AgendaCultureVie locale

À la Galerie Wilson, Éric Diot transforme le paysage en matière sensible

À la Galerie Wilson, en Blois-Vienne, les photographies d’Éric Diot occupent l’espace, celui d’une alcôve. Sur les murs blancs, les arbres se découpent dans le brouillard, les nuages se densifient autour d’un point lumineux, les branches deviennent presque des tracés d’encre. Certaines images semblent surgir d’un tirage photographique classique ; d’autres basculent progressivement vers autre chose, quelque part entre l’estampe, le dessin et la matière texturée.

L’exposition, présentée en ce mois de mai 2026, aux côtés d’autres artistes, rassemble des œuvres de périodes très différentes. Certaines photographies remontent à plusieurs années. D’autres sont récentes. Mais toutes témoignent d’une même recherche autour de la lumière, du paysage et surtout du temps, du temps nécessaire à la fabrication d’une image. Car chez Éric Diot, la photographie ne s’arrête pas au déclenchement.

Éric Diot

« L’image n’était pas prête »

Devant l’un des grands arbres noirs exposés à la galerie, le photographe détaille son travail. De loin, l’image évoque presque une gravure ou une encre sur papier. En s’approchant, on découvre des textures, des contours adoucis, des zones floues volontairement travaillées. Le travail peut devenir extrêmement long. L’une des œuvres présentées aurait nécessité près de 150 heures de retouches après la prise de vue. « L’image est travaillée, retravaillée, retravaillée, sans arrêt », dit Eric Diot. « Cette image-là, je l’ai prise il y a quatre ans. Je la présente aujourd’hui, car elle n’était pas prête auparavant. »

Cette temporalité revient souvent dans son discours. Certaines photographies restent plusieurs années dans un état intermédiaire avant d’être finalement montrées au public. D’autres continuent encore d’évoluer malgré leur présence dans l’exposition actuelle. « Je les montre parce que c’est aussi une manière de comprendre comment on peut tordre certaines choses et qu’il y a différentes étapes. » Chez Éric Diot, le paysage réel devient une matière que l’on transforme progressivement, sans jamais totalement rompre avec la photographie d’origine.

Une recherche entre netteté et disparition

Cette orientation vers une image plus travaillée constitue une évolution récente de son travail. L’artiste parle d’une « recherche complètement nouvelle », née notamment autour du flou. « L’estampe va être très nette, très directrice, elle va donner une accroche, et le flou va peut-être faire voyager ou perdre l’œil de la personne qui regarde. » Ainsi, certaines branches semblent presque gravées avec précision tandis que les contours se dissolvent progressivement dans des halos brumeux. Les nuages, eux, deviennent parfois des masses abstraites autour d’une source lumineuse centrale. Le regard oscille entre lecture du paysage et perte de repères.

Cette recherche rejoint aussi son travail autour de la lumière. Une lumière rarement diffuse ou naturaliste, mais souvent concentrée, presque dramatique. Devant certaines œuvres, l’impression devient presque cinématographique.

Les arbres, le ciel et la Loire

Dans l’exposition, plusieurs motifs reviennent de manière récurrente : les arbres isolés, les branches nues, les horizons ligériens et surtout les ciels. « L’arbre et le ciel qui se répondent », dit le photographe. Une manière d’aborder le paysage comme un espace sensible plutôt que documentaire. L’idée d’un lien entre enracinement et disparition, entre présence physique et invisibilité. Lorsque cette lecture lui est proposée, il acquiesce : « C’est ça. »

Photographie, estampe, matière numérique, paysage mental : les frontières restent volontairement poreuses. Et c’est à découvrir à la Galerie Wilson du jeudi au dimanche, de 14h00 à 19h00, jusqu’au 31 mai.

Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Blois Capitale

GRATUIT
VOIR