[Municipales] Ecole : un collectif veut mettre les candidat·es au pied du budget

En Loir-et-Cher, des syndicats et associations laïques (la FSU, la CGT, Sud Éducation, l’UNSA Éducation, la Ligue de l’enseignement, les Francas, la FCPE, Solidarité Laïque, la Convergence Nationale des Services Publics, le CNAL et l’UFAL) interpellent les candidat·es sur un sujet qui fait rarement campagne : qui finance quoi, et avec quelles conséquences sur la carte scolaire
Une commune peut perdre une classe pour dix élèves. Elle peut perdre une école à force de petites pertes. Et elle peut, en même temps, recevoir une demande de paiement qu’elle ne comprend pas complètement, parce que la règle est technique, parce que les délais sont courts, parce que “la préfecture”, parce que “c’est obligatoire”. C’est exactement ce frottement-là — entre la règle et la vie des communes — que des organisations syndicales de l’Éducation et des associations laïques ont voulu rendre public, lors d’un point presse, en interpellant les candidat·es aux municipales.
Derrière le slogan, un dossier très précis : le financement public de l’enseignement privé, le forfait communal (forfait d’externat), les demandes de paiement portées par des OGEC, et une interprétation de la “fratrie” que les intervenant·es jugent susceptible, à terme, de contourner la carte scolaire.
« Obligatoire », oui — mais pas « chèque en blanc »
Le collectif le répète avec insistance : le débat sur l’enseignement privé sous contrat ne se joue pas seulement dans les textes de loi ou les tribunes nationales. Il se joue aussi, très concrètement, au guichet des mairies. Une dépense qualifiée d’« obligatoire » arrive sous forme de facture, parfois dans l’urgence, et la commune doit décider : payer, contester, vérifier — avec des moyens très variables selon sa taille et son organisation administrative.
L’exemple le plus emblématique est celui du forfait d’externat, cette participation communale au fonctionnement des écoles privées sous contrat. Sur ce point, le collectif est catégorique : l’obligation n’exonère pas de rigueur. Les intervenant·es disent constater des calculs jugés insuffisamment « déterminés et rigoureux », et évoquent des pratiques consistant à majorer le forfait en y intégrant des dépenses qui, dans l’enseignement public, ne relèveraient pas strictement du fonctionnement scolaire. Leur réponse tient en un outil présenté comme central : un guide destiné à aider les communes à calculer le forfait « au plus juste », « au minimum légal ».
Deux points techniques sont avancés comme des leviers essentiels, précisément parce qu’ils permettent, selon eux, de reprendre la main lorsqu’une facture arrive. D’abord, ce ne sont pas nécessairement les écoles qui sont sous contrat, mais des classes. Une même école peut ainsi compter des classes sous contrat et d’autres hors contrat ; le forfait, selon leur lecture, doit suivre ce périmètre précis, avec des calculs au prorata lorsque c’est nécessaire. Ensuite, le forfait finance le temps scolaire. Lorsque des activités périscolaires utilisent les bâtiments, ils défendent un calcul proportionné au seul temps scolaire, au motif que « la loi n’impose de payer que pour le temps scolaire ».
Les factures OGEC
Le collectif décrit plusieurs situations dans lesquelles des OGEC (Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique) adressent aux communes des demandes de paiement au titre du forfait d’externat, notamment pour des enfants résidant hors de la commune où se situe l’école. Là encore, expliquent-ils, le problème ne tient pas uniquement au montant réclamé, mais à la manière. Une facture peut parvenir sans être détaillée ni motivée, laissant à la commune la charge de reconstituer la logique, enfant par enfant.
Le message adressé aux élus est clair : le fait qu’une facture soit envoyée ne rend pas automatiquement la somme légitime. Une demande peut arriver « gonflée » et doit impérativement être vérifiée. Or, soulignent-ils, cette vérification est d’autant plus difficile que les moyens ne sont pas équivalents d’une commune à l’autre. Une petite commune rurale ne dispose pas toujours du temps ni des compétences juridiques nécessaires pour examiner chaque ligne, chaque enfant, chaque motif.
Un nœud : la « fratrie »
Le collectif expose également une mécanique de contournement : « insérer » un premier enfant ailleurs pour créer un droit pour les suivants. Dans un département marqué par la baisse des effectifs, le collectif relie ce point technique à une conséquence très concrète : la concurrence entre communes, la tentation d’« aller à la pêche aux élèves ». Alors, cette méthode liée à la fratrie n’est plus un détail administratif. C’est une interprétation réglementaire susceptible de produire des effets territoriaux.
Ce que le collectif veut obtenir pendant les municipales
Pour ces syndicats et associations laïques, l’enjeu ne se limite pas à la règle elle-même, mais au moment politique dans lequel elle s’inscrit. Le collectif a donc choisi d’interpeller l’ensemble des communes du Loir-et-Cher, en leur adressant une tribune et un guide afin d’inviter les candidat·es aux élections municipales à se positionner clairement sur la question du financement de l’enseignement privé.
En creux, ils dessinent aussi une méthode municipale : ne pas payer en bloc, exiger des éléments motivés, vérifier le périmètre concerné (classes sous contrat ou hors contrat, temps scolaire ou périscolaire), revenir systématiquement à l’enfant et au motif, et ne pas confondre pression et droit.

