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Témoignage : le cauchemar de Marjory aux urgences de Blois

L’Hôpital est en France globalement en crise, et les Urgences en tension. Celles de Blois ont connu une augmentation astronomique du nombre de passages annuels : de 25.000 à 45.000. Face à cet afflux massif de patients des modifications importantes ont été instaurées en ce mois de juillet (lire ici). Ainsi des médecins de ville sont chargés des urgences non vitales dans un local voisin. En soirée, l’appel au 15 est obligatoire avant d’accéder aux urgences de l’hôpital. En fonction du niveau de gravité, les régulateurs pourront décider si le patient peut attendre jusqu’au lendemain ou non. Pour les urgences vitales, une prise en charge sera effectuée immédiatement.

Ceci étant précisé, nous vous proposons un témoignage : l’expérience récente de Marjory Despres (32 ans), une résidente de Mer, et mère de deux enfants. Celle-ci a fait le choix de dénoncer dans une lettre ouverte ce qu’elle a vécu au Centre Hospitalier de Blois. Le courrier a été adressé ce lundi matin à l’ARS (Agence Régionale de Santé), et à l’hôpital. Avec ce témoignage, nous comprenons également à quel point les personnels de soin sont débordés, dépassés malgré eux.

Le témoignage

Marjory Despres a été amenée aux urgences du CH Simone Veil de Blois le 8 juillet 2023 suite à une crise sévère de douleurs abdominales, pelviennes et dorsales. Son récit détaillé, cauchemardesque, révèle une prise en charge chaotique. Mme Despres se plaint d’avoir été laissée sans traitements, sans accès à la sonnette d’appel, et pointe également l’atteinte à la dignité.

Outre la gestion défaillante de sa propre situation, elle décrit une atmosphère hospitalière dégradée, avec des propos déplacés du personnel sur les patients, une confidentialité non respectée, et une absence de surveillance adéquate. Parmi les incidents, elle cite le cas d’un patient âgé laissé dans ses excréments, et moqué.

Cette expérience aux urgences n’est malheureusement pas la première pour Mme Despres. Elle a déjà fait face à une situation similairement catastrophique lors d’une visite aux urgences pédiatriques avec son bébé de six semaines en décembre dernier.

Mais, Mme Despres ne souhaite pas rester silencieuse. Son but est de faire bouger les choses, d’inciter les autres usagers à signaler ce genre de comportements pour redonner des moyens au système médical et garantir une prise en charge dans la dignité. Elle regrette aussi le manque d’informations accessibles sur les démarches à suivre pour faire un signalement. Son témoignage est une alarme retentissante sur la situation aux urgences du CH de Blois. Le voici :

Le courrier adressé à l’ARS Centre-Val de Loire

Madame, Monsieur,

Par la présente, je viens vous faire part de ma prise en charge chaotique au sein du service
des Urgences de votre établissement.

Transportée samedi soir par une ambulance aux urgences, suite à une crise de douleurs abdominales-pelviennes-dorsales types contractions, avec fièvre, les yeux fermés je suis laissée vers 21h45 par les ambulanciers dans un état plus que second, à bout de force, je ne me rends pas compte de l’horaire ni du temps.

Installée dans un box assez « rapidement », une infirmière me fait une prise de sang et me pose un cathéter pour me perfuser. Elle me dit qu’elle revient qu’elle va voir avec le médecin ce qu’elle peut me mettre comme antidouleur suite à mes allergies/intolérances.

Je n’ai pas accès à la télécommande pour sonner, je suis mal je me sens partir ma tête tourne. J’essaie donc d’appeler à la voix. Ouf… un monsieur dans le couloir m’entend et prévient, je l’entends, l’infirmière vient je n’ai pas le temps de tout dire qu’elle m’a relevé le lit au niveau de la tête et est repartie, je n’ai toujours pas accès à la sonnette !!!

Puis trou noir… Ai-je dormi ? Ai-je fais un malaise ? Ai-je perdu connaissance ? Autant de questions qui resteront sans réponses.

Quand j’ouvre les yeux mon conjoint passe la porte – il est minuit. Il me dit que je n’ai rien dans ma perfusion. Je regarde mon bras en effet toujours rien ne passe en perfusion. L’infirmière n’est jamais revenue avec un antidouleur ou autre.

