pour et les contre ».

Baise-en-ville
Deuxième sortie de la semaine : Baise-en-ville, le nouveau film de Martin Jauvat, son deuxième long métrage après Grand Paris. Le réalisateur tient également le rôle principal, entouré d’un casting singulier : Emmanuelle Bercot, William Lebghil, et Michel Hazanavicius dans le rôle du père.
Le film suit un jeune homme coincé dans un cercle absurde : pour trouver un travail, il lui faut de l’argent ; pour gagner de l’argent, il lui faut un travail ; mais pour travailler, il doit posséder le permis de conduire — qu’il ne peut justement pas financer. Installé en Seine-et-Marne, incapable de se déplacer facilement, il cherche des stratégies de contournement. Sa monitrice d’auto-école, interprétée par Emmanuelle Bercot, lui souffle une idée improbable : toujours se déplacer avec un baise-en-ville, sorte de sac permettant de passer la nuit ailleurs, afin de pouvoir dormir chez des personnes rencontrées au gré de ses journées.
Commence alors une errance faite de petits boulots, d’hébergements temporaires, de malentendus et de situations absurdes. « C’est un film très déjanté, très frais, très drôle », résume Laëtitia Scherier.
Le film aborde pourtant de véritables sujets sociaux : la précarité des jeunes, la difficulté d’accès à l’emploi, l’errance en périphérie urbaine, mais aussi le rapport aux femmes, qui ne se laissent pas duper par les stratégies du personnage. « Les jeunes femmes qu’il rencontre comprennent très vite qu’il est plus intéressé par la localisation de leur appartement que par elles. »
La mise en scène, très travaillée, joue sur la couleur, les décors et une esthétique presque pop, donnant au film un caractère volontairement intemporel. « On pourrait parfois se demander à quelle époque ça se passe. »

Le festival des Mycéliades à Blois
Au-delà des sorties nationales, les Lobis accueillent cette semaine le festival Les Mycéliades, pour la première fois à Blois. Né d’un appel à projets du CNC en 2020, le dispositif vise à développer la fréquentation des 15-25 ans dans les salles de cinéma art et essai.
Le festival est porté par l’ADRC en partenariat avec Images en Bibliothèques. Seuls 80 binômes cinéma-médiathèque sont sélectionnés chaque année en France. Les Lobis ont été retenus aux côtés de la Médiathèque Abbé-Grégoire, située juste en face, en partenariat avec Agglopolys. La thématique : la science-fiction, pensée comme un terrain commun entre cinéma, littérature et imaginaire contemporain. Le festival accueille l’autrice de science-fiction Audrey Pleynet, lauréate du prix Utopiales 2023, pour un atelier d’écriture à la médiathèque et une rencontre au cinéma.
🧬 Programme du festival Les Mycéliades
Cinéma Les Lobis × Bibliothèque Abbé-Grégoire – Agglopolys
📅 Du 31 janvier au 8 février 2026
🗓️ Samedi 31 janvier
📚 Bibliothèque Abbé-Grégoire – Section adulte
🕑 14h → 17h30
✍️ Atelier d’écriture science-fiction
avec Audrey Pleynet (autrice de Noosphere, Rossignol, Sintonia)
👉 Dès 17 ans – gratuit sur inscription
🎬 Cinéma Les Lobis — Double Dose « Apocalypse »
🕢 19h30 — Les Fils de l’homme (Alfonso Cuarón) 🔞
🕙 22h — Mad Max (George Miller) 🔞
💶 6,90 € / film — 10 € les 2 films
🗓️ Dimanche 1er février
🎬 Cinéma Les Lobis
🕓 16h15 — L’Île aux chiens (Wes Anderson)
👧 Dès 11 ans — Présentation Laëtitia Scherier & Matthieu Froger
💶 6,90 € / 6,20 € abonnés — 5 € (-14 ans)
🗓️ Mercredi 4 février
📚 Bibliothèque Abbé-Grégoire – Musique / Cinéma / Jeux vidéo
🕑 14h → 16h
🎮 Triple Dose Jeux vidéo & VR
– jeux rétrofuturistes (7 & 12 ans)
– casque VR (dès 10 ans)
💶 Gratuit sur inscription
🗓️ Vendredi 6 février
📚 Auditorium Samuel Paty
🕡 18h30 → 20h30
🎼 Conférence
« La musique classique dans la science-fiction »
par Clément Guillot
🎟️ Entrée libre
🎬 Cinéma Les Lobis — Double Dose « Effondrements »
🕣 20h45 — La Nuée 🔞
🕥 22h30 — Quiz SF
🕥 22h45 — Take Shelter
💶 6,90 € / film — 10 € les 2 films
🗓️ Samedi 7 février
📚 Bibliothèque Abbé-Grégoire
🕑 14h → 18h
🥽 Animation casques VR
💶 Gratuit sur inscription
🎬 Cinéma Les Lobis — Double Dose « Déraillement »
🕢 19h30 — Snowpiercer
🕤 21h45 — Blind test
🕥 22h15 — Dernier train pour Busan 🔞
💶 6,90 € / film — 10 € les 2 films
🗓️ Dimanche 8 février
🎬 Cinéma Les Lobis
🕓 16h15 — Soleil vert
🎤 Présentation Laëtitia Scherier & Matthieu Froger
💶 6,90 € / 6,20 € abonnés
Les séances Ciné’fil
Deux propositions Ciné’fil complètent la semaine. D’abord Franz K., d’Agnieszka Holland, portrait non linéaire de l’écrivain, de Prague à Vienne. La réalisatrice adopte une forme éclatée, volontairement déroutante, pour mieux épouser l’univers mental et littéraire de Kafka : « Le film ne cherche pas à raconter fidèlement sa biographie, mais à se plonger dans son monde. »

Puis L’Engloutie, premier long métrage de Louise Hémon, inspiré de l’histoire de la grande-tante de la réalisatrice. Le film suit une jeune institutrice envoyée passer l’hiver dans un hameau isolé des Hautes-Alpes à la fin du XIXᵉ siècle. Tourné dans des conditions très contraignantes, souvent éclairé à la bougie, le film oppose les idéaux républicains de la jeune femme aux croyances d’une communauté vivant en quasi-autarcie. « C’est vraiment un film à voir sur grand écran. Sur un ordinateur, ça ne rend pas ! »

>> Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr

