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Les Sœurs Piñata, artisanes du sur-mesure et de la fête

Dans le vacarme léger des fêtes, il est des objets – comme la piñata – que l’on croit faits seulement pour passer. Mariana et Paloma ont choisi pour métier ce que d’autres ne regardent encore que comme un éclat de fête, un vestige d’enfance, une grâce passagère suspendue au-dessus d’un anniversaire. Depuis un an et demi, les deux sœurs ont fondé Les Sœurs Piñata, atelier de sur-mesure. Elles fabriquent à la main, localement, sans production standardisée, avec des matériaux simples et une méthode qui leur ressemble. Un travail à petite échelle, ancré dans le faire, dans la récupération. « On est vraiment dans le made in France, made local à Orléans, fait main, vraiment pas du tout industrialisé », disent-elles d’emblée.

Des cartons, du papier, des mains

Mariana a 27 ans, Paloma 23. Entre elles, le duo s’impose avec naturel, comme le nom qu’elles ont choisi : Les Sœurs Piñata. À les entendre, cette aventure relève d’un souvenir ancien, presque familial. Leur mère, colombienne, née à Bogota, a grandi dans un univers où les piñatas accompagnaient naturellement les fêtes. Elle n’en fabriquait pas elle-même, mais en achetait. Les deux sœurs en ont gardé une familiarité profonde, presque affective : lorsqu’elles revenaient de vacances en Colombie, il leur arrivait d’en glisser une dans l’avion pour fêter ensuite, en France, leurs anniversaires.

Ce souvenir s’est déplacé dans le réel, avec des cartons, du papier crépon et de la colle maison. Aujourd’hui, elles récupèrent les cartons chez les commerçants du centre-ville d’Orléans. Elles fabriquent elles-mêmes leur colle à partir de farine et d’eau. Le choix tient autant à la simplicité qu’à la cohérence. Il permet de limiter les coûts, de travailler avec des matériaux accessibles, de produire peu de déchets. « C’est pratique, ce n’est pas cher, et puis au moins ce n’est pas toxique », résument las hermanas. Leur atelier, pour l’instant installé à domicile, repose sur cette économie de moyens qui n’a rien d’un bricolage improvisé. Ceci est pensé pour rester souple, léger, maîtrisable.

Dès le départ, elles ont choisi de ne faire que du sur-mesure. Leur activité repose sur la commande, sur l’adaptation, sur la capacité à donner forme à une idée. La majorité de leurs demandes vient d’ailleurs d’entreprises : fêtes internes, anniversaires de société, événements de CSE, temps forts de communication. Certaines veulent un logo, d’autres une mascotte, d’autres encore une forme liée à une thématique précise. À côté de cela, il y a des commandes plus personnelles, plus intimes, parfois plus libres aussi. Un client leur a, par exemple, déjà envoyé le dessin de son enfant pour qu’elles le transforment en piñata.

Le point de départ n’est donc pas toujours le même. Parfois, le visuel existe déjà et il faut le reproduire fidèlement. Parfois, il n’y a encore qu’une envie. Dans ce cas, elles dessinent, proposent plusieurs croquis, affinent avec le client. Ensuite seulement vient la fabrication, avec ses durées variables, ses contraintes de taille, de séchage, de solidité. Selon les projets, elles parlent d’un délai allant de quatre à douze jours. Certaines pièces demandent davantage de structure, notamment lorsqu’elles doivent être assez robustes pour résister un peu plus longtemps aux coups. D’autres occupent beaucoup d’espace et imposent des questions très concrètes de stockage.

À mesure qu’elles décrivent leur pratique, on comprend qu’en termes de fabrication de piñata, il faut penser le volume, comprendre comment une forme en trois dimensions devient un patron à plat, anticiper les assemblages. Paloma, qui a suivi une école de mode puis une école de dessin, insiste sur ce point. Les études qu’elle a faites lui servent directement : savoir concevoir un patron, comprendre comment se déploie une courbe, comment se tient une forme, tout cela nourrit son travail actuel. « Il faut comprendre comment les formes en 3D fonctionnent. Sinon, on ne peut pas imaginer comment faire un patron à plat », dit la plus jeune des nièces d’Olivier Blondeau (lire ici).

Leurs parcours, avant cette aventure, ne se confondaient pas. Paloma venait d’un univers plus directement créatif ; Mariana travaillait comme acheteuse dans l’import-export et dit avoir voulu sortir du salariat. Elles cherchaient pourtant quelque chose de commun, une activité à construire ensemble, à leur mesure. Elles fabriquaient déjà beaucoup d’objets : bijoux, vêtements, pièces en argile. Elles voulaient vivre d’un travail manuel, d’un travail qu’elles pourraient porter elles-mêmes, sans investissement trop lourd au départ. Le carton, le papier crépon, l’absence de stock, la souplesse du sur-mesure : tout cela a rendu l’entreprise possible. Elles ont pu se lancer sans immobiliser beaucoup d’argent, avec une structure légère, presque mobile.

L’idée naît d’un anniversaire et d’un constat très simple. « J’en avais fait une pour l’anniversaire d’une copine », explique Paloma. En la fabriquant avec Mariana, les deux sœurs comprennent que cet objet, évident pour elles, ne l’est pas pour les autres. « J’ai vu qu’elle ne connaissait pas, elle ne savait pas comment ça se faisait », dit-elle. Très vite, elles mettent des mots sur ce qu’elles perçoivent déjà intuitivement : « Nous, on voyait le volume et on savait comment le fabriquer. » C’est dans cet écart que commence à se dessiner l’idée d’une activité commune.

Leur manière de travailler garde aujourd’hui quelque chose de très souple, presque intuitif. Elles ne décrivent pas une répartition stricte des rôles, mais un rythme commun. L’une commence une étape pendant que l’autre en avance une autre, puis elles se retrouvent sur le collage, les finitions, les ajustements. « On est en symbiose ». Elles savent ce que l’autre préfère ou redoute, ce qu’elle fera plus vite, ce qu’elle repoussera si on la laisse faire. Cela crée une organisation mouvante, mais efficace, fondée sur l’habitude, la confiance et une connaissance mutuelle très ancienne. Elles reconnaissent aussi les frictions ordinaires. Elles sont sœurs, donc elles s’accrochent, puis se réconcilient. Rien là d’exceptionnel ; plutôt une façon très simple de dire que leur travail s’inscrit dans une relation réelle, vivante, sans lissage.

Internet comme premier levier de croissance

Pour l’instant, elles travaillent encore chez elles, mais elles espèrent disposer bientôt d’un atelier. Il leur permettrait de stocker plus facilement, de fabriquer dans de meilleures conditions, et aussi de produire des vidéos plus propres. Car leur activité s’est bien développée grâce à internet, mais pas principalement grâce aux réseaux sociaux. Les commandes viennent surtout du site, qui les a rendues visibles assez rapidement sur un créneau encore peu encombré, celui de la piñata personnalisée. Les réseaux, elles les utilisent, mais avec une forme de distance pragmatique. Monter des vidéos, apprendre les codes, consacrer du temps à la communication demande une énergie qu’elles préfèrent souvent investir ailleurs. « Nous, ce qu’on aime, c’est fabriquer », disent-elles, et tout l’équilibre de leur projet tient sans doute dans cet ordre de priorité.

Les commandes se sont multipliées, les réalisations aussi, et avec elles une forme de crédibilité. Elles évoquent des collaborations avec Crédit Agricole ou Doctolib, qui ont rassuré d’autres clients. Le bouche-à-oreille, surtout chez les particuliers, a ensuite pris le relais. Une fête en entraîne une autre, une piñata vue quelque part donne envie d’en commander une à son tour. En un an et demi, leur activité s’est installée de cette manière, avec une progression régulière.

Le goût des commandes singulières

Lorsqu’on leur demande ce qu’elles préfèrent fabriquer, leur réponse éclaire leur sensibilité. Elles aiment ce qui est mignon, ce qui est visuel, les formes rondes, les personnages attrayants, les objets qui attirent tout de suite le regard. Mais elles aiment aussi les demandes plus ouvertes, celles qui les obligent à chercher. Elles citent ainsi une commande destinée à être offerte à Hélène Ségara : une fan voulait une « piñata symphonique » qui fasse aussi apparaître les trente ans de carrière de la chanteuse. Il a fallu imaginer, dessiner, interpréter.

Quant à la suite, elles la regardent sans précipitation. Elles n’excluent pas que les choses changent un jour, mais pour l’instant, Les Sœurs Piñata demeurent ce que leur nom annonce : deux sœurs, et personne d’autre. Elles plaisantent parfois sur l’idée d’une troisième sœur imaginaire qui ferait toutes les tâches qu’elles aiment moins. La plaisanterie revient souvent, disent-elles, comme un clin d’œil à la charge réelle du quotidien.

Il y a dans leur parcours quelque chose de très simple et de très actuel à la fois : une mémoire familiale, un goût ancien pour la fabrication, des matériaux modestes, un projet lancé sans grand capital, un apprentissage progressif du numérique, une économie du sur-mesure, et surtout une volonté de vivre d’un geste que l’on maîtrise de bout en bout. Chez Mariana et Paloma, la piñata porte sous ses franges et sous ses teintes vives, la marque d’un labeur exact, recommencé, médité, corrigé. Et c’est ainsi que, de la fête la plus légère, elles ont su faire un travail sérieux sans jamais lui ôter sa grâce.


Pour en savoir plus : lessoeurspinata.fr


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