Puis vers 00h40 – le médecin arrive. Et alors là, c’est l’apothéose. On ne comprend que peu son langage, aucune bienveillance, une nonchalance incroyable. Il conclut à des calculs biliaires sans aucune réelle écoute de mes douleurs, des zones qui sont douloureuses et sans aucune imagerie. Entre deux-trois mots que nous distinguons avec mon conjoint, nous comprenons le mot « obèse ». Je me permets donc de le faire répéter et l’on distingue une phrase : « vous avez toujours été obèse ? » Et bien Monsieur, mon surpoids, loin d’une personne obèse, n’est autre que mes kilos de grossesse que je n’ai pas perdu. Il rigole puis me dit qu’il réveillera le radiologue de garde à 8h30 le matin et qu’on fera scanner / échographie. Il s’en va, et avec mon conjoint nous restons là, complètement ahuris de la scène que nous venons de vivre. Est-ce une caméra caché ? Un sketch ?

Environ 15 minutes plus tard, le médecin revient avec un appareil d’échographie alors qu’il nous a dit quelque temps auparavant que les imageries seraient faites le lendemain. Nous ne comprenons pas ce retournement de situation, nous sommes restés sans explication et aucune information de ce qui est vu ou non sur les images.

Mon conjoint demande à une infirmière s’il est possible d’avoir accès à un tire-lait car je suis en allaitement avec mon fils. Elle demande donc au service de maternité et dans les 10 minutes qui suivent, en effet une personne de la maternité m’apporte le tire lait avec les kits ! (enfin quelque chose de positif, MERCI à ce service de MATERNITE qui sort du lot).

Mon conjoint repart auprès de nos enfants. Toute la nuit je reste dans le box sans rien en termes de traitements médicamenteux. A 8h30 j’ai mon premier antidouleur et de l’hydratation en perfusion. Ouf ! Hallelujah ! (tout ce temps pour au final me mettre du paracétamol ). Puis, je suis transférée dans le couloir pour libérer le box… et alors là… je resterai dans le couloir toute la journée du dimanche.

J’ai fait les examens nécessaires (échographie et scanner) avec un accueil exécrable, à peine bonjour, pas de sourire. Apparemment le monsieur n’est pas content d’être là un dimanche matin.

La journée qui s’en suit est extrêmement violente à voir et à vivre. Après une nuit de douleurs, sans sommeil, avec les cris d’un patient qui hurle de douleurs, impossible de se reposer pour essayer de reprendre un minimum de force entre les patients, le personnel et les ambulanciers qui restent à plusieurs dans le couloir à parler fort à rire et à se raconter leur vie sans se préoccuper si des patients ont besoin de tranquillité.

Une patiente ère dans le couloir, cherchant à se déshabiller, à se sauver. Un homme âgé doit être transporté par ses ambulanciers qui se rendent compte que sa couche est pleine. Et là, au milieu du couloir, le personnel soignant et les ambulanciers se mettent à rire à faire des blagues sur ce pauvre monsieur qui ne se rend même pas compte de ce qu’il il est en train de subir. Aucune dignité, aucune humanité…

Il y a cette patiente aussi qui est dans le couloir pendant 6 heures sans surveillance, incapable de sonner, et faisant des crises de tremblements (le médecin parle de mini AVC) avant d’être transférée à Tours. Aucune confidentialité, la preuve tout le monde entend toutes les informations des uns et des autres.

Vers 14 heures enfin j’ai un avis du médecin à mon sujet. Ce sera l’ablation de la vésicule biliaire, donc hospitalisation, rester à jeun jusqu’au lendemain, dans l’espoir d’être programmée au bloc opératoire.

Et puis ensuite, une dame est transférée de son box au couloir, elle précise qu’elle a envie de faire pipi. Le personnel dit revenir avec un bassin car cette dame ne peut pas bouger. Elles ne reviennent pas. La dame le redit plusieurs fois (elle n’a pas accès à la sonnette). Puis elle appelle de la voix : « s’il vous plaît y’a quelqu’un ?». Je lui demande si elle a besoin, elle me dit qu’elle a envie de faire pipi ! Je sonne donc pour elle. Le personnel finit par arriver et à demander ce qu’elle a à sonner. Je leur dit donc que ça fait 3 fois qu’elle leur dit qu’elle a envie de faire pipi – elle est enfin installée sur le bassin. Cachée par des paravents. Puis tout à coup… un bruit assez intense comme un bruit d’étouffement… j’aperçois le corps de cette dame bouger dans tous les sens avec du liquide qui sort de sa bouche ! J’appelle « vite vite un médecin quelqu’un !!!!! » Ils sont venus l’ont mise sur le côté et sont repartis, laissant la dame seule dans le couloir.

