Via Génération Climat, ETIC veut provoquer le déclic

Chaque année, Génération Climat (14-23 janvier 2026) est pour ETIC un rendez-vous à part, un moment pédagogique pleinement assumé, pensé comme un déclencheur. « On a toujours à cœur de faire quelque chose pour ce temps fort », explique Cathy Beauvallet, sa directrice. Car à l’ETIC, l’écologie est abordée comme une matière à penser, à manipuler, à mettre en forme. Et Génération Climat offre précisément ce cadre : un temps resserré, un lieu visible, un public, une mise en scène. Un contexte qui oblige à réfléchir autrement, à produire autrement.
La Halle aux Grains comme espace de travail et de visibilité
Dans le cadre de Génération Climat, la Halle aux Grains devient un espace de travail ouvert, où les écoles peuvent expérimenter un rapport direct au public, à la scénographie et à l’exposition. Chaque année, la même interrogation demeure : comment s’y inscrire, avec qui, et à quelles promotions confier ce temps fort ? Pour la 5e édition, l’ETIC a fait le choix d’une implication à plusieurs niveaux : les premières années, deuxièmes années, Masters. Des formes différentes, mais une même ligne : provoquer la réflexion par la création.
« Ma part d’animal »
Le premier volet concerne les B1, les étudiant·es de première année. Leur projet, intitulé Ma part d’animal, prend place au cœur de la Halle aux Grains. Il est encadré par Julio Gallegos, designer graphique basé à Orléans, qui travaille régulièrement avec l’école.
Le point de départ est une question volontairement ouverte : « Il se passe quoi dans un monde prochain, dans un changement ? » Les étudiant·es sont invité·es à imaginer une transformation radicale : celle d’un humain qui devient animal pour s’adapter à un futur marqué par un changement climatique majeur. « Il leur a demandé de travailler sur l’idée d’un personnage qui se transforme en animal pour s’adapter au monde futur. »
Cathy Beauvallet ne cherche pas à atténuer la portée du projet : « C’est une dystopie totale. » Une dystopie assumée, qui joue avec l’imaginaire, l’exagération, parfois même l’étrangeté. Mais Ma part d’animal n’est pas seulement un exercice conceptuel. C’est aussi, et surtout, un travail de fabrication. « Ils sont tellement dans le numérique… ici ils reviennent à la maquette. » Ici, pas de matériaux sophistiqués : uniquement du carton.

Les étudiant·es réalisent des sculptures de tailles variables, parfois modestes, parfois monumentales, pouvant atteindre jusqu’à deux mètres de haut. Elles seront installées à la fois au sol et en hauteur dans la Halle aux Grains. L’objectif n’est pas seulement de produire, mais de comprendre qu’avec peu, il est possible de faire beaucoup. « Comprendre qu’ils peuvent faire de la sculpture et des choses importantes, immenses, avec presque rien. » Cinq sculptures sont prévues, sous réserve des contraintes d’installation. Cathy Beauvallet l’affirme : elle affectionne particulièrement ce type de projet à la Halle aux Grains. « Après, c’est une affaire de mise en scène. Il y aura des lumières, une mise en valeur formidable pour les étudiants. Je sais que ça va être beau. »
Les B2, étudiant·es de deuxième année, sont également mobilisé·es. Leurs dessins seront exposés, notamment dans le cadre d’un projet mené autour de La Vacquerie, à Blois-Vienne, avec d’autres établissements (Camille Claudel et l’École du paysage). Pour la directrice, ces collaborations soulignent une réalité : designers, paysagistes, architectes partagent des logiques de conception, même s’ils n’ont pas les mêmes outils de départ.
Civic City : démocratie et écologie comme terrain commun
Le cœur du dispositif 2026 se situe toutefois ailleurs : dans le laboratoire Civic City, qui mobilise conjointement les B2 et les M1.
Civic City est une association créée par Ruedi Baur et Vera Baur. Elle travaille « globalement, sur la démocratie ». Pour l’ETIC, leur présence est structurante : ils ont été les parrains des M2 sortants et apportent une dimension sociale, sociétale et citoyenne à la réflexion des étudiant·es.
Ruedi Baur a lancé un projet international invitant des écoles du monde entier à faire travailler leurs étudiant·es sur une question simple et redoutable : « C’est quoi, pour toi, la démocratie ? » La consigne est la même pour toutes : produire un film de trois minutes maximum. Des écoles italiennes, allemandes et d’autres encore se sont déjà engagées.
Lorsque le projet est présenté à l’ETIC, en décembre, le calendrier est serré. Très serré. Cathy Beauvallet décide alors de l’intégrer à Génération Climat et d’en infléchir l’axe : ce sera démocratie et écologie.
Quatre jours pour penser et produire
Les groupes sont constitués de quatre étudiant·es, réunis par tirage au sort. Un choix assumé. « Ça permet aussi de leur apprendre à s’adapter avec les gens avec lesquels on travaille. » Pendant quatre jours, les étudiant·es investiront les espaces en hauteur de la Halle aux Grains, au-dessus de l’exposition.
Ce laboratoire sera ouvert : le public pourra monter, observer, poser des questions. Les étudiant·es travailleront sur des storyboards, des images vidéo, exploreront le motion design, le stop motion, toutes les formes permettant de produire un film court.
La contrainte est forte. Le temps est compté. La fin de l’atelier aura lieu le samedi soir, en parallèle des JPO (Journées Portes Ouvertes) de l’école. Les films finalisés seront ensuite projetés mardi 20 janvier (18h) à la Halle aux Grains, juste avant la conférence Vivre pour être vivants (18h30) de Claire Pétreault. Les films sont ensuite envoyés à Saint-Étienne et en Allemagne, où ils sont présentés simultanément le 24 janvier, aux côtés des productions des autres écoles engagées dans le projet.
Design, démocratie, écologie : une même colonne vertébrale
À première vue, le rapprochement peut surprendre : démocratie, écologie, vidéo, design. Pour Cathy Beauvallet, il n’y a pourtant aucune contradiction. « Il n’y a pas de design sans réflexion sociétale. Il n’y a pas de design sans écologie. Il n’y a pas de design sans économie. »
À l’ETIC, les piliers sont clairement identifiés : l’humain au centre, le sociétal, l’écologie, l’économie. Parfois, selon les sujets, la santé s’y ajoute. La démocratie, elle, traverse l’ensemble. « C’est une valeur portée par l’école. » Concrètement, cela se traduit par des méthodes de travail : cartes d’empathie, enquêtes, rencontres avec les publics. « Le designer ne peut pas travailler tout seul dans sa chambre. » Comprendre les besoins de l’autre, dans un contexte global, conditionne toute production ultérieure. Le design est défini comme une pensée avant d’être une forme : objets, images, typographie, matière, mouvement, site web. Tout est mobilisable au service d’une idée
Génération Climat comme déclic
Pour la directrice de l’ETIC, l’impact de Génération Climat dépasse largement le temps du festival. « Oui, vraiment, c’est un déclic. » C’est pour cette raison que les élèves des premières années sont systématiquement impliqués. Des étudiant·es ayant participé à des éditions précédentes, aujourd’hui en troisième année, ont intégré durablement la question écologique dans leur pratique.
À la Halle aux Grains, entre dystopies en carton, dessins, films de trois minutes et débats ouverts, l’ETIC déploie une pédagogie du faire et du penser. Une pédagogie où l’écologie ne se récite pas, mais se construit, se discute, se met en forme. Avec, au centre, des étudiant·es invité·es à devenir pleinement acteurs de leur époque.