Enfin à 17h45 ce cauchemar se termine je suis transférée en chambre. Le lendemain matin le médecin passe et me dit que selon lui, sur les clichés, il n’y a pas de calcul, et donc pas de nécessité d’opérer. Il me fait refaire une échographie. Le temps passe, je suis toujours à jeun depuis samedi… nous sommes lundi 13 heures quand je reviens de l’échographie. Je n’ai toujours aucune information. Je demande à une infirmière si je vais pouvoir manger quelque chose, elle me dit que non car toujours pas d’information sur mon échographie. Mais quand vais-je enfin savoir ce que j’ai ? Quand vais-je pouvoir m’alimenter de nouveau pour pouvoir nourrir correctement mon enfant ? Je tire donc mon lait malgré la fatigue le mental faible et la tête qui tourne car à jeun…

Je suis à bout, je pleure, l’infirmière est à l’écoute, et compréhensive. Je lui dit que je n’ai aucune confiance quant à ma prise en charge, que je ne souhaite pas me faire opérer ici dans tous les cas, et qu’avec cette prise en charge chaotique, mon allaitement était compromis puisque je n’arrivais presque pas à tirer de lait pour mon enfant. Elle me dit que si besoin mon conjoint peut venir avec notre enfant pour ne pas rompre cela.

L’après-midi mon conjoint vient avec mon enfant. En effet, c’est efficace, le fait qu’il soit présent permet à mon corps de répondre à son besoin de lait. Puis, mon enfant se met à pleurer (évacuation du traumatisme de séparation avec sa maman depuis le samedi soir), et là l’aide-soignante vient nous voir pour le faire taire car cela dérange le service. Là ça en est trop, je ne vais clairement pas assommer mon fils pour qu’il se taise.

Il est 16 heures, je n’ai toujours pas d’informations des médecins, personne ne sait me dire ce que j’ai, aucune information de mon échographie du midi. Je demande donc à être déperfusée (dès 16h15 je le suis) et à ce qu’on me prépare mes papiers de sortie.

A 17h30 toujours aucun papier (attente de papiers de sortie de 16h à 17h30 avec mon bébé en bas en pleine chaleur). J’ai donc frappé à la porte où il y avait infirmière et médecin, je leur ai dit que je ne pouvais plus attendre que mon fils était en pleine chaleur en bas et que par conséquent, je partais.
Personne n’a réagi, aucune parole, rien. Ils ont refermé la porte et je suis partie.

Je suis outrée de cette prise en charge qui n’a abouti à RIEN ! Mais SURTOUT de tout ce que j’ai pu observer aux urgences.

De retour à domicile, je me rends compte que je n’ai pas ma carte d’identité. Le lendemain, le parcours du combattant pour réussir à joindre le bon service ! Je finis par passer par le numéro de téléphone des usagers, pour être transférée aux urgences qui me disent qu’ils n’ont rien et me transfère au service du 3e étage qui me dit également qu’il n’y a rien dans le service et que ça doit être aux urgences (les deux services se renvoient la balle) !

Je fais la demande par e-mail auprès des usagers pour récupérer mon dossier médical ainsi que ma carte d’identité. Je reçois un mail, me précisant qu’il est noté dans mon dossier des urgences que ma carte vitale et carte d’identité ont été remis aux ambulanciers – or cela est totalement FAUX puisque quand j’ai été transporté je n’avais pas ma carte vitale avec moi et que c’est mon conjoint qui l’avait avec lui en arrivant.

Donc finalement, il n’y a aucune prise en charge correcte de faite au sein de l’établissement mais en plus aucun professionnalisme et assiduité concernant le suivi des documents des patients !

Je me retrouve donc actuellement sans document d’identité à cause de l’incompétence des services de l’hôpital de Blois.

Alors mes interrogations sont les suivantes :

  • Est-ce une stratégie mise en place par l’établissement de ne pas donner accès aux sonnettes
    aux patients afin d’être tranquille et de ne pas être appelé ?
  • Est-ce une stratégie pour laisser souffrir, agoniser voire même mourir les patients ?
  • La pandémie a permis d’évincer les accompagnants, le fait de continuer sur cette même
    directive permet aux hôpitaux de cacher l’envers du décor ? La majorité des patients n’étant pas aptes à se rendre compte de leur prise en charge (ou plutôt de leur NON PRISE EN CHARGE) et aucun accompagnant pour se retourner contre le système hospitalier.

Merci pour l’attention que vous porterez à mon courrier en espérant que cela aboutira à une amélioration de la prise en charge des patients au sein de cet hôpital.
Je vous prie d’agréer, mes sincères salutations.
Marjory Despres

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